Opération Wacht am Rhein / Herbstnebel 1944

L’opération Wacht am Rhein (« Garde au Rhin ») puis désignée ensuite Herbsnebel (« Brouillard d’automne ») est une opération militaire allemande qui se déroule en Europe au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de la dernière offensive stratégique allemande destinée à renverser une situation militaire devenue catastrophique après les succès des opérations Cobra en Normandie et Bagration en URSS.

L’idée d’une contre attaque à l’Ouest germe dans le cerveau d’Adolf HITLER alors que les unités allemandes continuent de se battre pour échapper à l’encerclement dans la poche de Falaise/Trun/Chambois et tentent de passer la Seine, la réussite du Débarquement allié en Provence du 15 août 1944 ne laissent que peu d’espoir de rétablir la situation militaire autrement que sur les frontières du Reich.

Le 16 septembre 1944, Adolf HITLER évoque lors d’une conférence le principe d’une telle opération : percer à travers les Ardennes en direction d’Anvers afin de provoquer un nouveau Dunkerque et entraîner de profondes dissensions en Britanniques et Américains. Le 25 septembre 1944, il confirme son intuition, l’échec de l’opération Market-Garden en Hollande, et les difficultés rencontrées par la 3rd US Army aux abords de la Lorraine le rassurent. L’Ouest est le seul front sur lequel une contre-offensive aurait une portée décisive : le Front de l’Est est trop vaste pour obtenir un succès décisif en une fois, l’Italie est trop secondaire.

Afin de prendre par surprise les Alliés, des consignes draconiennes sont prises dès le début pour conserver le secret, même si des contraintes importantes en découlent dans la préparation. Quand l’opération est déclenchée, elle prend en effet les Alliés totalement au dépourvu. Tout au long de la préparation, les Alliés sont incapables de faire en lien entre les différents signaux qu’ils perçoivent.

Les premiers plans opérationnels sont présentés à Adolf HITLER le 9 octobre 1944. Cinq alternatives sont proposées, dont deux projets d’encerclement des forces américaines en Lorraine et un dans les Vosges. Il demande à combiner les deux options qui ont sa préférence et compatibles avec son idée initiale : une offensive à travers la Hollande pour s’emparer d’Anvers et l’encerclement des forces américaines enfoncées dans le saillant d’Aix-le-Chapelle. Le projet retenu est présenté le 11 octobre 1944 et il met en oeuvre les 6. SS-Panzer-Armee, 5. Panzer-Armee et 7. Armee.  sous le commandement de la Heeresgruppe B de Walter MODEL. Outre le secret, l’enjeu est alors de libérer, de reconstituer en hommes et en matériels les forces nécessaires à l’opération, de réunir la logistique nécessaire malgré le contexte stratégique particulièrement défavorable. Les Allemands bénéficient d’une double opportunité : l’obligation à l’Armée Rouge de souffler après ses succès de l’été, les résultats des mesures prises sous l’impulsion d’Albert SPEER pour rationaliser la production d’armements et limiter les effets des bombardements alliés.

Le projet est confronté à l’avis des chefs d’armées allemands le 27 octobre 1944. Tous estiment les objectifs trop ambitieux par rapport aux moyens mobilisables et proposent des alternatives plus limitées qui sont toutes rejetées. Les lignes directrices sont figées le 10 novembre 1944. Dans un premier temps, le but est de percer les lignes de la 1st US Army dans les Ardennes pour franchir sur la Meuse :

  • La 6. SS-Panzer-Armee doit franchir la crête d’Elsenborn et atteindre la Meuse entre Liège et Huy
  • La 5. Panzer-Armee doit atteindre la Meuse entre Huy et Givet
  • La 7. Armee doit couvrir le flanc de la 5. Panzer-Armee entre le frontière germano-luxembourgeoise jusqu’à la Meuse

Dans un second temps, la 15. Armee doit pousser sur Liège pour libérer la 6. SS-Panzer-Armee afin de lui permettre de se lancer à la conquête d’Anvers tandis que la 5. Panzer-Armee couvre son flanc droit en s’appuyant sur Bruxelles.

Tout comme en 1940, la traversée des Ardennes bénéficie de l’appui d’opérations spéciales : une largage de parachutistes (opération Stösser), des opérations commandos pour désorganiser les lignes arrières ennemies (opération Greif et Panzer-Brigade 150).

Dans la situation dans laquelle se trouve le III. Reich fin 1944, la finalité stratégique de l’opération Wacht am Rhein est la seule qui peut en effet commencer à modifier le rapport de force. D’autres opérations comme celle-là sont de toute façon nécessaire pour encore espérer vaincre et rétablir une situation qui parait totalement perdue. Pour se donner une chance de réussir, la première partie de l’opération doit se dérouler sans accroc et ne doit pas laisser de temps aux Alliés pour réagir. Devant l’exigence alliée de capitulation sans condition, telle qu’elle formulée à l’issue de la conférence interalliée de Casablanca en janvier 1943, il n’y a pas d’espoir de sortie honorable pour le régime nazi. La seule solution possible est donc la victoire militaire ou la fin de l’alliance entre les Alliés occidentaux et l’URSS.

