Ligne de Front n°86 (Caraktère, 2020)

Difficile de savoir par quoi commencer dans ce numéro de Ligne de Front exclusivement consacré à la Seconde Guerre mondiale en Europe mais avec une focale particulièrement large : France 1940, Grèce 1941 et Kurt MEYER, le raid de Saint-Nazaire en 1942, l’évolution des chars allemands de 1942 à 1945, sans parler de la Courlande 1944/1945 ! Bref, il y en a pour tous les goûts, à condition cependant de ne pas être trop rassasié par les sujets traitant de l’armée allemande.

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La rubrique de l’actualité des livres animée par Yann MAHE mérite de s’y pencher car elle contient quelques avis très tranchés au sens positif du terme. Les Editions Maranes sont par deux fois mises à l’honneur. D’abord avec leur nouvelle revue trimestrielle Bataille de Normandie 1944 Magazine avec un accueil (plus que mérité) qui se résume par le jugement suivant : « (…) des angles d’attaque loin de l’histoire militaire de papy, ce magazine dépoussière l’étal des revues consacrée à la bataille de Normandie. Une chose est déjà sûre : si vous ne deviez retenir qu’un seul magazine sur la campagne de Normandie, c’est bien celui-là ! ». L’autre ouvrage honoré est Fontenay-Rauray The Bear and Fox, Ready for the Fray de Frederick JEANNE (voir également l’interview qu’il nous a accordée sur son ouvrage). Là aussi, Ligne de Front ne mâche pas ses mots : « à tous les niveaux, cet ouvrage transpire la rigueur, la richesse et la fraîcheur, démontrant par son résultat qu’il est encore possible de soulever des pans méconnus sur un sujet aussi rebattu que celui de la bataille de Normandie ». Un constat que nous partageons entièrement !

A noter également l’éloge de la réédition de Tous les blindés de l’armée française, des origines à 1940 de François VAUVILLIER, « un ouvrage de référence ». Là aussi, plus qu’exact !

Sur le fond du numéro, la qualité des articles est comme toujours au rendez-vous. Celui sur la passe de Klisoura est particulièrement vivant, en forme de véritable épopée très inspirée du récit autobiographique de Kurt MEYER. Il permet en tout cas de mesurer les enjeux de cet épisode mais aussi de mesurer d’un point de vue tactique et commandement ce qui peut sur le terrain faire la différence. A relier avec l’extrait du Manuel du groupe de combat allemand publié dans ce numéro, publié également intégralement par Maranes Editions.

Celui sur les combats en Courlande rédigé par Nicolas PONTIC brosse un panorama opérationnel de la création de la poche jusqu’à sa capitulation.

Rien à redire sur la synthèse de Laurent TIRONE sur les chars allemands que les lecteurs connaissent bien en raison de ses nombreux bons écrits sur ce sujet dans les différents magazines des Editions Caraktère. Appréciable, le triptyque (1) l’heure du non choix (1939/1940), (2) le choix imposé (1941 lors de la confrontation avec l’Armée Rouge durant l’opération Barbarossa), oui mais au fait (3) lequel ? Le contenu s’appesantit principalement sur le choix de moderniser le Panzer IV qui reste en ligne tout au long du conflit et les alternatives Tiger / Panther.

Assurément, l’exercice éditorialement le plus périlleux est relevé par Loïc BECKER qui cherche à identifier quatre tournants de la campagne de France. Pas évident de réaliser une telle synthèse (voir par exemple le pavé L’inexorable défaite qui vise à l’exhaustivité), donc bravo pour s’y essayer. Les quatre points proposés sont plutôt des moments illustratifs de l’impuissance française. Cependant, il n’est pas certain que Montcornet soit le meilleur exemple des occasions ratées. Sachant que la mission est principalement défensive et de couverture, l’engagement de la 4ème Division Cuirassée (DCR) paraît plutôt comme précipitée, sans espérer un réel avantage opérationnel exploitable. Bref, un gaspillage de précieuses ressources utiles pour la suite, le parfait coup d’épée dans l’eau. Peut-être bon pour le moral des troupes (cela compte aussi) et l’image que veut se donner son chef, mais cela ne permet en rien de changer le cours des choses. L’épisode est cependant très illustratif du mauvais emploi collectif des réserves blindées françaises, malgré l’entrain et le sacrifice de leurs hommes, et des carences opérationnelles des responsables français d’alors.

L’article sur le raid de Saint-Nazaire est construit pour favoriser la compréhension des événements et l’ampleur du pari (réussi) britannique. Après avoir rappelé l’objectif, le contexte et les préparatif, Xavier TRACOL déroule la chronologie détaillée du raid du point de départ de la formation en mer au (relatif) repli des commandos. Sans parler bien sûr de l’explosion ultérieure du Campbeltown. A rapprocher de l’article du même auteur davantage centré sur les opérations navales elles-mêmes du raid, Chariot de feu, la composante navale du raid sur Saint-Nazaire, paru dans  LOS ! n°40. Le texte est parfaitement relié à la cartographie, ce qui permet de suivre de façon concomitante le texte et les cartes. Bel exercice didactique.

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