Bataille des Ardennes, Bastogne, tome 1, la percée allemande (Weyrich, 2020)

Joueurs EISENHOWER et BRADLEY ? Ce n’est pourtant pas le qualificatif qui vient le plus immédiatement à l’esprit tant les deux se montrent prudents et peu habitués à improviser. A l’automne 1944, les efforts alliés pour défaire définitivement les Allemands sont bloqués : le massif des Vosges est verrouillé, PATTON est englué en Lorraine, de part et d’autre d’Aix-la-Chapelle, les Américains piétinent dans leur avance vers la Roer (dernière barrière naturelle avant le Rhin), les Britanniques se remettent progressivement de l’échec de Market-Garden et doivent nettoyer les accès d’Anvers et de l’Escaut ainsi que le Peel. Bref, une impression de déjà vu qui rappelle les moments difficiles de juillet 1944 durant la bataille des haies et les échec successifs pour s’emparer de Caen durant la bataille de Normandie

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Pourtant, il y a une différence de taille avec les événements de l’été : les Allemands réussissent l’exploit de se recréer une réserve stratégique avec la 6. (SS-)Panzer-Armee dont la localisation est floue et qui peut intervenir à tout moment pour contrer un succès allié. Une obsession pour EISENHOWER et BRADLEY

De là à dire que la faiblesse du front des Ardennes est un piège destiné à attirer cette fameuse réserve ? C’est l’une des questions que soulève Hugues WENKIN dans ce livre qui se place dans la continuité du Mook 1944 n°01/2019. Il faut dire que la réaction américaine est immédiate et des plus efficaces. Les GI en première ligne sont-ils donc délibérément sacrifiés ?

Probablement pas, mais il est évident que les stratèges américains ont étudié plusieurs options et mesuré les risques. Il faut dire qu’une attaque à travers les Ardennes risque de retrouver assez rapidement menacée sur ses flancs, au nord ou au sud où se trouvent le gros des moyens américains. Le déroulement des combats conforte en effet cette analyse qui distingue fort subtilement défense directe et défense indirecte.

Hugues WENKIN revient également sur la supposée myopie alliée sur les préparatifs allemands. En fait, ce n’est pas tout à fait exact. De nombreux renseignements sont accessibles, mais ne sont pas correctement interprétés. Au cours de l’automne, c’est la seconde grosse erreur du renseignement allié après celle de Market-Garden. Et la surprise n’est pas tellement l’apparition de la 6. (SS-)Panzer-Armee (dont la formation et la composition sont bien connues des Alliés), mais l’attaque concomitante de celle-ci avec la 5. Panzer-Armee dont la réapparition est la vraie surprise. L’autre erreur est la sous-estimation de la reconstitution du potentiel blindé allemand (voir les tableaux comparatifs fournis en page 91).

Les combats proprement dits ne concernent qu’une petite moitié du livre d’un peu plus de cent quatre-vingt pages. Ils se concentrent sur le secteur de la 5. Panzer-Armee et s’intéressent aux première heures de l’offensive. Dans l’historiographie de la bataille des Ardennes, les ratés de la Kampfgruppe Peiper et de la 12. SS-Panzer-Division symbolisent l’échec de l’offensive allemande au nord. L’avance presque jusqu’à la Meuse symbolise une certaine réussite de la 5. Panzer-Armee et le danger que peut représenter une avance allemande réussie. Heureusement que la 101st US Airborne Division tient bon à Bastogne !

Cette vision est réductrice et ce livre contribue à éclairer les véritables causes des succès et des échecs des uns et des autres au-delà des quelques facilités et légendes historiques qui alimentent les mythes que les uns et les autres souhaitent construire après-guerre.

En s’attardant sur les combats pour Marnach, Heinerscheid, Clervaux, Wiltz ainsi que la percée de la 2. Panzer-Division, l’auteur montre le rôle essentiel des unités de la 28th US Infantry Division appuyés par quelques éléments de la 9th US Armored Division. Confrontés à un rapport de force totalement défavorables, les Américains ne sacrifient et font perdre de précieuses heures aux Allemands qui ne sont pas particulièrement inspirés d’un point de vue tactique. Si le nombre a été reconstitué, la qualité ne l’a pas été. Les virtuoses de l’offensive de 1940 ne sont plus là et sont remplacés par des experts de la défense et des situations désespérées.

La bataille des Ardennes est donc vraiment tout autant une victoire américaine (des soldats aux chefs) qu’un échec allemand. Les dernières réserves de la Wehrmacht sont consommées, la défait finale n’est plus qu’une question de mois. Le risque pris par EISENHOWER et BRADLEY semble payant militairement, mais il n’empêche que la surprise est mauvaise et finit pas provoquer un peu de panique qui s’exprime, non pas dans les Ardennes, mais en Alsace face à l’opération Nordwind. Il n’en reste pas moins que la faute originelle est la conduite des opération au sortir de la poche de Falaise/Trun/Chambois et que septembre 1944 se révèle être une aubaine pour les ambitions soviétiques sur l’Europe.

Sommaire :

  • Avant-propos
  • Le plan de la dernière chance
  • Le programme Ultra
  • Le front allemand devant Bastogne
  • La défense indirecte des Ardennes
  • L’assaut de la première ligne américaine
  • Bastogne sans défense
  • Bibliographie

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