1940, vérités et légendes (Perrin, 2020)

D’un format poche avec un peu plus de deux cinquante pages, ce livre de Rémy PORTE est l’une des meilleures synthèses à destination du grand public publiées à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire des opérations de mai et juin 1940. Construit sur la base de trente questions qui sont autant de chapitres, le livre se lit très facilement. Parfait pour accompagner des vacances ou un déplacement.

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Sur le fond, l’auteur restitue l’état des recherches historiographiques en 2020. Il n’hésite d’ailleurs pas à citer les travaux parus dans la presse magazine spécialisée comme GBM ou Histoire de Guerre.

Les lecteurs trouvent donc des éléments généralement bien connus des amateurs éclairés. Il n’y a pas de scoop et point d’annonce d’une quelconque information inédite (c’est heureux d’ailleurs). Sur la période d’avant 1939, l’isolement diplomatique et militaire de la France apparaît clairement alors que le III. Reich étend de façon exponentielle son réseau d’alliances sur le continent (voir aussi La guerre inéluctable). La question communiste est également évoquée, que ce soit le rôle de l’URSS en appui de l’Allemagne ou l’attitude de certains en France (la question des sabotages est soulevée) même sans pour autant en faire un généralité. Certaines rhétoriques pour expliquer un positionnement pour le moins alambiqué (pas facile de concilier l’intérêt national français et les consignes de Moscou alors que l’URSS est quand même l’allié le plus actif du III. Reich à ce moment-là). Quatre-vingts ans plus tard, la dialectique a peu changé mis à part la disparition de la tutelle moscovite et le terme de « patronat » qui remplace celui de « bourgeoisie ».

Mais c’est là que résident les limites du livre et que pèse encore le poids des interprétations politiques issues de la guerre tant d’un point de vue gaulliste que communiste. Sur un certain nombre de sujets « glissants », l’auteur se garde bien de prendre une position tranchée. C’est également le cas sur la question d’avoir laissé Paris ville ouverte, du réduit breton, de la poursuite des combats à partir de l’Afrique du Nord ou de la cessation des combats. Mais en ne critiquant pas non plus les décisions de l’époque et en apportant indirectement quelques éléments de justification par les dires des témoins de l’époque, c’est aussi l’occasion de rappeler quelques réalités du moment. La question « un gouvernement nomade pouvait-il gouverner ? » est en soi déjà une réponse… Mais le lecteur reste donc libre d’approuver ou pas en fonction de ses convictions.

A titre d’exemple, à la question de savoir si le plan « Dyle-Breda » était réaliste, Rémy Porte répond qu’il « est intellectuellement satisfaisant à l’automne 1939 », mais « n’a pas résisté au choc de la réalité six mois plus tard ». Certes… La réponse est par contre plus limpide quant à l’intérêt de la Ligne Maginot dont l’intérêt est de libérer des réserves.

Enfin, le combattant, qu’il soit français, belge ou britannique en sort avec une bonne image. Loins de celle de pleutres ou de traîtres, sans pour autant idéaliser outre-mesure leur sacrifice. Le débat est bien la question du commandement et de la maîtrise des opérations. Le manque d’alignement entre les politiques et les militaires est également une subtilité que l’auteur remonte avec lucidité. Car cela entraine nombre de confusions, de non-dits et surtout ne permet de nommer caractères forts et décidés aux postes clefs.

Le drame de 1940, ou la faillite complète des élites françaises de l’époque, doit être nécessairement appréhendé sans filtre d’interprétation politique. Le sujet est toujours d’actualité, le risque de se retrouver dans une configuration similaire existe en permanence (isolement diplomatique, mauvais choix dans les armements, doctrine et culture du leadership – tant militaire que politique – dépassées). A ce titre, les vérités et légendes de Rémy PORTE apportent un éclairage quelque peu dépassionné au grand public et de quoi ouvrir lucidement les yeux sur la combinaison complexe d’un certain nombre de facteurs. Mais on sent bien que le terrain reste toujours glissant… et risqué pour un historien. Reste à faire le même travail sur la période de la France de juillet 1940 à mai 1945 et de ses nombreuses composantes écartelées… Qui aura le courage et l’audace ?

Sommaire :

  • Introduction
  • La France a-t-elle surestimé le réarmement français ?
  • La France de 1940 était-elle pacifiste ?
  • Le Front populaire a-t-il désarmé la France
  • La France manquait-elle d’enfants ?
  • La Ligne Maginot était-elle une bonne idée ?
  • L’armée allemande était-elle la plus moderne du monde ?
  • L’armée française était-elle prête ?
  • La parti communiste a-t-il fait le jeu du Reich ?
  • Les Alliés pesaient-ils militairement ?
  • La France a-t-elle abandonné ses alliés tchèques et polonais ?
  • La France manquait-elle de chars et d’avions ?
  • Le général Gamelin était-il coupé des réalités ?
  • Le haut commandement français était-il à la hauteur ?
  • Fallait-il ouvrir un front en Scandinavie ?
  • Peut-on reprocher la défaite aux Belges ?
  • Un front dans les Balkans ou le Caucase était-il concevable ?
  • Le plan Dyle-Breda était-il réaliste ?
  • Peut-on parler d’une « surprise » à Sedan ?
  • L’armée française disposait-elle de réserves ?
  • Des succès éphémères pouvaient-ils faire une victoire ?
  • Les Britanniques ont-ils abandonné les Français à Dunkerque ?
  • Les chars ont-ils été mal utilisés ?
  • Weygand pouvait-il faire mieux que Gamelin ?
  • L’armée française a-t-elle été invaincue dans les Alpes ?
  • Fallait-il déclarer Paris ville ouverte ?
  • Les soldats français se sont-ils bien battus ?
  • Un gouvernement nomade pouvait-il gouverner ?
  • La guerre pouvait-elle être poursuivie en Bretagne ou en Afrique du Nord ?
  • L’appel de Pétain était-il un complot contre la République ?
  • L’appel du 18 juin a-t-il été entendu ?

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