Mur de l’Atlantique (Atlantikwall)

Le Mur de l’Atlantique (Atlantikwall en Allemand) est le nom donné aux fortifications construites par les forces armées du III. Reich au cours de la Seconde Guerre mondiale le long du littoral occidental de l’Europe, de la Norvège à la frontière espagnole (Norvège, Pays-Bas, France), soit 5000 kilomètres de littoral.

Après le succès des opérations militaires menées au cours du premier semestre 1940, le III. Reich se retrouve maître de la Norvège, de la Hollande, de la Belgique et de la France dont la zone libre ne comprend aucune parcelle du littoral atlantique. Aucune puissance continentale européenne ne menace alors l’Allemagne à l’Ouest de l’Europe. Seule la Grande-Bretagne résiste, mais elle est rejointe par les Etats-Unis en décembre 1941 suite à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. L’abandon des projets d’invasion à travers la Manche ayant été annulés compte tenu de l’impossibilité pour la Luftwaffe d’anéantir la Royal Air Force et de la priorité donnée par Adolf HITLER à son projet d’invasion de l’URSS qui demeure alors la seule puissance continentale à pouvoir disputer son hégémonie en Europe.

Les premiers travaux défensifs sont destinés à protéger les installations de la Kriegsmarine qui comment à opérer à partir des ports occupés, les installations radars implantées en vue des opérations sur l’Agnleterre et les batteries qui tirent sur la Grande-Bretagne à partir des côtes du Pas-de-Calais.

Loin de rendre les armes, la Grande-Bretagne cherche monter qu’elle est toujours présente et résiste toujours. Ainsi, intervient-elle dans les Balkans, mais organise également une succession de raids sur les côtes occupées par les Allemands. Cinquante-six raids sont organisés entre 1940 et 1944. Les Allemands sont donc obligés de consacrer de plus en plus de moyens pour protéger leurs installations militaires (notamment les ports avec leurs bases navales et sous-marines). Le menace alliée étant de plus en plus insistante et le risque d’un débarquement majeur apparaissant comme inévitable, c’est toute la côte qui se fortifie avec en priorité les zones qui semblent être les plus menacées, notamment le Pas-de-Calais.

Les premières batteries sont installées de 1940 à 1942 soit sur d’anciennes positions françaises, soit dans des emplacements sommairement aménagés. 1943 marque un tournant dans l’histoire du Mur de l’Atlantique avec la mise en chantier de fortifications côtières destinées à entraver tout débarquement sur les plages. La nomination d’Erwin ROMMEL en novembre 1943 enclenche une nouvelle dynamique. La domination aérienne alliée et les bombardements de plus en plus fréquents entraînent l’accélération de la mise sous béton des batteries d’artillerie qui perdent par contre en mobilité et en champ de tir. Ce choix paraît judicieux comme en témoigne la résistance le 6 juin 1944 des batteries de La Pernelle II, Crisbecq Saint-Marcouf, Azeville, Les travaux s’amplifient en 1943 et surtout début 1944.

L’Organisation Todt est chargée de la coordination des travaux et s’appuie sur des ressources locales réquisitionnées, différentes organisations paramilitaires du III. Reich (NSKK, RAD) et les unités militaires stationnées sur la côte parfois au détriment de leur entrainement au combat.

Chronologie :

