L’inexorable défaite, mai-juin 1940 (Heimdal, 2020)

Colossal, massif, exhaustif, définitif… Difficile de sélectionner la qualificatif qui sied le mieux à ce nouvel ouvrage de Jean-Yves MARY sur les opérations à l’Ouest et mai et juin 1940 et plus particulièrement la bataille de France. En effet, l’auteur conclut d’une façon magistrale le cycle inauguré avec le soixante-dixième anniversaire de 1940 des albums mémoriaux chez les Editions Heimdal. C’est tout d’abord le Corridor des Panzer en deux volumes retraçant la traversée des Ardennes et la percée jusqu’à la Manche, puis le Carrousel des Panzer toujours en deux volumes traitant cette fois-ci des troupes blindées allemandes lors de l’opération Fall Rot qui aboutit à l’Armistice.

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Ce livre vient enfin derrière le magnifique Mémorial de la bataille de France en quatre volumes qui traitent au jour le jour et sur tous les secteurs les opérations militaires. Sans compter un indispensable dictionnaire des unités blindées françaises de 1940, compilation des 39/45 Magazine hors-série Historica72 et 73.

Avec conviction, l’auteur décortique l’ensemble des enchaînements qui aboutissent à la défaite de 1940. Pour cela, il part, non pas du Traité de Versailles, mais de l’offensive allemande de Ludendorff en France en 1918 et de la façon dont se termine la guerre à l’Ouest. Impossible en effet pour nos yeux contemporains de comprendre ce qui se passe en Europe à cette époque-là sans aborder l’ensemble des événements qui s’y déroulent sur le continent. Le Traité de Versailles n’est lui-même que la conséquence de ces mouvements de fond. En cela, les pages consacrées à ce sujet sont aussi indispensables que celles de 1919-1921, sortir de la guerre. Le titre du chapitre « Vingt ans pour perdre la paix » claque ainsi comme un écho.

L’isolement diplomatique français progressif et la constitution d’une armée aux contours uniquement défensifs durant l’Entre-deux-guerres sont des phénomènes bien décrits. Les difficultés et les erreurs viennent dès les années 20, bien avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf HITLER qui bénéficie d’un terrain et de moyens déjà soigneusement préparés.

La conception et la construction de la Ligne Maginot et du Westwall sont bien décrits avec plusieurs dessins techniques et même des reproductions de documents allemands qui présentent les ouvrages français avant le déclenchement des opérations, soulignant ainsi le travail préalable de renseignement.

Après avoir en quelque sorte « poser le décor », Jean-Yves MARY passent en revue les responsabilités potentielles de la défaite sous douze questions, soit autant d’angles de vue. Ce questionnement est complété par quelques interrogations supplémentaires davantage liées aux opérations de juin 1940.

Ne cherchant ni à résumer, ni à simplifier, ni à réécrire l’Histoire (l’auteur affiche d’ailleurs son peu d’intérêt pour les ouvrages uchroniques), Jean-Yves MARY offre donc un ouvrage complet évitant de reprendre un certains nombre de poncifs issus des interprétations plus politiques que historiques d’après-guerre. Revigorant.

Privilégiant l’approche thématique, ce qui n’exclue de présenter les causes de la défaite dans une certaine chronologie, le livre ne fait absolument pas double emploi avec les gros « pavés » de l’auteur édités chez Heimdal. Jean-Yves MARY a d’ailleurs bien sa « patte » à lui, puisque ces albums sont aussi denses d’un point de vue texte qu’illustrations : chaque ou presque est un mixte des deux. Donc autant dire qu’il y quelques heures de très agréable lecture… car il y a plus de six cent pages !

De par sa construction, le livre n’est pas destiné au très grand public qui est bien plus à l’aise avec le livre de Rémi PORTE (1940, vérités et légendes) ou le bien construit Figaro Histoire n°49. Mais il assurément indispensable à tous ceux qui s’intéressent au sujet et qui ont un peu de pratique. Même si une partie des explications peut de se retrouver dans le second volume du Mémorial de la bataille de France, les lecteurs ne doivent pas hésiter à acquérir l’inexorable défaite tellement il est plus exhaustif et illustré. Il faut également noter l’honnêteté intellectuelle de l’auteur vis-à-vis de ses lecteurs qui est transparent dans cette reprise partielle et qui explique son choix. Exemplaire.

Sommaire :

  • 1ère partie
    • L’Armistice du 11 novembre 1918, la victoire manquée
    • Vingt ans pour perdre la pais (1919-1939)
    • Croire aux lendemains qui déchantent
    • Le calme avant la tempête
    • L’Allemagne à visage découvert
  • 2ème partie :
    • La France joue son va-tout
    • Une entrée en guerre assez tiède
    • Des forces alliées déséquilibrées
    • La cavalerie, un enfant perdu
    • Armes et services
    • L’Armée de l’Air en aveu de faiblesse
    • Quelque part sur la Ligne Maginot
    • Une contribution britannique limitée
    • La Belgique dans l’escarcelle alliée
  • 3ème partie :
    • Deux mois pour tout perdre
    • A qui la faute ?
      • La doctrine héritée d’une autre guerre ?
      • A Gamelin qui impose la manoeuvre Dyle ?
      • A la cavalerie qui n’a pas donné à l’infanterie les délais dont elle avait besoin ?
      • Aux Belges accrochés viscéralement à leur illusoire neutralité ?
      • Aux défenseurs de la Meuse qui ont cédé trop vite ?
      • A Georges et à Billotte qui n’ont pas réagi après la rupture sur la Meuse ?
      • Aux contingences de la bataille mal anticipées ?
      • A Weygand qui n’a pas su redresser la situation ?
      • Au matériel inadapté et insuffisant ?
      • A l’Armée de l’Air, arlésienne du champs de bataille ?
      • Aux Britanniques trop peu nombreux ?
      • Ou tout simplement aux Allemands ?
    • Bilan des vingt-cinq premiers jours de campagne
  • 4ème partie :
    • Juin 1940, le mois maudit
    • L’armistice de juin 1940, la faute à qui ?
      • Au nouveau système de défense ?
      • A la Ligne Maginot ?
      • En guise de bilan
      • Aux Anglais ?
      • Aux Allemands ?
      • Le rôle effacé des Italiens
      • Ce qu’ils sont devenus
  • Annexes

4 réflexions sur « L’inexorable défaite, mai-juin 1940 (Heimdal, 2020) »

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