Sous un titre qui pourrait laisser croire à un simple album illustré, La bataille des Ardennes en 50 photos propose en réalité une lecture structurée et approfondie de l’offensive allemande avortée de l’hiver 1944/1945. Hugues WENKIN y utilise l’image comme point d’entrée pour revisiter l’ensemble de la bataille, de l’attaque allemande à la résorption du saillant, en interrogeant à la fois les dynamiques opérationnelles et les micro-évènements tactiques.
Sommaire de La bataille des Ardennes en 50 photos
- La photo de guerre et son rapport au réel
- L’assaut allemand mis en scène
- Honsfeld, les cavaliers résistent
- Clervaux, tenir la ligne !
- Krinkelt-Rocherath, fatals jumeaux
- Dinant, l’objectif réaliste de la bataille des Ardennes
- Baugnez, le champ du massacre
- Kaiserbaracke, désordre dans la colonne
- Feitsch, le tombeau de la TF Harper
- Bastogne, rue de Marche, l’arrivée des premiers renforts
- La percée allemande
- Ligneuville, le Panther de Peiper
- Stavelot, le dépôt d’essence manqué
- Poteau, le film de propagande emblématique
- Stoumont, l’indéfendable village
- Longvilly, l’embouteillage fatal
- Noville, route d’Houffalize
- Givet, les SAS belges et la mission Pre-regent
- La résistance alliée s’organise
- Neffe, la Panzer-Lehr-Division stoppée net
- Bastogne, rue d’Houffalize, le premier bataillon du 506th Parachute Infantry Regiment monte en ligne
- Baillonville, zone arrière de déploiement
- Hotton, le pont trop loin de la 116. Panzer-Division
- Malmedy, règlement de compte au pont de la Warche
- Le pont du Petit Spay, l’erreur fatale
- Rahier, préparation de l’attaque de Cheneux
- Saint-Hubert, place de la basilique
- Malmedy, la ville bombardée
- Namur, protégée par les Britanniques
- Foy-Notre-Dame, la fin du fer de lance allemand
- Le front se stabilise
- Opération Repulse, ravitailler Bastogne
- Grandmenil, le cimetière des Panther
- La Gleize, Peiper en échec
- Forzée, un Sherman fait face à la menace
- Bastogne, place Mc Auliffe
- Vaux-sur-Sûre, élargir le corridor de Bastogne
- Chaumont, les chars de Patton poussent en avant
- Bastogne Barracks, la passation du pouvoir
- Humain, le Panther à la cloche
- Château de Rolley, Patton au QG du 502nd Parachute Infantry Regiment
- La fin du saillant
- Beffe, le début du chemin de croix
- Mesnil-Sainte-Blaise, les Britanniques prêts à en découdre
- Goronne, dernier baroud d’un Tiger solitaire
- La libération de Saint-Hubert, les clés partagées
- La Roche-en-Ardenne, les Britanniques éclipsés
- Bizory, vue du ciel
- Langlir, la 3rd Armored Division prend la tête
- Rensiwez, la fin du saillant
- Houffalize, ville sacrifiée à la victoire
- Dasburg, la 6th Armored Division entre en Allemagne
- Après la bataille
- Bilan d’un match nul
- Le cimetière de Hotton
- Ferrailler les épaves
- Le devoir de mémoire
Fiche technique
- Éditeur : Racine
- Auteur : Hugues WENKIN
- Langue : Français
- Nombre de pages : 224
- Année de parution : 2025
Présentation et recension
Bien plus qu’un simple album de photos
Le titre peut paraître trompeur. Mettre en avant cinquante photos pour illustrer la bataille des Ardennes pourrait ainsi laisser penser à un simple recueil iconographique. C’est d’ailleurs avec une certaine réserve initiale que j’ai accepté l’envoi de l’ouvrage, redoutant d’encombrer ma bibliothèque d’un album constitué de clichés déjà vus à maintes reprises.
À la réception, le projet éditorial s’est révélé en fait bien plus abouti qu’attendu. Le texte est largement présent, bien au-delà des légendes. Les photographies sont également plus nombreuses que les cinquante annoncées. Le livre traite en réalité la bataille en cinquante « stations ». L’enjeu n’est donc pas seulement l’image, mais les critères de sélection et l’architecture narrative qui en découle, le tout dans un format doublement contraint de pagination et d’espace pour le développement du propos. C’est là que le travail devient particulièrement intéressant.