Après plusieurs reports, l’offensive est finalement lancée le 16 décembre 1944. La bataille des Ardennes commence…

Bibliographie :

Yves BUFFETAUT, Hürtgen, les Allemands maîtres de la guerre d’usure, in n°55 (Histoire & Collections, 2012) : article de vingt-deux pages sur les combats de la forêt de Hürtgen du 13 septembre au 2 décembre 1944 décrivant les efforts alliés (1st US Infantry Division, 4th US Infantry Division, 9th Infantry Division, 28th Infantry Division, 5th US Armored Division, 70th US Tank Battalion, 634th US Tank Destroyer Battalion, 707th US Tank Battalion, 745th US Tank Battalion, 746th US Tank Battalion, 803rd US Tank Destroyer Battalion, 893rd US Tank Destroyer Battalion), pour percer en direction de la Roer puis de la plaine de Cologne et la résistance allemande (12. Volksgrenadier-Division, 47. Volksgrenadier-Division, 89. Infanterie-Division, 272. Volksgrenadier-Division, 275. Infanterie-Division, 344. Infanterie-Division, 353, Infanterie-Division, 116. Panzer-Division) qui permet au final de préserver les unités tenues en réserve pour l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes à partir du 16 décembre 1944 – Photos, cartes, profils couleurs.

Philippe GUILLEMOT, La bataille des Ardennes Tome 1 (Histoire & Collections, 2015) : livre de cent quatre-vingt-douze pages décrivant la stratégie alliée à l’Ouest après la bataille de Normandie, les alternatives stratégiques allemandes après les désastres de l’été 1944, les options retenues par Adolf HITLER, la préparation de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel, les combats aériens au-dessus des Ardennes – Photos, cartes, ordres de bataille.

Philippe GUILLEMOT, La bataille des Ardennes Tome 2 (Histoire & Collections, 2016) : livre de cent quatre-vingt-douze pages décrivant la mise sur pied de la 6. SS-Panzer-Armee et son engagement au Nord de l’offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944, les opérations Greif et Stösser, les premiers assauts menés par les divisions d’infanterie allemandes, les combats pour la crête d’Elsenborn avec notamment l’échec de la 12. SS-Panzer-Division Hitlerjugend, la tentative de percée du Kampfgruppe Peiper ainsi que les combats des autres Kampfgruppen de la 1. SS-Panzer-Division Leibstandarte SS Adolf Hitler, l’engagement du II. SS-Panzer-Korps ainsi que la réaction alliée – Photos, cartes, ordres de bataille.

François de LANNOY, Ardennes 1944, l’offensive de la dernière chance, in 39/45 Magazine n°284 (Heimdal, 2010) : article de deux pages résumant la chronologie de la bataille des Ardennes et les enjeux de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel destinée à rétablir la situation militaire à l’Ouest et éviter l’invasion à court terme de l’Allemagne – Photos couleurs.

Ronald McNAIR, La bataille des Ardennes, décembre 1944, janvier 1945, in 39/45 Magazine n°102 (Heimdal, 1994) : article de trente-quatre pages retraçant jour par jour la préparation et le déroulement du 16 décembre 1944 au 16 janvier 1945 de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes menée par la 5. Panzer-Armee et la 6. SS-Panzer-Armee, les combats autour de Bastogne puis la contre-attaque alliée – Photos dont certaines en couleurs, cartes.

Jean-Paul PALLUD, Ardennes album mémorial (Heimdal, 1986) : album de quatre-cent-quatre-vingt-quatre pages très largement illustré de photos issus des archives officielles décrivant les origines et la mise en oeuvre de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel, couvrant l’ensemble de la bataille des Ardennes du 16 décembre 1944 à fin janvier 1945 (dont les opérations Greif et Stösser, les combats pour la crête d’Elsenborn, la percée de la Kampfgruppe Peiper, Saint-Vith, Bastogne, l’ultime poussée de la 2. Panzer-Division en direction de la Meuse, le repli allemand) et évoquant les opérations connexes Bodenplatte et Nordwind – Photos, cartes.

Franck SEGRETAIN, L’opération « Queen », foncer vers la Ruhr !, in Batailles & Blindés n°95 (Caraktère, 2020) : article de quatorze pages sur l’opération Queen menée par les 1st et 9th US Army à travers la forêt de Hürtgen pour tenter d’atteindre le Rhin à partir du terrain conquis d’Aix-la-Chapelle et qui sera bloquée par les Allemands permettant de préserver l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes – Photos, cartes, profils couleurs.

David ZAMBON, La bataille des Ardennes, in Histoire de Guerre n°52 (Histopresse, 2004) : article de dix-sept sur la bataille des Ardennes évoquant les faits marquants de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel – Photos, cartes, profils couleurs.

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