Batailles & Blindés n°105 (Caraktère, 2021)

Il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Si ce numéro de Batailles & Blindés semblent brasser beaucoup de sujets ultra classiques de la Seconde Guerre mondiale en Europe, il met le doigt sur ce qui fait la différence entre perceptions et réalités…

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Recension

La sage des Panzer VI Ausf. E Tiger et Panzer VI Ausf. B Königstiger représente l’un des sujets les plus emblématiques du cette période et l’un des plus traités. Pourtant, que de sottises ont bien pu être écrites au cours de décennies d’historiographie pléthorique. Entre le mythe de l’invincibilité et celui des centaines de carcasses fumantes dans les plaines surchauffées de Koursk, les auteurs montrent qu’il est malheureusement bien plus facile de parler des perceptions que d’analyser les faits avec de vraies données.

Quand il apparait sur les champs de bataille, le char lourd allemand bouscule le rapport de force sur le terrain, même s’il est en définitive engagé au compte-gouttes. En termes de puissance de feu et de protection, il rebat les cartes que ce soit en URSS ou en Tunisie, ses premiers terrains de chasse. Produit et engagé en nombre insuffisant, son impact reste pourtant essentiellement tactique. Il n’empêche, ses adversaires directs n’en sont pas moins effrayés et les statistiques de victoires de ses as démontrent l’efficacité du système de combat.

D’un point de vue protection, le char lourd fait logiquement des compromis même s’il est davantage blindé que ses homologues du moment. Les essais de tirs menés sur des exemplaires capturés. Dans le présent numéro, il s’agit de tests rapportés et analysés par les Forces Français Libres (FFL). Les photos en gros plan qui illustrent l’article sont assez spectaculaires. Les points de fragilité ne sont pas forcément les plus évidents en apparence. Alors, certes, les chars américains sont bien incapables en Tunisie de le détruire en un seul coup au but, sauf circonstances exceptionnellement favorables. Mais pas impuissants à lui causer des dégâts significatifs qui peuvent le rendre impropre au combat.

Si le Tiger n’est pas invincible, il contient un certain de fragilités intrinsèques. Techniques d’abord, puisque nombre de chars sont finalement perdus pour des pannes. Logistiques ensuite, soit faute d’essence dans le réservoir, soit par manque de moyens de dépannage appropriés, soit tout simplement par manque de moyens de transport pour l’amener sur le champ de bataille. Car pour préserver les mécaniques, les déplacements doivent se limiter le plus possible aux espaces de combat. Les longues étapes de transition hypothèquent la disponibilité des matériels pour le combat alors que sa valeur ajoutée se situe justement à e moment-là.

Pour comprendre cette situation, il faut bien lire l’article de Max STEIN sur l’engagement des chars lourds allemands et de leurs dérivés (Jagdtiger et Sturmtiger) dans les Ardennes. Après avoir déjà remis en cause sa gloutonnerie en carburant (voir Tiger de la 503, Normandie, Vexin normand, juin – août 1944) par rapport au Medium Tank M4 Sherman, il passe en revue les différentes unités prévues d’être engagées.

Et là, ô surprises. Plusieurs d’entre elles ne sont littéralement pas en mesure de rejoindre les premières lignes. Quand elles le peuvent, nombre d’engins sont perdus faute d’essence ou de moyens pour les dépanner. Cela veut-il dire que les Allemands ne possèdent plus de carburant ? Non, les stocks existent et sont plutôt confortables.

Produire des chars lourds n’est donc pas suffisant. Il faut également pouvoir disposer des moyens de déplacement et d’entretien qui vont avec, au risque de gaspiller ses précieux moyens de combat. Si l’essence est en effet rare en première ligne, cela ne veut pas dire que les stocks soient épuisés. La puissance aérienne allié interdit par sa présence et les destructions occasionnées sur les axes de transport son déplacement sachant que les moyens de transport palliatifs viennent également à manquer du fait de la priorité donnée à la production d’engins de combat.

Bref, en négligeant les aspects logistiques à la différence des Américains, les Allemands se privent de la capacité d’engager réellement leurs moyens de combat. Les meilleurs engins sont donc bien inutiles s’ils ne peuvent être utilisés faute d’essence, de moyens de transport pour les amener au front, pour les entretenir ou les dépanner.

Dans le même genre, l’article sur l’opération Fall Blau apporte un certain nombre d’éclairages bienvenus sur cette dernière offensive allemande réellement stratégique. Alors que les effectifs et la logistiques sont déjà soumis à de fortes contraintes en raison de l’immensité du front en URSS et des pertes concédées au cours de l’opération Barbarossa puis de l’hiver qui suit, les Allemands conçoivent une opération qui ne peut qu’accentuer leurs difficultés : extension du front et divergence des axes d’effort. Outre des choix opérationnels contestables, la menace à l’Ouest se fait déjà ressentir. De quoi perturber la prise de décision allemande et fragiliser un peu plus une offensive qui n’en demandait pas tant pour échouer.

L’article sur les combats pour Kesternich s’attarde sur les détails tactiques en s’appuyant sur des rapports établis par l’armée américaine et quelques témoignages allemands. Malheureusement, cet angle de vue fait perdre de vue l’importance stratégique de la bataille qui s’y déroule quelques heures seulement avant le déclenchement de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes. Le mordant allemand s’explique également par la crainte de voir les Américains s’emparer d’un point de vue sur les préparatifs de l’assaut à venir. Au point d’engager des moyens destinés à l’offensive elle-même qui manqueront cruellement au matin du 16 décembre 1944 pour ouvrir la voie à la 12. SS-Panzer-Division et plus globalement à la 6. Panzer-Armee dont l’une des racines de l’échec se trouve dans les ruines de Kesternich

Profils couleurs

Cartes

Sommaire

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 82
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 7,50 € TTC

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