Une bataille qui dépasse les seuls premiers jours de l’offensive allemande
L’historiographie de la bataille des Ardennes tend souvent à se concentrer sur les premiers jours de la contre-offensive allemande et sur l’épisode de Bastogne, lorsque les divisions de la 5. Panzer-Armee contournent la ville faute de l’avoir prise dans les quarante-huit premières heures.
Or les combats les plus violents interviennent lorsque la garnison américaine n’est plus totalement isolée, surtout début janvier 1945, quand les espoirs allemands d’atteindre la Meuse sont définitivement anéantis et que la ville représente un lot de consolation alléchant.
Hugues WENKIN évite ce raccourci et structure son propos en trois parties équilibrées :
- L’assaut allemand, où apparaissent déjà les premiers dysfonctionnements
- La réaction alliée et la stabilisation du front
- La réduction du saillant, souvent marginalisée dans les récits
Pour clore cette dimension opérationnelle, l’auteur choisit un cliché de l’entrée de la 6th US Armored Division à Dasburg le 24 février 1945, point de départ initial de l’offensive de la 5. Panzer-Armee vers Clervaux. Deux jours avaient alors été nécessaires pour percer les lignes étirées de la 28th US Infantry Division sur l’Our. Or, nous sommes déjà plus de deux mois après le déclenchement de l’opération Wacht am Rhein, renommée entre-temps Herbstnebel !
L’un des aspects moins abordés concerne généralement les conséquences stratégiques de l’attaque allemande et son impact sur les plans alliés. Les deux mois perdus à l’ouest profitent pleinement à l’URSS. Bloqués dans leur progression, les Alliés occidentaux laissent à STALINE et à l’Armée rouge le temps de consolider leur emprise sur l’Europe orientale. Ils amplifient ainsi les bénéfices initiaux du pacte germano-soviétique — annexion de la Pologne orientale, des pays baltes, de la Carélie et de la Transnistrie — et se retrouvent mis devant le fait accompli, encore englués aux frontières du Troisième Reich, avec le Rhin à franchir. Les conséquences géopolitiques de cette situation restent encore particulièrement sensibles au XXIᵉ siècle malgré la chute de l’URSS en 1991.
Une bataille particulièrement fragmentée
La lecture met en évidence l’extrême morcellement des combats dans les Ardennes durant ces semaines de bataille. Il est ici question de villages, de hameaux, de colonnes isolées, de chars, d’hommes. On est loin des vastes mouvements de 1940 ou des percées initiales de l’opération Barbarossa.
Le terrain ardennais, compartimenté et rendu plus difficile encore par les conditions hivernales, réduit les dynamiques opérationnelles à une succession d’engagements locaux. Dans ce contexte, la qualité du commandement au niveau subalterne et l’initiative du groupe deviennent déterminantes.
De quoi replacer les guerres dans leur juste dimension, comme le rappellent les combats pour des pâtés de maison ou quelques acres de terrain en Ukraine.
Des incises thématiques bien maîtrisées
En complément des séquences principales, l’auteur insère des développements thématiques qui permettent de prendre du recul. Les lecteurs familiers de ses travaux retrouveront certaines analyses déjà évoquées :
- Pourquoi Hitler lance-t-il ses dernières forces dans les Ardennes ?
- La première ligne américaine s’est-elle réellement effondrée ?
- Les Alliés ont-ils été surpris ?
- Quel fut le rôle des Belges ?
- Quel fait majeur a fait basculer la victoire ?
- Pourquoi Bastogne occupe-t-elle une place centrale ?
- Quelle fut la réaction d’Eisenhower ?
- Pourquoi l’attaque allemande échoue-t-elle ?
Point appréciable : l’auteur inclut l’après-bataille, le nettoyage du champ de bataille et la mémoire, dimensions traditionnellement souvent négligées dans les récits opérationnels.
Une sélection équilibrée
Résumer l’offensive allemande jusqu’à la résorption du saillant constitue un exercice délicat, d’autant que la fin de la bataille ne correspond pas à une date clairement identifiée.
