Opération Fall Gelb (Plan jaune) 1940

L’opération Fall Gelb (Plan jaune) est le nom de code donné au plan allemand pour défaire l’armée française et le British Expeditionary Force (BEF) sur le continent européen.

Suite à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre au III. Reich. Cependant, mis à part un raid français dans la Sarre et quelques escarmouches aériennes, les deux camps restent face à face tout au long de l’hiver et au début du printemps. La Belgique, la Hollande et le Luxembourg restent neutres et prennent soin de ne pas provoquer l’Allemagne par un quelconque rapprochement avec l’alliance franco-britannique. La Scandinavie sécurisée par l’invasion du Danemark et de la Norvège, le III. Reich attaque le 10 mai 1940, c’est le début du Fall Gelb (plan jaune)…

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Confrontées aux obstacles du Rhin et de la Ligne Maginot sur la frontière commune entre l’Allemagne et la France, le III. Reich opte pour un enveloppement par le nord en envahissant trois pays neutres (Pays-Bas, Belgique et Luxembourg). Cette décision élargit les possibilités opérationnelles mais accroît également le nombre d’adversaires. Afin de ne pas reproduire les schémas de la Première Guerre mondiale, les états-majors conçoivent un plan qui vise à neutraliser les Pays-Bas le plus rapidement possible, à empêcher les Français et les Britanniques de constituer un front continu en Belgique et d’envelopper l’ensemble des forces avancées vers le nord par une percée au débouché des Ardennes.

Le plan fait l’objet de nombreux échanges tout au long de l’hiver. Plusieurs fois remanié sous l’impulsion notamment d’Erich von MANSTEIN qui travaille pour Gerd von RUNDSTEDT, il bénéficie pour sa mise en oeuvre des leçons apprises en Pologne qui amènent un certain nombre d’évolutions. Finalement poussé par Adolf HITLER lui-même séduit par l’idée de manœuvre qu’il contient.

Pour réussir, ce plan doit remplir plusieurs conditions :

  • La neutralisation de la capacité défensive de l’armée hollandaise avant que l’armée française puisse la secourir,
  • La pénétration au cœur de la Belgique à travers la trouée de Gembloux qui permet de s’affranchir, une fois la Meuse et le canal Albert passés à partir de Maastricht, de plusieurs coupures humides pour pénétrer au cœur du pays,
  • La traversée des Ardennes et le franchissement de la Meuse entre Dinant et Sedan pour longer l’Aisne et la Somme jusqu’à la Manche.

Chronologie :

27 septembre 1940 : Capitulation de la Pologne envahie à la fois par le III. Reich et l’URSS.

9 octobre 1940 : Signature par Adolf HITLER de la Directive n°6 qui envisage de rapidement prendre l’offensive si la Grande-Bretagne et la France ne sont pas décidées à mettre fin à la guerre. L’urgence est liée à la crainte de voir les pays alors neutres de rejoindre le camp allié et de voir se renforcer le potentiel militaire occidental. Les contours des futures opérations sont posés : invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg, destruction du corps de bataille principal ennemi, occupation d’un vaste territoire permettant de mettre la Ruhr hors de portée de l’ennemi et de conduire des opérations contre la Grande-Bretagne. La disponibilité des forces blindées et motorisées conditionne avec les conditions météorologiques le démarrage des opérations militaires.

19 octobre 1939 : La première version du Fall Gelb est réalisée par Franz HALDER. Elle prévoit une poussée en Hollande et trois axes de pénétration qui doivent se rejoindre dans la région de Bruxelles avant d’envisager une avance jusqu’aux côtes de la Manche en passant au Nord de Lille à travers les plaines flamandes. L’avancée à travers les Ardennes belges et le Luxembourg n’est conçue que pour aligner le front allemand sur la Lige Maginot et la frontière française.

25 octobre 1939 : Walter von BRAUCHITSCH et Franz HALDER présentent la première ébauche du plan à Adolf HITLER qui n’est pas satisfait et qui demande à le retravailler.

29 octobre 1939 : La seconde version du plan ne prévoit plus une invasion de la Hollande mais seulement la traversée de la région de Maastricht. Les deux axes d’offensive passent de part et d’autre de Liège pour se rabattre ensuite sur Gand et Anvers d’un côté et vers Namur et Charleroi de l’autre. Cette version ne satisfait pas Adolf HITLER qui aurait évoqué une attaque blindée sur Sedan selon Alfred JODL. Gerd von RUNDSTEDT  n’est également pas à l’aise avec cette version et insiste sur l’enjeu qui doit être la destruction de l’ennemi au Nord de la Somme.

5 novembre 1939 : Alors que le débat stratégique est intense, Adolf HITLER ordonne de lancer les opérations dès le 12 novembre 1940. L’ordre d’attaque sera ajourné à de multiples reprises en novembre et en décembre.

15 novembre 1939 : Pour la première fois, l’idée d’un franchissement de la Meuse à Sedan est intégré mais l’effort principal est toujours porté au Nord.

20 novembre 1939 : Signature par Adolf HITLER de la Directive n°8 qui insiste sur la possibilité d’ajourner l’offensive avec un préavis extrêmement court de 24 heures et sur la possibilité de basculer l’axe d’effort en fonction des dispositions prises par l’ennemi.

10 janvier 1940 : Atterrissage forcé d’un Messerschmitt Bf 108 allemand en Belgique avec les plans d’opérations envisagés pour une attaque alors prévue pour le 17 janvier 1940.