  • 4 mars 1941 : Raid britannique sur les îles Lofoten (opération Claymore).
  • 26 décembre 1941 : Raid britannique sur les îles Lofoten.
  • 27 décembre 1941 : Raid britannique sur Vaagso en Norvège (opération Archery).
  • 14 décembre 1941 : Alors qu’au cours de l’année, les premiers travaux défensifs commencent sur les points les plus menacés de la côte, l’Oberkommando der Wehrmacht (l’état-major des forces armées du III. Reich) publie une directive précisant que les régions côtières de l’Arctique à l’Atlantique doivent devenir ligne de défense comparable au Westwall.
  • 27 février 1942 : Raid britannique sur Bruneval (opération Biting).
  • 23 mars 1942 : Adolf HITLER signe sa Directive n°40 qui définit les contours du Mur de l’Atlantique.
  • 28 mars 1942 : Raid britannique sur Saint-Nazaire (opération Chariot).
  • 13 août 1942 : Réunion de coordination entre le haut-commandement allemand (OKW) et l’Organisation Todt concernant les travaux de fortifications.
  • 19 août 1942 : Raid canadien sur Dieppe (opération Jubilee).
  • 3 novembre 1943 : Adolf HITLER précise sa stratégie face aux Alliés occidentaux à l’Ouest dans sa directive n°51 et nomme Erwin ROMMEL comme Inspecteur général des côtes de la mer du Nord et de l’Atlantique – celui-ci entame dès lors de nombreuses tournées d’inspection et donne une nouvelle impulsion aux travaux de construction.
  • 19 janvier 1944 : Directive du Führer qui transforme certaines zones côtières et portuaires en forteresses.
  • 6 juin 1944 : Les Alliés débarquent en Normandie dans la Baie de Seine et perce le Mur de l’Atlantique.
  • 1er juillet 1944 : Fin des combats dans la Festung Cherbourg, première grande victoire américaine en Normandie.
  • 25 juillet 1944 : Déclenchement de l’opération Cobra qui permet aux Américains de percer le front allemand en Normandie.
  • 30 juillet 1944 : Les Américains s’emparent d’Avranches dans la soirée et s’ouvrent un débouché pour se répandre en Bretagne, dans la Mayenne et atteindre la Loire.
  • 7 août 1944 : Déclenchement et mise en échec de l’opération Lüttich, tentative de contra-attaque sur Mortain afin de couper la percée américaine et de rétablir un front continu en Normandie.
  • 15 août 1944 : Débarquement allié en Provence.
  • 17 août 1944 : Adolf HITLER ordonne le repli de la 1. Armee stationnée au Sud-Ouest de la France vers les frontières du III. Reich. Chute de la Festung Saint-Malo à l’exception de l’île de Cézembre qui continue de résister.
  • 2 septembre 1944 : Reddition de la garnison allemande de l’île de Cézembre.
  • 4 septembre 1944 : Directive allemande donnée à la 15. Armee de renforcer les défenses de Boulogne, Calais, Dunkerque, Walcheren et son port Vlissingen.
  • 10 septembre 1944 : Déclenchement de l’opération Astonia pour s’emparer du Havre.
  • 12 septembre 1944 : Chute de la Festung du Havre après d’intenses bombardements et combats qui détruisent la ville.
  • 19 septembre 1944 : Reddition des derniers défenseurs allemands de la Festung Brest.
  • 5 janvier 1945 : Bombardement allié sur la Festung Royan, détruisant la ville.
  • 15 avril 1945 : Déclenchement de l’opération Vénérable, l’attaque française sur la Festung Royan.
  • 17 avril 1945 : Reddition de la Festung Royan.
  • 20 avril 1945 : Reddition des derniers défenseurs allemands de la Pointe de Grave.
  • 7 mai 1944 : Capitulation du III. Reich à Reims.
  • 8 mai 1944 : Reddition des Festungen Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle.
  • 9 mai 1944 : Reddition de la Festung Dunkerque et de la garnison allemande des îles anglo-normandes.

Dénouement, répercussions et conséquences :

Loin d’être une muraille continue et infranchissable, le Mur de l’Atlantique n’en demeure pas moins une gigantesque ligne de fortifications qui doit être prise en compte.

Son illusion de puissance oblige cependant les Alliés à se donner du temps et des moyens colossaux pour mettre en place un certain nombre d’artifices, allant d’engins spéciaux spécifiquement conçus aux ports artificiels en passant par des moyens de débarquement et aéroportés exceptionnels.

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent sur cinq plages en Baie de Seine (Sword Beach, Juno Beach, Gold Beach, Omaha Beach, Utah Beach), mènent un raid sur la Pointe du Hoc et sécurisent l’Est et l’Ouest de la zone de débarquement avec deux têtes de pont aéroportées.

A l’exception d’Omaha Beach, les défenses allemandes sont facilement percées et ne gênent peu ou pas les opérations de débarquement. Le Mur de l’Atlantique échoue dans sa mission principale de résister à toute opération de débarquement faute de densité à certains endroits (Utah Beach par exemple) profondeur et de renforts immédiatement disponibles pour contre-attaquer. La protection apportée par les ouvrages est cependant une réponse appropriée à la domination aérienne et navale alliée, même si elle se fait aux dépens de la mobilité des unités positionnées sur la côte qui par conséquent ne sont pas aisément redéployables.

La fortification des ports et les ordres donnés de résistance à tout prix permettent à un certain nombre d’entre elles de retarder les Alliés (à Brest par exemple) ou d’interdire l’accès et l’utilisation de certaines infrastructures portuaires jusqu’à la fin du conflit. Dès lors, la logistique alliée reste longtemps très dépendantes des ports artificiels et des plages de débarquement, ce qui sera une des raisons de la crise logistique qui sévit à l’automne 1944 chez les Alliés, permettant ainsi aux Allemands de se rétablir aux frontières occidentales du Reich.

