Historique, références bibliographiques et jeux de type wargames au sujet du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944 durant la Seconde Guerre mondiale.
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Historique
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent enfin en France pour constituer un « second front » à l’Ouest alors que la Wehrmacht combat depuis trois ans en URSS. Longuement préparée, cette première étape de l’opération Overlord vise à créer une tête de pont en Normandie par un assaut sur cinq plages (Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach, Sword Beach), un assaut sur la Pointe du Hoc ainsi qu’un largage de parachutistes sur le Cotentin et à l’Est de l’Orne pour sécuriser les deux extrémités. Outre son côté militaire et purement opérationnel, le Débarquement en Normandie occupe une place particulière dans l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale. Elle témoigne de son rôle dans la défaite du Troisième Reich, de la rivalité qui s’annonce entre le bloc des démocraties occidentales et le régime soviétique, des enjeux de l’élaboration du récit national de la libération de la France pour gommer la défaite de 1940 et la collaboration.
Un évènement élevé immédiatement au rang de mythe
En raison de ses enjeux stratégiques, des moyens mis en œuvre de part et d’autre, des faits d’armes accomplis, le Débarquement en Normandie du 6 juin 1944 atteint dès la fin des combats le statut de mythe comme en témoigne la description ci-dessous datant de 1948 dans un guide touristique.
Cette opération fut décidée en mai et août 1943 par le Président Roosevelt et M. Winston Churchill à Washington et à Québec. Moins d’un an après, à la suite d’une préparation gigantesque, les forces du 21e groupe d’Armées du général Montgomery, sous le haut commandement du général Eisenhower, purent passer à l’attaque.
Chaque année, le 6 juin, est célébré sur les côtes normandes l’anniversaire du « D-Day » de 1944, premier jour du débarquement que le monde entier attendait avec angoisse et espérance. Ce matin-là, 144.000 tonnes de munitions, 130.000 homme, 4.100 navire de toutes sortes transportant des canons, des tanks et 20.000 véhicules, attaquèrent impétueusement le « Mur de l’Atlantique » que 1.330 bombardier lourds martelaient déjà. Le mur creva ; les troupes passèrent au milieu des mines qui éclataient, les hérissons d’acier furent broyés, les fossés anti-tanks comblés, les blockhaus écrasés et, après d’âpres alternatives, dès le 19 août, l’armée allemande étranglée dans la poche de Falaise, perdait, avec 640.000 hommes, la bataille de Normandie et devait évacuer la France.
Aujourd’hui, les falaises normandes dominent des plages silencieuses que l’histoire a rendues légendaires, mais des bateaux échoués sur les côtes, des blockhaus, des canons démontés, les innombrables tombes blanches sévèrement alignées des cimetières militaires, les monuments commémoratifs restent là et rappellent le gigantesque fait d’armes. Il demeure encore beaucoup de souvenirs, le sol a été marqué par la lutte pour que, aux yeux qui savent voir, l’évènement surgissent surgisse dans toute son ampleur.
C’est là qu’une énorme masse d’hommes venus des pays lointains s’est déversée le 6 juin 1944 sur notre vieux sol d’Europe pour le libérer. Les premiers rangs furent fauchés, anéantis, mais, grâce à leur ténacité et à leur courage, les suivants passèrent et de fut la victoire.
Les guides rouges, la Normandie et ses plages, le Débarquement, les îles anglo-normandes [Edtions Baneton Thiolier, 1948], pages 3 et 4.
Cette vision épique se renforce et s’appuie rapidement sur les récits historiques officiels qu’appuient nombre de témoignages et de mémoires de la part des protagonistes. Au point que les mythes se substituent parfois aux faits.
Si le 6 juin 1944 se classe sans conteste dans les grandes journées de l’histoire, il a été aussi victime des mythes qui l’enveloppent. Le débarquement en Normandie, au vrai, semble justifier l’emploi de tous les superlatifs. Mobilisant des moyens inédits, tant par leur puissance que par leur nouveauté, la « plus grande opération combinée de tous les temps » aurait été « décisive » et entraîné l’inéluctable défaite du Reich. Outre ce déferlement, Overlord – puisque tel était son nom – a aussi acquis un statut légendaire en étant présenté dès l’origine comme une lutte morale opposant le bien au mal. […] Mais la littérature glorificatrice qui entoure le débarquement a eu tendance à transfigurer sa réalité, au point que les images d’Epinal l’emportent trop souvent sur la véracité historique.
Olivier WIEVIORKA & Cyriac ALLARD, Le Débarquement, son histoire par l’infographie (222 pages) [Seuil, 2024], page 7 et 8.
A cela s’ajoute l’instrumentalisation partisane de l’événement. Ainsi, depuis 1979, des politiques tels Jacques Chirac ou Gerhard Schröder ont tissé à tort une filiation entre l’opération « Overlord » et la construction européenne. Sur ces plages aurait été « fondée l’Europe qui nous occupe maintenant » et « l’idée européenne, les progrès qui l’incarnent […] en réalité nés ici même ». Pur fantasme, reconstruction anachronique, les Anglo-Américains en débarquant entendaient battre le Reich, non pas construire une Europe unie. […] Par conséquent, l’historien Olivier Wieviorka s’inquiète : « alors que la connaissance historique a dans une large mesure informé le souvenir de la Shoah […], la mémoire du D-Day semble dériver, s’éloignant toujours plus au loin des réalités passées ».
