Dans la longue suite de son entreprise éditoriale, GBM poursuit son travail d’exploration de l’armée française de 1914 à 1940. Un champ d’exploration qui laisse de nombreux pans encore à découvrir et ne cesse d’étonner par sa richesse historiographique. En témoigne ainsi la réflexion sur les choix doctrinaux et organisationnels de la cavalerie. Ou encore la mise en pratique de la motorisation militaire comme elle apparait dans l’ouvrage que présente Remy PORTE au sujet des opérations de pacification au Maroc.
Sommaire de GBM n°156
- Le manifeste français
- Régis POTIE, Maurice Chrétien, sous-lieutenant au 5e GRDI
- Une traction blindée clandestine de 1942 reconstituée par le 2e RMAT
- Guy FRANCOIS, Le lieutenant Pin des TM 425 puis 515
- Rémy PORTE, La pacification du Maroc, trente années cruciales
- Jean-Claude LATOUR, Les voitures d’artillerie de siège et de place (I)
- Guy FRANCOIS, Les matériels d’artillerie réquisitionnés (I), les canons de gros calibre
- François VAUVILLIER, Les B1 en service à Verdun (II), de 1937 à la guerre
- François VAUVILLIER, Peugeot des années 1920 à 1940, tous les véhicules militaires
- Christophe AKNOUCHE, La doctrine des divisions de cavalerie
- Stéphane BONNAUD, Le 21ᵉ BCC (II), la 3ᵉ compagnie au combat
Fiche technique
- Éditeur : Histoire & Collections
- Rédacteur en chef : François VAUVILLIER
- Langue : Français
- Nombre de pages : 82
- Année de parution : 2026
Présentation et recension
Hommage aux porteurs de mémoire
GBM met régulièrement en avant les auteurs, chercheurs, collectionneurs et acteurs de l’histoire vivante. Parfois pour leur rendre hommage au moment de leur disparition, parfois pour leur ouvrir ses colonnes et leur permettre de présenter leurs travaux. Parfois les deux comme c’est le cas dans ce numéro.
Ainsi, les quelques lignes consacrées à Jean-Pierre VERNEY et Jean PISAPIA saluent deux figures importantes du monde de la collection et de la reconstitution. Elles rappellent combien cette passion, parfois très envahissante, peut devenir l’engagement d’une vie.
Sans ces collectionneurs, une part de l’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale resterait terne et sans relief. En effet, les modèles exposés dans les allées d’un musée, comme ceux en action lors d’une reconstitution dynamique, participent autant qu’un bon livre ou une bonne revue à alimenter le fil de la passion. On ne se rend pas toujours compte ô combien, derrière ces objets, ces véhicules et ces uniformes, se cache un temps infini de recherches, de restauration, d’accumulation et de valorisation.
Ces hommages rappellent aussi une réalité plus triste. Toute une génération née pendant la guerre ou dans l’immédiat après-guerre, qui a nourri durant des décennies la passion des lecteurs et des collectionneurs, disparaît progressivement. La dispersion de certaines collections en est l’un des signes les plus visibles.
La question du renouvellement de ces animateurs, qu’ils soient chercheurs, auteurs, collectionneurs, se pose également. L’un des enjeux est de continuer d’alimenter et de poursuivre ce travail de transmission à une époque où le virtuel et l’éphémère prennent une place de plus en plus étouffante. Heureusement, à côté des grandes maisons historiques comme Histoire & Collections ou Heimdal, on voit quelques nouveaux trublions apparaître comme les éditions l’Escadron propulsées par Camille VARGAS.
L’urgence est d’assurer la continuité de ces passeurs de mémoire capables de prolonger ce travail sans se contenter de recopier les anciens, ni d’agréger sans esprit critique des contenus produits par des intelligences artificielles au style souvent fade, prétentieux et sans âme. Un enjeu tout aussi essentiel et lié au maintien d’une dynamique renouvelée qui permette à la production historiographique de trouver des débouchés parmi des lecteurs encore assidus.
La pacification du Maroc, première manifestation de la guerre motorisée
De son côté, Rémy PORTE présente ses derniers travaux sur la pacification française au Maroc de 1904 à 1934. Ce théâtre d’opérations devient l’un des premiers à expérimenter la guerre motorisée, bien avant l’Espagne par exemple. L’emploi coordonné de colonnes mobiles, appuyées par des moyens mécanisés en plein essor, transforme profondément la manière de conduire les opérations dans des espaces particulièrement vastes et ardus.
L’intérêt de l’approche de l’auteur tient au fait qu’il ne se limite pas à la seule dimension militaire. Il intègre les logiques politiques, les dynamiques locales et les enjeux sociologiques, qui conditionnent autant la conduite des opérations que leur issue. La « pacification » apparaît ainsi comme un processus global, mêlant action militaire, contrôle du territoire et organisation administrative.
