Batailles n°91 (Ysec, 2020)

Composé par le désormais trio Yves BUFFETAUT, Nicolas PONTIC et Benoît RONDEAU (ces deux deniers issus de l’équipe éditoriale de 2e Guerre Mondiale), ce numéro de Batailles couvre un spectre relativement large et varié de la Seconde Guerre mondiale (terre, mer, Europe, Afrique du Nord) avec pas moins de neuf articles sur un peu plus de soixante-dix pages, dont quelques morceaux savoureux…

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La rubrique Actualité est sciemment considérée ici comme un article à part entière même si elle fait référence à la découverte de deux épaves de navires en 2020. Ironie du sort, les deux bâtiments portent le même nom, Karlsruhe. L’un est un croiseur coulé au cours de l’opération Weserübung sur le trajet du retour en Allemagne après y avoir déposé les troupes qu’il transporte. Le second est un paquebot coulé en Mer Baltique dans les dernières semaines du conflit. Sa découverte est l’opportunité de rappeler le mystère de la disparition de la chambre d’ambre. Saisie par les Allemands quand ils s’emparent de Tsarkoye Selo, elle est transférée à Königsberg où elle disparaît à la fin du conflit sans qu’il soit possible de retracer exactement son sort, laissant libre court à toutes sortes d’hypothèses. Cet exemple montre qu’au-delà des aspects politiques, économiques, techniques et militaires, la Seconde Guerre mondiale est l’occasion de découvrir de vastes pans culturels, dont certains trésors sont malmenés, disputés voire disparaissent à tout jamais. Sans compter une meilleur appréhension de la géographie.

Refonte revue et complétée de deux articles parus dans 2e Guerre Mondiale n°68 et n°69, Nicolas PONTIC présente la conception et l’organisation défensive de la Ligne Mannerheim avant de scruter son efficacité lors du conflit durant l’hiver 1939/1940. De quoi (re)découvrir ce réseau fortifié dont bien peu de détails font l’objet d’études dans la littérature francophone.

L’Afrique du Nord est également présente avec deux articles. Une courte étude sociologique de Benoît RONDEAU sur la 8th Army britannique se concentre sur l’aspect hétéroclite des unités provenant de l’ensemble de l’Empire en approfondissant le sujet évoqué dans étude plus globale parue dans 2e Guerre Mondiale56. Et une présentation de l’opération Torch rédigée par Yves BUFFETAUT avec une attention plus particulière sur la situation à Casablanca et le sort de la flotte française qui s’y trouve.

Dans le domaine maritime, la Seconde Guerre mondiale symbolise également la fin de la suprématie des cuirassés et l’avènement des portes-avions. Un très bon article pour comprendre les raisons de cette bascule. Une synthèse en forme d’introduction pour les LOS ! hors-série n°5, 10, 21 et 24.

Deux articles s’intéressent plus particulièrement à la période de l’automne 1944 sur le front Ouest avec d’un côté la prise de Metz par la 3rd US Army et la conquête de Walcheren à l’embouchure de l’Escaut. Deux exemples des difficultés alliées après la victoire en Normandie, la libération de majeure partie de la France et de la Belgique. Les deux événements se passent en novembre 1944. Les deux sujets renvoient à la bataille des Ardennes. D’abord parce que les succès défensifs et l’enlisement allié permet aux Allemands de gagner du temps et d’épargner des moyens humains et matériels pour préparer l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel. Ensuite, parce que les Alliés, et la 3rd US Army en particulier, s’apprêtent à repartir de l’avant en direction du Rhin et du Westwall pour le secteur de la Sarre avec une logistique désormais consolidée. Mais l’attaque allemande du 16 décembre 1944 change la donne à quelques jours près… La bataille des Ardennes engloutit les réserves allemandes, mais elle offre un répit de plusieurs semaines. Tout comme Koursk, elle n’est pas une victoire allemande, mais elle permet d’offrir un répit. La question est : pour quoi faire ?

A l’Est aussi il est question de répit. Et c’est le titre principal de la couverture de ce numéro. L’opération Vistule-Oder déclenchée à partir du 12 janvier 1945 quand le saillant allemand des Ardennes est déjà bien résorbé. En quelques semaines, la route de Berlin semble grande ouverte et il est étonnant qu’il faille attendre fin avril pour voir l’Armée Rouge s’en emparer. Et si ce n’était que pour poursuivre la guerre quelques semaines de plus le temps de s’assurer de la main-mise de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie dont les sorts ne sont pas vraiment clarifiés par la conférence de Yalta ? Il est vrai que Joseph STALINE a le temps : les Alliés pensent encore leurs plaies des Ardennes et ne sont pas prêts à repartir de suite à l’assaut.

Volontaire ou pas, ce retard improbable dans la chute de Berlin rappelle que le grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale est l’URSS qui obtient davantage que ses buts de guerre initiaux concrétisés avec le pacte germano-soviétique. Le décor de l’après-1945 est déjà esquissé, la Guerre froide peut commencer…

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