The Folly of Generals, How Eisenhower’s broad front lengthened World War II (Casemate, 2021)

Les erreurs et retard alliés durant les opérations à l‘Ouest en 1944 et 1945 font régulièrement débat. Le sujet n’est pas nouveau, il commence même à germer quand les combats sont encore en cours ! En témoignent les crises relatives à la stratégie de Bernard MONTGOMERY en pleine bataille de Normandie. Certaines erreurs ou certains ratés restent gravés dans les mémoires comme le fait de ne pas boucler hermétiquement la poche de Falaise ou l’opération Market-Garden… Et si ces échecs, retentissants pour certains, n’étaient cependant pas les plus importants ?

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Recension

Loin d’une analyse feutrée, David P. COLLEY fournit dans cet opus une charge sur l’ineptie des généraux alliés, au premier desquels se trouve Dwight EINSENHOWER et y compris Jean de LATTRE de TASSIGNY coupable de brider Philippe LECLERC. Pour cela, il passe en revue une succession d’erreurs qui ont toutes pour conséquence de potentiellement prolonger le conflit.

Adoptant une présentation par ordre d’importance (selon ses critères) et non pas chronologique, l’auteur permet de valoriser certains faits oubliés ou minorés dans l’historiographie.

Cette analyse est bienvenue dans le sens où elle met en exergue des front oubliés. Elle rappelle que les combats alliés contre la Wehrmacht ne se limitent pas à la Normandie, à Market-Garden, à la bataille des Ardennes ou au franchissement du Rhin en 1945. L’Italie, les Vosges, le franchissement de l’Our sont autant de théâtres qui procurent des occasions pourtant pas concrétisées. Rappeler ces lieux et ces combats représente l’atout principal de ce livre.

L’auteur revient sur la possibilité de franchir le Rhin au nord de Strasbourg avec la 7th US Army fin novembre 1944. Cet épisode, très peu connu, mérite d’être analysé. Ses conséquences utiles ne sont pas tellement sur la poche de Colmar, mais plutôt sur la contre-offensive des Ardennes. En effet, les Allemands jouent aux équilibristes tout au long de l’automne pour reconstituer une réserve blindée tout en évitant une rupture de leurs lignes qui les obligerait à engager les troupes prévues pour la contre-offensive. Certaines divisions blindées et divisions d’infanterie destinées à participer à l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel voient leurs préparatifs contrariés, mais l’essentiel est préservé. Un franchissement réussi du Rhin à la hauteur de Rastatt trois semaines avant le 16 décembre 1944 peut remettre en cause totalement le projet d’Adolf HITLER.

Les débats sur la mobilisation « inutile » de divisions américaines en Bretagne en septembre 1944 pour neutraliser les ports encore sous contrôle allemand, notamment Brest, négligent les avantages ensuite procurés. De même la question de la crise logistique en essence et en munitions oublie qu’elle est également la conséquence de l’ultra mécanisation des forces alliées et de la voracité des matériels à l’instar du Medium Tank M4 Sherman comparé au plus lourd Panzer VI Ausf. E Tiger (voir l’étude originale de Max STEIN dans Tiger de la 503, Normandie, Vexin normand, juin – août 1944).

Le livre possède cependant une limite. En se focalisant que sur la défaite de l’armée allemande, il néglige que le véritable enjeu de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe n’est plus tellement la menace allemande, mais la rivalité avec l’URSS. Seul ce but peut remettre en cause une stratégie essentiellement focalisée sur la destruction de la Wehrmacht tout en privilégiant une approche qui préserve des vies de soldats et les équilibres politiques de la coalition.

Les quelques ratés opérationnels ne représentent finalement pas la principale erreur d’EISENHOWER qui doit gérer en parallèle les contraintes politiques propres à son alliance et les égos de ses subordonnés. Chaque belligérant possède son lot d’opportunités manquées. Même les Allemands en 1940 n’en sont pas exempts. La principale responsabilité qui pèse sur lui tient davantage du fait de ne pas s’inscrire dans une course de vitesse pour le contrôle territorial de l’Europe. Ce faisant, il laisse plusieurs mois d’avance à Josef STALINE pour parfaire en Europe ses projets expansionnistes déjà rendu visibles avec la conclusion du pacte germano-soviétique et ses conséquences. En ne ciblant que la destruction du potentiel militaire allemand, les Alliés occidentaux fournissent à l’URSS de quoi alimenter une rivalité de plus de quarante ans.

Soulignant les initiatives apportées par les subordonnés et non saisies par leurs chefs, le texte oublie de valoriser les erreurs parfois évitées, les succès rencontrés par ailleurs, et surtout la difficulté de coordonner un ensemble si vaste de moyens face à un adversaire qui ne reste pas immobile et sans initiative.

Malgré ses limites, le livre permet de sortir des classiques interprétations des combats à l’Ouest en 1944 et 1945. Les contraintes géopolitiques et les équilibres subtiles qu’elles engendrent ne peuvent être ignorés dans l’analyse de la performance d’EISENHOWER. Car son plus grand succès, outre la défaite de l’Allemagne, est la capacité de mener jusqu’au bout une alliance entre des intérêts divergents et de forger une coalition internationale dont les principes de fonctionnement posent les bases des grandes opérations internationales entreprises avec l’appui ou les membres de l’OTAN.

Sommaire

  • Introduction
  • Note to Readers
  • Why Market Garden?
  • Why Not Wallendorf?
  • Schnee Eifel
  • Miracle ine the West
  • The Stolberg Corridor
  • Disaster at Arnhem
  • The Aftermath
  • Lucian King Truscott, Jr
  • Fateful Decision at Falaise
  • Vulnerable Switzerland
  • In the Rhine
  • Planning
  • Move Out
  • Target Rastatt
  • Countermanded
  • Ike’s Rationale
  • Ike Hates Him
  • If Devers Had Crossed
  • Lost Opportunity at Valmontone
  • Escape from Husky
  • Paris Liberated, the War extended
  • Reserves
  • Britanny
  • Lorraine: Patton’s Supply Dearth – Myth or Reality
  • Other Lost Opportunities
  • Conclusion: Lessons Learned?
  • Bibliography
  • Endnotes
  • Index

Caractéristiques

  • ISBN : 978-1-61200-974-2
  • Nombre de pages : 246
  • Langue : Anglais
  • Reliure : reliée
  • Dimensions : 15,5 x 23,5 cm
  • Prix conseillé à la date de parution : 34,95 US$ (Etats-Unis)

1 réflexion sur « The Folly of Generals, How Eisenhower’s broad front lengthened World War II (Casemate, 2021) »

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