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Interview de Benoît RONDEAU à l’occasion de la parution de son livre Invasion ! Le débarquement vécu par les Allemands (Editions Tallandier, mars 2013)

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Soixante-dix ans après le Débarquement, vous publiez un nouvel ouvrage sur le sujet en optant pour le point de vue « allemand ». Quelles sont les principales avancées historiques qui éclairent d’un jour nouveau cet épisode célèbre ?

Les grandes lignes de la bataille de Normandie sont bien connues depuis longtemps. Dans les détails, on peut percevoir comment a réagi le haut-commandement allemand pendant ces deux mois cruciaux et pourquoi telle ou telle décision a-t-elle été prise. La perspective envisagée est en effet trop souvent celle des Alliés. Quant aux ouvrages en langue française présentant l’ensemble de la bataille du point de vue allemand, mis à part quelques livres de mémoires (Speidel…), il n’existait jusqu’alors que celui de Paul Carrell, bien partial et entaché d’erreurs. Il passe par ailleurs sous silence bien des aspects de la bataille. Par ailleurs, bien des lieux communs persistent sur la manière dont les combats ont été menés par les Allemands (loin d’être tous d’invincibles guerriers) ou encore sur la réalité du terrain en Normandie. L’importance de la première semaine de la bataille est souvent négligée. Mon ouvrage se veut être une mise au point documentée, détaillée et objective. Au-delà des combats, souvent rapportés, mais ici uniquement selon le point de vue des Allemands, j’aborde de nombreuses questions de tout ordre trop souvent survolées, notamment stratégiques ou sur le quotidien et les circonstances dans lesquelles les Allemands ont dû combattre.

Quels sont les principaux témoignages allemands sur le Débarquement et la bataille de Normandie ? Comment les analyser aujourd’hui avec le recul du temps ?

Il y a les journaux ou papiers personnels comme ceux de Goebbels et de Rommel mais aussi les mémoires de certains officiers comme Warlimont, Ruge, Speidel ou Luck. De nombreux témoignages de combattants ont été recueillis par des historiens et certains soldats ont publié leurs mémoires comme Otto Henning. Les souvenirs d’Omaha Beach de Goeckel et de Severloh sont bien connus. Les souvenirs sont bien entendu sélectifs, surtout avec les années. Mais ces hommes ont été des témoins. Les journaux intimes ont l’avantage d’avoir été écrit dans le feu de l’action, sans perspective d’être lus par d’autres. Quant aux mémoires, il faut les comparer à l’aulne de ce qu’on connaît sur la réalité des opérations. Des individus comme Speidel ou Kurt Meyer ne sont pas forcément les plus fiables. Bien des propos ont longtemps été acceptés sans réelle réflexion.

Au cours des combats, les Allemands ont-ils été à un moment donné en état de remporter la victoire ? Les Alliés ont-ils douté de leur succès ?

Passé le Jour J, voire les quelques jours qui suivent (et encore…), il n’y a plus aucun espoir de victoire pour les Allemands si on entend par victoire l’anéantissement total de la tête de pont alliée. Quant aux Alliés, si la préparation du Jour J a été méticuleuse, les principaux responsables ont du attendre anxieusement les informations en provenance des plages : Eisenhower n’avait-il pas préparé un texte en cas d’échec? Les premiers jours, la question est de savoir si les Allemands vont être en mesure de faire intervenir leurs réserves plus rapidement que les Alliés ne renforcent leur tête de pont. Montgomery a dû ensuite adapter son plan aux circonstances: la résistance allemande est plus forte que prévue. Fortitude fonctionne au-delà des espérances. Certes, on ne doit pas douter de la victoire au SHAEF ou au QG au 21st Army Group, mais le simple soldat qui piétine pendant des semaines dans la campagne normande a certainement pu voir les choses autrement.

Côté allemand, quelles ont été les différentes phases de la bataille ?

Il y a d’abord la période cruciale du Jour J et des quelques jours qui suivent : les Allemands essayent en vain de monter une contre-attaque décisive. Dans le même temps, ils doivent consolider le front dans tous les secteurs. La chute de Cherbourg, assez rapide bien que les Alliés y aient consacré plus de temps qu’escompté, signifie que les Allemands n’ont pu empêcher leurs adversaires de disposer d’un port en eaux profondes. Sur le reste du front, de la 2nde quinzaine de juin au 25 juillet, c’est la longue période des combats défensifs qui voit une progression très lente et très coûteuse pour les forces des deux camps : il faut tenir le front. Fin juillet et début août, c’est la percée : il faut alors tenter de rétablir un front cohérent (contre-attaque de Mortain). Devant l’impossibilité de stopper la chevauchée des Américains, c’est ensuite la bataille de la poche de Falaise : l’armée tente d’échapper une première fois à la destruction. Il faut ensuite franchir la Seine (les combats en Haute-Normandie sont d’ailleurs assez peu connus globalement), ce qui est un succès.

Quelles ont été les principales erreurs allemandes ?

Si les divisions blindées avaient été disposées selon le schéma préconisé par Rommel, cela aurait pu avoir de lourdes conséquences le 6 juin. Toutefois, le plan adopté par les Alléis aurait forcément été altéré en tenant compte de ce nouveau dispositif. Par ailleurs, le Jour J, l’erreur cruciale, outre le retard pris pour mettre en mouvement la 12. SS et la Panzer Lehr, est une très mauvaise utilisation des réserves présentes en Normandie: il était sans doute possible aux Allemands d’anéantir la tête de pont aéroportée à l’est de l’Orne et de faire échouer le débarquement à Omaha. L’autre erreur majeure est d’avoir cru pendant si longtemps qu’un second débarquement surviendrait dans le secteur de la 15. Armee. Cela fut décisif.