Dénouement, répercussions et conséquences :

L’opération Fall Gelb est une réussite totale qui atteint tous ses objectifs : en quelques jours, les armées hollandaises et belges sont obligées de capituler. Le corps expéditionnaire britannique doit abandonner tout son matériel et ne peut sauver que ses hommes à Dunkerque. Facilitée par le décision d’Adolf HITLER d’arrêter ses unités blindées sur l’Aa, l’opération Dynamo est cependant un exploit qui pèsera pour beaucoup dans le capacité de la Grande-Bretagne à continuer seule le combat contre le III. Reich.

La France se trouve en très fâcheuse posture. Ses meilleures unités sont détruites, le Nord de son territoire est envahi. La ligne de front s’appuie désormais de l’Aisne à l’embouchure de la Somme, mais les Allemands ont déjà acquis plusieurs têtes de pont. La Ligne Maginot est désormais inutile puisqu’elle ne protège pas là où désormais les Allemands vont faire porter leur effort lors de l’opération Fall Rot (Plan rouge) qui va forcer la France à capituler à son tour.

Bibliographie :

Loïc BECKER, Les quatre tournants de la campagne de France, là ou (presque) tout s’est joué, in Ligne de Front n°86 (Caraktère, 2020) : article de dix pages tentant d’illustrer la défaite française lors des opérations à l’Ouest en mai/juin 1940 face à l’opération Fall Gelb au travers de quatre exemples (dépassement du haut-commandement français concernant la traversée allemande des Ardennes pendant que la manoeuvre Dyle-Breda se met en place, Montcornet, Lille et Abbeville) – Texte, cartes, photos, profils couleurs.

Loïc BECKER, La bataille d’Hannut, cavaliers contre Panzer, in Ligne de Front84 (Caraktère, 2020) : article de quatorze pages sur la bataille de Hannut/Gembloux soulignant à la fois une victoire tactique défensive française mais aussi une victoire stratégique allemande, le Corps de Cavalerie étant accroché au lieu de se porter dans les Ardennes où se porte l’effort principal de l’opération Fall Gelb – Photos, cartes, profils couleurs.

Bruno CHAIX, En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ? Décisions stratégiques et plans opérationnels de la campagne de France (Economica, 2000) : livre de plus de trois cent pages décrivant l’évolution des conceptions stratégiques françaises de 1919 à 1940 pour se défendre face à l’Allemagne et en cas d’agression par la Belgique, élaboration de la manœuvre Dyle-Breda, exécution en réaction au déclenchement de Fall Gelb quand les Allemands lancent les hostilités à l’Ouest le 10 mai 1940 en Hollande, Belgique et Luxembourg, les conséquences de la chute du canal Albert, Hannut/Gembloux, les combats dans les Ardennes, le franchissement de la Meuse à Dinant, Monthermé et Sedan, les réactions à la percée allemande – Texte, cartes.

Maurice GAMELIN, Manoeuvre Dyle-Breda, le général Gamelin s’explique, inGBM n°75 (Histoire & Collections, 2006) : article de huit pages transcrivant les commentaires a posteriori de Maurice GAMELIN sur la manoeuvre Dyle-Breda et l’entrée en Belgique face au déclenchement de l’offensive allemande Fall Gelb le 10 mai 1940 – Texte, cartes, photos.

Benoît RONDEAU, Le Landser dans la Westfeldzug, cheville ouvrière de la Wehrmacht, in 2e Guerre Mondiale82 (Mars & Clio, 2019) : article de huit pages rappelant l’importance du rôle joué par l’infanterie allemande à l’Ouest en 1940 lors de Fall Gelb et de Fall Rot qui assure seule ou presque le poids des opérations sur certains secteurs – Photos.

Laurent SCHANG, Von Rundstedt, le maréchal oublié (Perrin, 2020) : livre de près de quatre cent pages sur l’itinéraire de Gerd von RUNDSTEDT lors de la Première Guerre mondiale, durant l’Entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale où sont plus particulièrement abordés le rôle et le positionnement de la Reichswehr face à la prise de pouvoir d’Adolf HITLER, l’implication de Gerd von RUNDSTEDT avec Erich von MANSTEIN dans les plans d’invasion de la Pologne (Fall Weiß) et à l’Ouest (Fall Gelb), son commandement des Heeresgruppen Süd et A en Pologne, dans les Ardennes, en France (notamment Sedan, Arras, Dunkerque et Fall Rot) et en URSS durant l’opération Barbarossa puis de l’OB West avec lequel il dirige l’opération Anton (invasion de la zone libre) puis prépare, avec de nombreux débats stratégiques sur le Mur de l’Atlantique et le positionnement des réserves blindées avec Erwin ROMMEL, la défense face à un attendu débarquement allié qui se produit finalement le 6 juin 1944 aboutissant à la bataille de Normandie qui aboutit au second limogeage du maréchal avant de présider le tribunal d’exception pour juger les conjurés de l’attentat du 20 juillet 1944, de représenter Adolf HITLER aux funérailles d’Erwin ROMMEL et d’être de nouveau rappelé pour diriger les unités allemandes à l’Ouest durant notamment la contre-offensive des Ardennes avant d’être définitivement démis de ses fonctions lors du franchissement du Rhin par les Alliés – Cartes.

Max SCHIAVON, L’infanterie française a-t-elle fait son devoir ?, les fantassins dans la débâcle de mai/juin 1940, in Ligne de Front n°79 (Caraktère, 2019) : article de douze pages sur les divisions d’infanterie françaises en mai et juin 1940 (analyse des premiers engagements dans l’Entre-Deux-Guerres, tenue au combat face à Fall Gelb puis face à Fall Rot, manque d’imagination doctrinale, mobilité tactique et stratégique déficiente, médiocrité des cadres de réserve, moral déficient, équipement inadapté) – Photos.