Interview de Max STEIN pour son livre Tiger de la schwere Panzer-Abteilung 503

A l’occasion de la parution de son album sur la schwere Panzer-Abteilung 503 en Normandie et dans le Vexin à l’été 1944, son auteur Max STEIN répond à quelques questions expliquant l’origine et l’intérêt de son travail.

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Bonjour Max, d’où vous vient cette passion dévorante pour la schwere Panzer-Abteilung 503, ses engins et ses hommes ?

Cette passion vient du fait que depuis les années 80, des vétérans allemands du 503 et de la 21. Panzer-Division sont venus à plusieurs reprises jusqu’and 2015 ici en Normandie sur Emieville. Se furent des échanges vraiment passionnants.

Les lieux sont chargés d’histoires comme la terre où les Tiger ont laissé leurs empruntes.

Pour ceux qui sont encore en vie, nous échangeons toujours de courriers, des photos, des confiseries normandes. Il était pour moi vraiment important d’écrire leurs mémoires dans un livre, alors que la région de Caen est ravagée par un urbanisme des plus dévorant…

Comment se sont noués au fil des ans les contacts avec les vétérans ?

Les échanges avec les vétérans allemands ont été à la fois simples et complexes. Simples dans le sens où le contact humain, mélangé au souvenirs font qu’on se lie vite d’une amitié respectueuse. Plus complexe pour d’autres où les souvenirs de la guerre furent indigérables. Mais aussi une certaine méfiance, puisque des vétérans se sont fait abuser par des auteurs, plus attirés par la gloire et l’argent que par le respect et la transmission de l’histoire. Tous les vétérans du 503 ont été d’une gentillesse incroyable à travers cet ouvrage, et visionner leurs propres ouvrages photos de 1943/1944 en Allemagne ou ici en Normandie furent de grands moments d’émotion.

Quels furent leurs principaux apports dans vos travaux de recherche ?

Leurs principaux apports ont été des témoignages vocaux, du présentiel, des vidéos, photos, lettres, plans, cartes, retour le terrains, archives personnelles et souvenirs en tout genre. Sans oublier les archives françaises anglaises allemandes, russes…

Qu’apporte votre livre par rapport aux autres ouvrages déjà publiés sur la schwere Panzer-Abteilung 503 en Normandie ?

Le livre apporte beaucoup de corrections et de nouveautés, que ce soit sur les dates, les noms, les numéros de chars, les localisations, tout comme des témoignages inédits de Walter SCHERF, Gotthold WUNDERLICH, Ulrich KOPPE. Et aussi de von ROSEN dans une autre mesure, car il a beaucoup contribué, mais parfois avec des partages de son vécu un peu flous ou douteux comme sur le Vexin alors qu’il n’y a pas participé.

Le livre permet aussi de résoudre des énigmes (par exemple, le Tiger 101 qui n’est pas le 122, et qui est de plus le quatrième Tiger II détruit et non le premier, etc.) de revivre avec précision la montée au front, les combats des 11 et 18 juillet, des retours sur le terrain, avec des reliques retrouvées sur place. Il inclut aussi les scores de destructions bien moins importants qu’annoncés par d’autres auteurs. Le listing de tous les morts, des annotations détaillées des photos, avec une nouvelle fois des erreurs corrigées. Le livre fait 288 pages en incluant Mailly-le-Camp, Paris, le Vexin ou le train de Braine, tout comme le dénombre exact avec cause de la perte des Tiger en Normandie.

Pour illustrer mes propos, un exemple concret de rectification de localisation…

Vous revenez sur deux mythes historiques : la consommation « excessive » des Panzer VI Ausf. E et Panzer VI Ausf. B ainsi que sur la tourelle « Porsche » de ce dernier. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, de trop nombreux auteurs n’ont fait que reporter des erreurs concernant cette  » fausse » tourelle Porsche, qui comme il est expliqué dans le livre, n’a en fait jamais existé. Cette erreur a été relatée dès 1943 par certains services de propagande de chez Porsche qui se gargarisaient d’avoir eu le contrat pour le Tiger II, sauf qu’une fois de plus la marque ne remporta pas le marché.