Jeux d’Histoire :

Days of Wonder Memoire 44 Avalon Hill Fortress Europa Avalon Hill The Longest Day.png

Musées :

  • Batterie Todt (Audinghen, France)
  • Blockhaus Hôpital (Les Sables d’Olonne, France)
  • Grand Blockhaus (Batz-sur-Mer, France)
  • Grand Bunker (Ouistreham Riva-Bella, France)

Bibliographie :

Georges BERNAGE, Le Mur de l’Atlantique et le « complot pour la paix », in 39/45 Magazine n°355 (Heimdal, 2019) : article de trente-sept pages sur le Mur de l’Atlantique et ses positions en Normandie face à la zone de débarquement, son rôle sur les plages d’Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach et Sword Beach, le rôle de la résistance allemande qui selon l’auteur aurait faciliter la réussite du Débarquement en ne respectant pas les ordres d’Adolf HITLER (ou en les exécutant maladroitement) et en maintenant des unités en réserve telle la 116. Panzer-Division dans l’optique de la réussite de l’attentat du 20 juillet 1944 – Photos, cartes, plans.

Georges BERNAGE, Jean-Pierre BENAMOU, Bernard CROCHET, François de LANNOY, Laurent MARI & Ronald McNAIR, Overlord, Jour-J en Normandie (Heimdal, 1993)

Yves BUFFETAUT, Le Mur de l’Atlantique, in Batailles n°1 (Histoire & Collections, 2004) : article de six pages essentiellement consacré au Mur de l’Atlantique en Normandie dans le secteur où se déroule le Débarquement allié du 6 juin 1944 avec la liste des batteries allemandes et de leur armement principal – photos, reproductions couleurs d’objets d’époque.

Yves BUFFETAUT, L’artillerie côtière allemande et la flotte d’invasion, in Batailles n°2 (Histoire & Collections, 2004) : article de cinq pages décrivant les combats entre la flotte alliée et les batteries côtières du Mur de l’Atlantique (Atlantikwall) en Normandie lors du Débarquement allié du 6 juin 1944 – photos, reproductions couleurs d’objets d’époque.

Alain CHAZETTE, Le Mur de l’Atlantique en Normandie (Heimdal, 2000)

Alain CHAZETTE, Alain DESTOUCHES & Bernard PAICH, Atlantikwall, le Mur de l’Atlantique en France, 1940-1944 (Heimdal, 1995) : livre de près de cinq cent pages, véritable bible de référence sur le Mur de l’Atlantique (Atlantikwall) en France, chaque secteur côtier est étudié de la frontière franco-belge à la frontière franco-espagnole, historique, caractéristiques techniques des ouvrages, liste des batteries côtières, index des types d’ouvrages, très largement illustré – photos, cartes & plans.

Alain CHAZETTE, Alain DESTOUCHES, Jacques TOMINE & Bernard PAICH, Mur de l’Atlantique, les clefs de la Bunkerarchéologie volume 1 (Histoire & Fortifications, 2015)

Alain CHAZETTE, Alain DESTOUCHES, Jacques TOMINE & Bernard PAICH, Mur de l’Atlantique, les clefs de la Bunkerarchéologie volume 2 (Histoire & Fortifications, 2015)

Rémy DESQUESNES, Le Mur de l’Atlantique, les batteries d’artillerie (Ouest-France, 2012)

Rémy DESQUESNES, Les poches de résistance allemandes sur le littoral français (Ouest-France, 2011)

George FORTY, Leo MARRIOTT & Simon FORTY, Le Mur de l’Atlantique d’Hitler du sud de la France au nord de la Norvège, hier et aujourd’hui (Ysec, 2016)

Peter MARGARITIS, Countdown to D-Day, The German High Command in Occupied France, 1944 (Casemate, 2019) : livre de plus de six cent pages décrivant au jour-le-jour l’activité des états-majors allemands (Heeresgruppe B, OB West, Panzergruppe West) à l’Ouest les six mois avant le Débarquement en Normandie, de la nomination d’Erwin ROMMEL au début de l’invasion grâce aux carnets, écrits et interviews de témoins de l’époque donnant une vision de l’intérieur du quotidien et des décisions prises par les principaux décideurs (dont Gerd von RUNDSTEDT) en charge de la défense du Mur de l’Atlantique qui cherchent à déterminer la meilleure tactique à appliquer et à cerner les intentions de l’adversaire – Photos, cartes.

Claude QUETEL (sous le direction de), Dictionnaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie (Ouest-France, 2011) : Dictionnaire de plus de sept cent pages comprenant mille quatre-cent notices et une quarantaine de cartes sur le Débarquement allié du 6 juin 1944 et la bataille de Normandie, avec une entrée spécifique sur le Mur de l’Atlantique en général et en Normandie en particulier – cartes.

Benoît RONDEAU, Invasion ! Le Débarquement vu par les Allemands (Ouest-France, 2014)

Xavier TRACOL, Atlantikwall, le mythe de la « Forteresse Europe », in Ligne de Front n°30 (Caraktère, 2011) : article de seize pages consacré au Mur de l’Atlantique et plus particulièrement son historique, sa construction et ses moyens, largement illustré – Photos, plans (Bunker H669, Tobrouk, Bunker M272, Bunker M262 de la batterie de Longues-sur-Mer, Widerstandnest Wn 62 face à Omaha Beach), cartes

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