2e Guerre Mondiale n°87 (Mars & Clio, 2019)

2e Guerre Mondiale 087Cultivant à fond l’art de la réflexion et de l’étude de l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale, ce numéro comble les amateurs de ce style.

Le dossier principal concerne en effet la notion de mythe qui s’attache à certaines facettes du conflit et évoque l’influence inévitable de sa propre époque sur les interprétations, même si le recul du temps aide à avoir une connaissance plus objective et moins passionnée. La Seconde Guerre mondiale appartient certes à un passé récent mais nombre de clivages contemporains y puisent leur origine. D’une part, toutes les archives ne sont pas encore ouvertes (notamment celles de l’ancienne URSS) et d’autre part, ses conséquences ne sont pas les mêmes vues d’un pays ou d’un autre. La chute du Mur de Berlin a redonné la parole aux pays de l’ancien Pacte de Varsovie. Force est de constater que la vision du déclenchement de la guerre en Europe n’est pas la même que l’on soit issu d’un pays de l’Ouest n’ayant à souffrir « que » de l’occupation allemande ou d’un pays de l’Est qui s’est vu affligé une double peine, celle de l’occupation allemande puis son remplacement par celle soviétique.

D’où la nécessité de revoir progressivement notre perception des deux guerres mondiales en Europe. Elles forment un tout marquant l’effondrement du système sur lequel reposait l’Europe depuis le Moyen-Âge bâti autour d’un collectif géographique et politique (le royaume ou la nation) qui prime sur l’individu, des élites plus ou moins éclairées (noblesse puis bourgeoisie industrielle) et d’une communauté culturelle bâtie autour du christianisme, des racines greco-latines, celtiques ou nordiques en fonction des pays. La fin de la guerre en 1945 laisse place à deux blocs : l’un basé sur la primauté de la lutte des classes, l’autre sur la marchandisation des liens aboutissant finalement à l’effondrement des valeurs collectives au profit de l’individualisme, la financiarisation des relations économiques et sociales dissolvant les particularités culturelles au profit d’une globalisation où les équilibres historiques sont totalement gommés. Notre rapport à la Seconde Guerre mondiale est donc forcément en lien avec l’époque dans laquelle nous vivons et la région d’Europe d’où nous sommes issus. L’exemple de l’importance de la responsabilité attribuée à l’URSS dans le déclenchement de la guerre suite au Pacte germano-soviétique et à la co-invasion de la Pologne est significatif à cet égard (voir First to Fight et Case White).

Le dossier sur les mythes et légendes n’apporte pas une série de sujets de type vrai / faux comme le proposent Jean LOPEZ et Olivier WIEVIORKA dans les tomes 1 et 2 des Mythes de la Seconde Guerre mondiale. Mais il propose une étude générale sur la génération des mythes puis un zoom sur deux exemples au travers de la Waffen-SS unité d’élite et de la défaite française de 1940. Le premier article est relevé et nécessite de s’y plonger avec attention. Par bien des côtés, mais en beaucoup plus résumé, il rappelle La Fabrique d’une Nation sur les interprétations de l’origine de la France entre racines grecques et romaines en fonction des époques et des régimes politiques.

Suit également la seconde partie de l’étude consacrée à l’arme blindée soviétique. Très originale, elle analyse son image à travers les représentations données après la guerre. Concernant le peu d’images accessibles d’origine soviétiques en comparaison aux fonds quasi inépuisables des photos prises par les Allemands lors de la première moitié du conflit, cela rappelle l’image de l’armée française qui pâtit encore de sa sous-représentativité iconographique, mis à part sous forme d’épaves et de prisonniers (merci à François VAUVILLIER et à ses disciples du travail fait au travers de GBM et de leurs nombreux ouvrages). Belle leçon de relativisme également au sujet de l’entrée en Belgique où l’erreur n’est peut être pas celle généralement admise, tout comme le rôle effectif joué par la Ligne Maginot.

Autre article qui intriguera les lecteurs amateurs d’historiographie, celui sur les archives des attachés militaires. Bref, il est bien temps de sortir des historiques officiels publiés après le conflit qui ont alimenté sans partage au moins plus de cinquante ans d’histoire de la Seconde Guerre mondiale !

Enfin, les opérations militaires proprement dites ne sont pas délaissées puisque ce numéro revient sur la situation à l’Ouest au seconde semestre 1944 avec un article sur le redressement allemand suite à la victoire alliée en Normandie puis sur l’opposition entre Panzer et Tanks durant la bataille des Ardennes (reprises desarticles respectivement parus dans Champs de Bataille Seconde Guerre mondiale22 et Champs de Bataille Seconde Guerre mondiale n°21). Le premier est à compléter des articles parus sur les erreurs alliées qui se produisent au même moment (voir Mook 1944 hors-série n°1, Batailles & Blindés hors-série n°40, Batailles & Blindés hors-série n°25) pour avoir une vision des deux côtés : le redressement allemand, tout aussi impressionnant soit-il, n’est rendu possible que par les errements stratégiques alliés jusqu’à la bataille des Ardennes. Celle-ci est une brillante victoire, américaine principalement, et une nette défaite allemande. C’est d’ailleurs sur cette bataille que se concentre le second article plus opérationnel comparant la performance des unités blindées des deux camps. A lire aussi avec le Mook 19443/2019 pour avoir une vision quasi exhaustive du sujet.

Le tout est complété par une longue mais éclairée rubrique sur l’actualité littéraire autour du conflit (dont Des tigres dans la boue, U-Boot Typ VII, Les Commandos du Reich tome 1).

Sommaire :

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 Passes composes 2019 LOPEZ Jean OTKHMEZURI Lasha Barbarossa 1941 la guerre absolue   Mook 1944 2019 003 Mook 1944 HS 001


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