Les tourelles ont toujours été produite par Henschel, le canon par Krupp et l’agencement par Wegmann. Il fallait dépoussiérer cette erreur qui a traversé des décennies. Certains auteurs spécialisés sur les Tiger tentent depuis quelques années de rectifier aussi cette erreur. C’est une bonne chose !

Pour les consommations de Tiger, il y a eu beaucoup de fantasmes autour de ça. Un char de combat a toujours consommé du carburant. Actuellement le char Leclerc peut engloutir ses 1500 litres au combat pour faire à peine 200 km…

Pour revenir au Tiger, il faut approcher les musées qui en possèdent (Saumur et Bovington) pour comprendre que le Tiger I avait en fait un petit réservoir de 570 litres et que pour les Allemands qui étaient en pénurie constante de carburant (il leur en manque 400000 tonnes par mois ) chaque plein était vécu comme gargantuesque ! Sans parler de la qualité de l’essence et des huiles qui pénalisaient la fiabilité et le rendement des Panzer. Tous ces problèmes, les Alliés ne les avaient pas. Deux millions de litres par jour étaient distribués en Normandie alors que les Allemands disposaient très difficilement de 250000 litres… soit presque dix fois moins. Le problème était vraiment là. Alors oui, un Tiger II peut engloutir 860 litres pour 120 km en tout terrain, mais le char pèse 70 tonnes ! Un modeste Sherman va engloutir une quantité d’essence similaire alors qu’il ne fait que 30 tonnes…

Je ne suis pas le premier à mettre à jour cette réalité technique. Une autre étude avait été réalisée à Bovington démontrant qu’un Sherman consomme en réalité 64% de plus que le Tiger II qui lui pèse 39 tonnes de plus ! Soyons clair, l’Allemagne n’a jamais eu les capacités logistiques des Alliés et les armées allemandes étaient constamment en manque. La psychose qui en découle vient de cette pénurie.

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre livre ?

De quoi suis je le plus fier ? Alors tout simplement que Gotthdold Wunderlich conducteur sur Tiger I et Tiger II, qui a été un des plus assidus contributeurs du livre, ai pu recevoir le livre qui lui est dédié, chez lui en Allemagne et qu’il va avoir bientôt 100 ans ! Tous les autres sont partis petit à petit durant cette dernière décennie. J’échangeais avec Von Rosen deux jours avant sa mort par exemple sans que je puisse lui faire voir l’aboutissement de ce livre qui retrace avec précision l’engagement de la s.pz.abt.503 en Normandie. Mais comme Von Rosen ou Scherf, leurs familles sont très touchées qu’un Normand ai pu retravailler leurs parcours avec des retours sur place ici en France. Enfin je pense aussi à mes amis du musée des blindés de Saumur sans qui l’historique du bien complexe Tiger II n’aurait jamais été abouti.

Vous ne m’avez pas posé la question si j’avais des regrets ? Je vais vous devancer un peu, j’aurai aimé inclure d’autres photos mais qui ne sont plus libres de droits, ainsi que des passementaire, soldbuch, plaques d’identités qui ont été vendus dans des collections aux détriments des vétérans.

D’autres projets ?

Oui, à suivre dans les hors séries de Maranes Éditions, avec des projets de dépoussiérage sur les Tiger des SS-Panzer-Abteilung 101 et Panzer-Kompanie (Fkl) 316 ainsi que sur le déploiement des Tiger I/II, Sturmtiger en Ardennes. Le tout en collaboration avec les musées car sans technique concrète (pas du virtuel en jeu vidéo ou théorie littéraire), il est difficile d’approcher les réalités complexes du déploiement de chars lourds.

Merci Max pour le temps consacré à ces quelques questions. Le livre est vraiment superbe !

Ouvrage à commander directement sur le site de Maranes Editions.

2 réflexions sur « Interview de Max STEIN pour son livre Tiger de la schwere Panzer-Abteilung 503 »

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