Bastogne 1944/1945

Bastogne est l’un des lieux les plus emblématiques de la bataille des Ardennes, symbole de la résistance américaine et de l’échec allemand. Pourtant le déroulement des combats est plus complexe que ce seul cliché véhiculé par l’historiographie grand public. La résistance de la 28th US Infantry Division sur l’Our et le sacrifice de la 10th US Armored Division permet à la 101st US Airborne Division de rallier la ville avant que les Allemands n’y pénètrent. Les affrontements les plus intenses se déroulent alors que l’opération Wacht am Rhein est déjà un échec avec la Meuse qui reste hors d’atteinte.

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Historique

Opération Wacht am Rhein / Herbstnebel (décembre 1944 / janvier 1945)

Contexte

Quand les Allemands s’apprêtent à déclencher l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel, Bastogne abrite l’état-major du VIII US Corps (dépendant de la 1st US Army) qui a en charge la défense du massif des Ardennes. Le secteur est redevenu calme après les attaques américaines au-delà de l’Our et pour tenter de s’emparer de Bitburg. Des Hautes Fagnes à la Sûre, la défense repose sur trois divisions d’infanterie (99th US Infantry Division, 106th US Infantry Division, 28th US Infantry Division) et une division blindée répartie en réserve à l’arrière des première lignes qui sont particulièrement étirées (9th US Armored Division).

S’il est faible, le secteur est cependant bordé au nord par le gros de la 1st Army qui poursuit ses combats dans la forêt de Hürtgen et qui cherche à atteindre la Roer pour s’attaquer ensuite au Rhin. Au sud également, la 3rd US Army prépare son offensive sur la Sarre après avoir enfin finalisé la prise de Metz en Lorraine.

La 28th US Infantry Division résiste jusqu’au bout

Quand elle s’élance avec pour objectif de franchir la Meuse, la 5. Panzer-Armee doit d’abord passer l’Our et la première ligne américaine tenue principalement par la 28th US Infantry Division dont les lignes sont excessivement étendues. Pourtant, les deux premiers jours sont compliqués pour les Allemands qui perdent beaucoup de temps à s’ouvrir le passage devant des Américains qui ne lâchent pas, voire qui cherches à reprendre le terrain perdu comme à Marnach le 17 décembre 1944.

Ce délai permet aux Américains de prendre de rapides dispositions pour renforcer le secteur menacé. Ainsi, la 10th US Armored Division de la 3rd US Army est mise en alerte dès le 16 décembre 1944 et prend la route le lendemain, mise à disposition du VIII US Corps. Ses premiers éléments sont jetés en bouchons avec les derniers éléments de la 9th US Armored Division autour de Bastogne le 18 décembre 1944. Dans le même temps, les 82nd US Airborne Division et 101st US Airborne Division sont mises en alerte et partent en urgence en direction des Ardennes.

La 5. Panzer-Armee rate le coche

Le 18 décembre 1944, la 2. Panzer-Division bouscule les bouchons mis en place par les Américains ainsi que la 130. Panzer-Lehr-Division. Les deux unités s’approchent de la ville mais perdent encore du temps dans leur progression en vue de la Meuse et laissant le temps aux renforts de la 101st US Airborne Division d’arriver.

Ainsi obsédé par la fleuve, déjà très en retard sur le calendrier initial, Hasso von MANTEUFFEL ordonne le 19 décembre 1944 à la 2. Panzer-Division de poursuivre son chemin sans chercher à prendre Bastogne dont la conquête ferait perdre encore davantage de temps. Erreur de jugement car à ce moment-là la défense n’est pas encore organisée. La 130. Panzer-Lehr-Division qui rencontre elle aussi des éléments de la 10th US Armored Division continue de se fourvoyer en portant son attention sur Longvilly en appui de la 26. Volksgrenadier-Division plutôt que de foncer sur Bastogne (voir Mook 1944 n°1)

La 2. Panzer-Division glisse ainsi au nord de la ville tandis que la 130. Panzer-Lehr-Division contourne Bastogne par le sud laissant néanmoins une Kampfgruppe pour investir la ville avec la 26. Volksgrenadier-Division.

Les Américains commettent également des erreurs. La 4th US Armoured Division de la 3rd US Army est mise en mouvement, ses éléments avancés atteignent Bastogne dès le 20 décembre 1944 mais reçoivent finalement l’ordre d’évacuer.

Bastogne en état de siège

La ville est intégralement encerclée à partir du 21 décembre 1944. Le 22 décembre 1944, les Allemands font une proposition de reddition rejetée par Anthony McAULIFFE du fameux mot « Nuts ».

Deux attaques allemandes sont repoussées le 23 décembre 1944. Des éléments de la 9. Panzer-Division viennent également renforcer les forces autour de Bastogne et attaquent également le lendemain, toujours sans succès. Le 26 décembre 1944, nouvelle attaque, nous succès défensif.

La 3rd US Army rétablit le lien avec les encerclés

La 4th US Armored Division est rassemblée le 22 décembre 1944 et peut débuter son attaque qui se heurte à la 5. Fallschirmjäger-Division de la 7. Armee qui couvre le flanc sud de la 5. Panzer-Armee. Les combats se concentrent sur Martelange et font perdre du temps aux Américains qui reçoivent également le renfort de la 80th US Infantry Division pour rétablir la liaison avec les assiégés.

Le 26 décembre 1944, après avoir repoussé la 5. Fallschirmjäger-Division et établi un passage au travers de l’anneau édifié par la 26. Volksgrenadier-Division, les premiers éléments de la 4th US Armored Division atteignent Bastogne pour y rétablir un corridor encore très fragile.