Nicolas AUBIN, Le Débarquement, vérités et légendes (304 pages) [Perrin, 2024], page 30.
Les défenses allemandes du Mur de l’Atlantique sont facilement percées, à l’exception d’Omaha Beach où le sort des combats restent incertain plusieurs heures avant de basculer définitivement du côté des assaillants. La domination aérienne alliée entrave les mouvements au sol allemands et permet d’isoler le champ de bataille. L’absence de renforts allemands en arrière immédiat des plages et le manque de profondeur des défenses côtières ne permet pas de résister et de repousser une opération aussi minutieusement préparée et si puissante.
Le 6 juin 1944, les Alliés lancent le plus grand débarquement de l’histoire. 7000 navires, dont 1200 bâtiments de guerre, amènent plus de 132000 soldats sur les plages de Normandie. 10000 avions appuient l’opération et permettent de parachuter plus de 23000 hommes. Quant aux blindés, ils ne sont pas absents de cette opération, bien au contraire. Ils jouent d’ailleurs un rôle primordial tant pour les assaillants que pour les défenseurs.
Philippe NAUD, Les blindés du « Jour le plus long » (12 pages) [Steelmasters hors-série n°21 (Histoire & Collections, 2004)], page 4.
Les Allemands lancent plusieurs contre-attaques locales, sans toutefois parvenir à reprendre le terrain perdu et à menacer les plages et les parachutistes alliés. L’unité la plus puissante à l’arrière immédiat du front de mer, la 21. Panzer-Division, disperse ses efforts contre la tête de pont aéroportée britannique et son assaut sur Lion-sur-Mer entre Sword Beach et Juno Beach. Nullement en mesure de menacer les unités alliées débarquées, elle contribue cependant à bloquer l’avance britannique devant Caen que l’arrivée de la 12. SS-Panzer-Division dans les jours immédiatement suivants contribue à verrouiller pour de longues semaines ruinant ainsi la planification initiale de l’opération Overlord et fragilisant Bernard MONTGOMERY comme commandant-en-chef du corps expéditionnaire allié en Normandie.
Au soir du 6 juin 1944, les Alliés ont donc réussi à établir trois têtes de pont que les unités allemandes présentes ne sont pas en mesure de repousser. Le succès allié est incontestable, tout comme les errements allemandes qui sont incapables de coordonner et de concentrer leurs efforts. S’engage alors une course pour consolider et unifier les têtes de pont du côté allié et pour rameuter assez renforts pour contre-attaquer et repousser les assaillants à la mer pour les Allemands. La semaine qui suite le Débarquement est donc cruciale pour les deux camps.
- Opération Overlord 1944
- Opération Neptune 1944
- Opération Fortitude 1944
- Opération Titanic 1944
- Tête de pont aéroportée britannique
- Sword Beach
- Juno Beach
- Gold Beach
- Omaha Beach
- Pointe du Hoc
- Utah Beach
- Tête de pont aéroportée américaine
- Eastern Task Force
- Western Task Force
Bibliographie
Repères bibliographiques
Le Débarquement en Normandie génère depuis la fin conflit une production sans cesse renouvelée d’ouvrages et d’articles. Les Alliés se chargent eux-mêmes de fournir de la matière première à travers les récits officiels et l’utilisation des études militaires rédigées par d’anciens responsables allemands durant leur captivité pour le compte des services historiques américains. Cornelius RYAN et son livre Le jour le plus long permet au grand public de découvrir le contexte et le déroulement de cette journée à travers de très nombreux témoignages recueillis par l’auteur dont certains restent encore peu exploités.
Les historiens anglo-saxons produisent plusieurs ouvrages historiques devenus des classiques qui charpentent le récit (Chester WILMOT, Antony BEEVOR, John KEEGAN, Peter CADDICK-ADAMS).
Des auteurs français s’essayent également au sujet. Georges BLOND et Gilles PERAULT jouent un rôle de précurseurs tandis que Jean QUELLIEN propose également un récit complet des opérations. Avec son Histoire de la Libération de la France, Robert ARON propose l’un des livres les plus originaux et captivant sur le sujet en décortiquant les aspects politiques et diplomatiques en parallèle des actions militaires.
En 1983, dans l’optique du quarantième anniversaire du Débarquement (#DDay40), les Editions Heimdal lancent 39/45 Magazine et éditent leur premier album mémorial, un pavé contenant un millier de photos. Un concept de référence qui bénéficie d’une nouvelle édition en 2011 après un coffret en deux volumes paru en 1993 pour le cinquantième anniversaire (#DDay50).
Le Dictionnaire du Débarquement et de la bataille de Normandie représente une initiative originale qui mérite d’être présente dans toute bonne bibliothèque consacrée au sujet.
Pour les grand public, les ouvrages proposés tant par Ouest-France et qu’OREP demeurent des valeur sûres.







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