Quelle sont été les principales faiblesses de la Wehrmacht en Normandie ?

Elles sont bien connus mais il faut se garder d’établir un état des lieux des faiblesses de la Wehrmacht pour prétendre ensuite que ce n’est pas un armée efficace et redoutable. Les principales carences de la Wehrmacht en Normandie sont le renseignement, la logistique et l’absence de couverture aérienne (ce qui influe sur le renseignement). On pourrait y ajouter les interférences du haut-commandement, Hitler et l’OKW, ont pu causer des difficultés, sans qu’il faille systématiquement attribuer au Führer la responsabilité d’un échec ou de la prise d’une mauvaise décision. Enfin, il faut tenir compte des autres fronts, notamment celui de l’Est, qui l’empêche de concentrer tous ses moyens.

Les Alliés ont-ils été surpris et / ou déstabilisés par la réaction allemande ?

La principale inquiétude portait sur la rapidité avec laquelle la Wehrmacht mobiliserait ses réserves. Or, l’opération d’intoxication Fortitude s’est avérée être un succès au-delà des espérances. Les pertes subies le Jour J sont moins importantes que prévues, notamment au sein des formations aéroportées. Comme je l’ai dit précédemment, les Alliés ont aussi été surpris par la résistance allemande, notamment à Caen, qui n’est conquise qu’après des semaines de combats.

Les combats terrestres sont assez bien connus. Cependant, la Kriegsmarine et la Luftwaffe ne sont pas restés inactives. Quel bilan en tirer ?

Compte-tenu de leurs faibles moyens relativement à ceux des Alliés, ces deux armes ont presque fourni le maximum de leurs possibilités. Les formations terrestres de la Luftwaffe, surtout les paras, ont été d’un apport précieux sur le terrain. Dans le ciel, la partie est perdue d’avance, même sans le chaos provoqué par la mise en place un peu désordonnée de nouveaux aérodromes. On ne peut que s’étonner du gaspillage de forces dans le sacrifice des bombardiers dans le « Baby Blitz » du début de 1944 et des bombes volantes V1, certes imprécises, mais qui auraient pu être lancées sur des objectifs sensibles sur le plan militaire comme les ports. Le plus précieux concours de la Kriegsmarine à la bataille provient de ses batteries côtières. Elle aurait apporté davantage si elle avait été en mesure de déceler la flotte d’invasion le 5 ou le 6 juin au lieu de rester cantonnée à Cherbourg ou au Havre. Une fois l’opération « Overlord » déclenchée, le rapport de forces est bien trop défavorables, pire encore que auquel est confrontée la Luftwaffe.

La défaite allemande en Normandie signe-t-elle la défaite définitive du III. Reich, ou la victoire des Alliés n’était-elle pas déjà acquise sur les autres fronts, notamment à l’Est ?

Il faut tordre le cou à cette légende qui veut que la guerre n’ait été gagnée que sur le front de l’Est. L’effort de guerre du Reich face aux Occidentaux est considérable dès 1942, et surtout 1943, ne serait-ce qu’en mer ou dans le ciel allemand, mais pas seulement. Sans le second front, il n’est pas raisonnable d’imaginer qu’une offensive comme « Bagration » eût pu être un succès (mais l’inverse est également vrai : comment débarquer sans le front russe…). Défaire les Allemands en France était nécessaire et la bataille de Normandie est décisive à ce point de vue. Néanmoins, à long terme, la cause semble entendue. Tout le monde sait pertinemment que l’échec devant Moscou en 1941 est lourd de conséquences. Mais il faut toutefois se garder d’avoir une lecture prédéterminée de l’Histoire. Un échec du Débarquement est très lourd de conséquences. On ne peut raisonnablement pas affirmer ce qui ce serait passé, notamment sur le front de l’Est. Retarder la victoire signifie davantage de tués dans les camps de concentration, davantage de souffrances et un matériel de plus en plus performant pour la Wehrmacht (certes, à court d’essence, ce qui est une donnée essentielle à prendre en compte). Les Américains auront bien la bombe atomique mais pas avant le mois de juillet 1945 et le ciel allemand est nettement plus dangereux pour un bombardier allié que celui du Japon.

Le Débarquement et la bataille de Normandie fascinent encore et toujours de nombreux passionnés et amateurs, pourquoi ?

Il s’agit d’une bataille décisive de la guerre, bien des combats qui s’y sont déroulés sont entrés dans la légende de la Seconde Guerre mondiale. De nombreuses unités célèbres, presque mythiques pourrait-on dire, y ont participé. Songeons tout de même que 2 millions d’hommes et 10 000 blindés s’y sont battus sur un front relativement étroit, ce qui, ajouté à son aspect crucial, fait qu’elle fut la plus importante de la guerre à mes yeux. Enfin, la Normandie garde le souvenir de ces événements avec ses nombreux sites historiques, musées et cimetières. Je ne vois guère que les Ardennes belges et luxembourgeoises pour avoir gardé un tel souvenir d’une bataille de la Seconde Guerre mondiale. Le souvenir, pensons aux commémorations du 6 juin, est également très médiatisé et cela distingue cette bataille de tous les autres combats livrés pendant la guerre.

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