Bastogne, un lot de consolation pour les Allemands ?

L’échec de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel est consommé. La 6. SS-Panzer-Armee est toujours bloquée au pied des Hautes Fagnes et les pointes avancées de la 5. Panzer-Armee sont toute stoppées ou repoussées.

Les Allemands, qui n’ont plus que pour ambition de s’emparer de Bastogne en capturant le maximum d’unités ennemies, lancent une attaque en tenaille sur le corridor américain avec des éléments de la 1. SS-Panzer-Division, de la Führer-Begleit-Brigade et de la 3. Panzergrenadier-Division. Cette attaque est concomitante avec celle de la 11th US Armored Division qui s’élance en même temps et qui s’en retrouve bloquée. Mais le corridor tient.

Le 3 janvier 1945, la 9. SS-Panzer-Division tente à son tour un assaut que la 12. SS-Panzer-Division rejoint le lendemain. 101st US Airborne Division et 6th US Armored Division livrent de violents combats défensifs mais tiennent.

Pendant ce temps, également à partir du 3 janvier 1945, la 1st US Army contre-attaque le flanc nord du saillant allemand pour tenter de le couper.

Les combats s’éloignent définitivement

Le 8 janvier 1945, les Allemands reçoivent l’ordre de se replier, mouvement qui commence le lendemain.

Les éléments avancés des 1st US Army et 3rd US Army font leur jonction à Houffalize le 16 janvier 1945. Bastogne est totalement hors de danger.

L’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel est un échec. Elle n’a jamais été en mesure de menacer sérieusement la Meuse et encore moins Anvers avant que les Alliés puissent rameuter des renforts. Les combats les plus violents autour de Bastogne se déroulent alors que la liaison vient d’être rétablie avec la garnison encerclée quand les Allemands cherchent à obtenir un dernier succès symbolique.

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Bibliographie

Livres

Magazines et périodiques

  • Loïc BECKER, La bataille qui a sauvé Bastogne, Noville 1944 [Batailles & Blindés n°109 (Caraktère, 2022)]
  • Matthieu LONGUE, Technical Sergeant Burton P. Christenson, para américain vétéran du D-Day et artiste de guerre [39/45 Magazine n°367 (Heimdal, 2021)]
  • Matthieu LONGUE, Harry W.O. Kinnard, fin tacticien et fougueux guerrier [39/45 Magazine n°357 (Heimdal, 2019)]
  • Matthieu LONGUE, La « force » tranquille, Staff Sergeant « Buck » Taylor (Easy Company, 2/506th Parachute Infantry Regiment) [39/45 Magazine341 (Heimdal, 2017)]
  • Matthieu LONGUE, Dans l’enfer blanc, 30 jours sous la neige et le feu (1ère partie) [39/45 Magazine n°284 (Heimdal, 2010)]
  • Marc MARAN, Les grenadiers du Führer, la Führer-Begleit-Brigade au combat, Ardennes, décembre 1944 [39/45 Magazine295 (Heimdal, 2011)]
  • Ronald McNAIR, La bataille des Ardennes, décembre 1944, janvier 1945 [39/45 Magazine n°102 (Heimdal, 1994)]
  • Franck ROCKENBROD, Verdun à Schumanns’Eck [Mook 19445 (Weyrich, 2020)]
  • Franck ROCKENBROD, L’inutile calvaire de la schwere Panzer-Abteilung 506 [Mook 19445 (Weyrich, 2020)]
  • Franck ROCKENBROD, Un aller simple pour Bastogne [Mook 1944 n°3 (Weyrich, 2019)]
  • Franck ROCKENBROD, La Panzer-Lehr-Division fonce sur Bastogne [Mook 19441 (Weyrich, 2019)]
  • Benoît RONDEAU, Les 3. et 5. Fallschirmjäger-Division dans l’offensive des Ardennes [2e Guerre Mondiale n°86 (Mars & Clio, 2019)]
  • Benoît RONDEAU, Unités interarmes et de circonstance, Kampfgruppe, Combat Command, Corps Francs… [2e Guerre Mondiale n°75 (Mars & Clio, 2018)]
  • Hugues WENKIN, Une bataille pour deux corridors [Mook 19445 (Weyrich, 2020)]
  • Hugues WENKIN, La 1. SS-Panzer-Division contre-attaque à Lutrebois ! [Mook 19445 (Weyrich, 2020)]
  • Hugues WENKIN, Un calme blanc avant la tempête ! [Mook 19445 (Weyrich, 2020)]
  • Hugues WENKIN, La 82nd Airborne Division à la rescousse [39/45 Magazine359 (Heimdal, 2019)]
  • Hugues WENKIN, Opération Repulse, ravitailler Bastogne ! [39/45 Magazine n°352 (Heimdal, 2018)]
  • Hugues WENKIN, Tenir Bastogne et mourir, les paras de la 101st témoignent [Ligne de Front n°44 (Caraktère, 2013)]
  • Hugues WENKIN, Le miracle de Bastogne [Ligne de Front n°33 (Caraktère, 2011)]

Ludographie

The Battle of the Bulge (Avalon Hill, 1981) : jeu d’Histoire (wargame) sur carte (hexagones) avec pions simulant l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes au niveau régimentaire du 16 décembre 1944 au 2 janvier 1945 incluant les appuis d’artillerie ainsi que les opérations Greif et Stösser – Livret des règles, aides de jeu, scenarii (2), cartes, pions (377) et dé.