L’auteur couvre les incontournables — Kampfgruppe Peiper, Stavelot, Bastogne, Malmedy, La Gleize, Houffalize — tout en assumant certaines omissions (les commandos de SKORZENY, les parachutistes de von der HEYDTE) afin de mettre en lumière des aspects moins connus : l’engagement britannique, les SAS belges, les combats de Hotton, Saint-Hubert, Foy-Notre-Dame ou La Roche-en-Ardenne. Le sort des civils et la bataille de Saint-Vith sont abordés indirectement au travers de certaines notices.
Quelques choix sortent de l’ordinaire comme Baillonville, Grandmenil, Humain, Langlir, Rensiwez.
Une mise en valeur soignée
Sur la forme, l’ouvrage présente une fabrication solide : couverture cartonnée épaisse, tranche bien rigide, donc une conservation bien assurée.
La maquette est agréable, combinant couleurs pastel et organisation claire des éléments. L’ensemble oscille entre classicisme et modernité.
Seule réserve : les cinquante images principales sont reproduites sur une page et demie, avec un pli central qui atténue l’impact visuel. Il s’agit d’un compromis éditorial. Les présenter en hauteur aurait imposé de tourner le livre ; les réduire à une page simple aurait diminué leur taille ; un format à l’italienne aurait cependant introduit d’autres contraintes.
Les QR codes permettent de voir les lieux actuellement via Google Street View. Si l’outil est pratique, il ne remplace pas totalement une comparaison photographique classique entre passé et présent avec des clichés contemporains originaux, travaillés artistiquement comme les photos officielles d’époque. On peut également regretter l’absence d’une belle carte situant les cinquante photos choisies pour illustrer la bataille.
La photographie comme fil conducteur
La photographie demeure évidemment le cœur du livre. Symbole visuel de la Seconde Guerre mondiale, le cliché officiel n’est jamais neutre. Pris dans des conditions souvent difficiles, il transmet un message autant qu’il documente un événement.
L’ouvrage s’ouvre logiquement par une intéressante analyse de la photographie de guerre sur huit pages. Ce rappel est utile pour comprendre la construction visuelle de la bataille et pour garder à l’esprit que, hier comme aujourd’hui, aucune image n’est innocente. Un complément utile à l’analyse, plus ciblée sur les collections de vétérans, développée dans le premier volume de La collection inédite « Egon Pfende » de Valentin SCHNEIDER.
Les cinquante clichés sont bien entendu analysés et recontextualisés. Ils ne sont d’ailleurs pas tous issus des photographes officiels attachés à chaque armée. Chaque image a un but initialement propre en fonction de son auteur et de la date à laquelle elle est prise : propagande, analyse, illustration souvenir, mémoire…
Comme les documents d’archives, les photos transmettent leur propre contenu, mais les conditions de leur prise comportent en elles-mêmes un bout d’histoire.







Conclusion
Sous un titre volontairement simple, La bataille des Ardennes en 50 photos propose une lecture structurée et réfléchie de l’offensive de l’hiver 1944/1945. L’image sert de point d’entrée, mais le texte et l’architecture du propos confèrent à l’ensemble une véritable profondeur historique qui s’adresse tant aux lecteurs généralistes qu’aux passionnés.
Loin d’un simple album illustré, l’ouvrage combine sélection iconographique, analyse opérationnelle et réflexion stratégique. Il réussit à couvrir l’ensemble de la bataille, y compris ses prolongements mémoriels et géopolitiques, sans se limiter aux séquences les plus connues. La bataille des Ardennes en 50 photos peut même parfois faire penser à un dictionnaire illustré avec ses renvois croisés d’une notice à l’autre, même s’il peut y avoir quelques erreurs de pagination.
Avec des pistes bibliographiques, il pourrait être une véritable porte d’entrée pour découvrir dans le détail une bataille des Ardennes en dehors des sentiers balisés par une historiographie officielle, mais largement renouvelée depuis quelques auteurs, grâce, notamment, aux écrits d’Hugues WENKIN. C’est d’ailleurs l’occasion de se replonger dans certains d’entre eux, chez Caraktère, Weyrich ou Heimdal, et de chercher à en acquérir quelques-uns sur le marché d’occasion puisque nombre d’entre eux ne sont plus disponibles en neuf. L’ouvrage n’y fait cependant pas mention.





Laisser un commentaire