À la lecture de cet entretien, les échos avec des conflits plus récents s’imposent assez naturellement. Les opérations menées en Irak ou en Afghanistan reposent elles aussi sur une combinaison étroite entre mobilité, contrôle des espaces et actions de développement. De même, le conflit du Haut-Karabakh illustre, à un autre niveau, une rupture comparable avec l’emploi massif des drones, passés du rôle d’observation à celui d’outil central de frappe.
Sans forcer le parallèle, ces exemples rappellent qu’une innovation technique peut finir par redéfinir en profondeur les équilibres tactiques, comme c’est le cas avec les drones en Ukraine dans le prolongement du conflit pour le Haut-Karabakh. De fait, le Maroc du début du XXᵉ siècle en offre une première illustration à grande échelle, totalement oubliée, mais essentielle pour comprendre les évolutions ultérieures.
La cavalerie française de 1940, une transition au rythme des moyens
Christophe AKNOUCHE poursuit ses passionnants travaux sur l’armée française de 1940 avec un article sur la doctrine d’emploi des divisions de cavalerie rebaptisées Divisions Légères de Cavalerie (DLC) en mars 1940. En France, la cavalerie joue un rôle précurseur dans la mécanisation des armées contrairement à d’autres pays où elle a été un véritable frein. C’est le cas aux États-Unis, tandis qu’en Allemagne, elle est immédiatement mise de côté pour éviter de contrecarrer l’essor de la Panzerwaffe. Il est notable que la 1ʳᵉ Division Légère Mécanique (DLM), issue directement de la cavalerie, voit le jour avant les trois premières Panzer-Divisionen.
Le choix d’associer engins à moteur et chevaux apparait comme un compromis entre remplir ses missions et éviter d’être totalement dépendant du pétrole dans un pays qui doit importer sa consommation. Un sujet toujours d’actualité, où parait ce numéro, en pleine crise autour du détroit d’Ormuz, qui rappelle de nouveau l’extrême dépendance française aux énergies.
Rappeler les doctrines d’emploi et comparer les moyens octroyés permet de montrer une certaine cohérence dans les choix effectués à l’époque. Cela rappelle indirectement que les décideurs, tant militaires que civils, de l’époque ne sont pas en retard d’une guerre, réticents au progrès et aveugles quant à l’avancement de la motorisation. Le maintien du cheval s’explique logiquement, même si l’approche est quelque peu différente entre Français et Allemands. Ces derniers les utilisent encore plus extensivement que les premiers en 1940. L’essentiel de leurs divisions d’infanterie emploie la traction hippomobile et seule la Panzerwaffe n’y recourt pas.
L’image laissée par les DLC demeure cependant totalement plombée par leur emploi en mai 1940 dans les Ardennes. Il est donc facile de considérer que ces divisions comme complètement inadaptées au moment de leur engagement. Christophe AKNOUCHE pondère quelque peu ce jugement a posteriori en rappelant les contraintes auxquelles doivent faire face les armées et en soulignant que les conditions de leur mise en œuvre ne les favorisent pas. Ce qui ne l’empêche pas de confirmer que leur concept hybride apparait comme un handicap face à ce qu’elles doivent affronter.
En complément, les lecteurs intéressés par la métamorphose de la cavalerie française entre cheval et mécanisation durant l’entre-deux-guerres peuvent consulter les GBM hors-série n°1, 2 et 5.
Après l’encyclopédie de Tous les blindés français, Tous les véhicules français des années vingt à 1940 approche !
Inlassablement, François VAUVILLIER poursuit son œuvre d’exploration et de classification des chars, blindés et véhicules des armées françaises sur la première moitié du XXᵉ siècle. Depuis le précédent numéro, il dévoile ainsi son prochain ouvrage, Tous les véhicules militaires français des années vingt à 1940. Le concept se finalise progressivement en profitant des études initiales de l’auteur (L’automobile sous l’uniforme), de la collection Vauvillier et de grands albums venus ensuite. D’un point de vue format, cette longue filiation semble un peu disparate. Elle traduit cependant tout simplement un travail qui se constitue au fur et à mesure en fonction des trouvailles permises par la recherche et du succès, ou pas, rencontré en librairie.
Sur le fond, le tout reste bien cohérent dans sa forme et son intention : constituer une base documentaire unique sur l’armée française de 1914 à 1940, dans le domaine terrestre tout le mois, dont GBM est le porte-drapeau trimestriel.
L’extrait présenté ici concerne Peugeot.










Conclusion
GBM n°156 comprend également ses rubriques habituelles avec ses deux gros plans sur le matériel hippomobile d’avant la Première Guerre mondiale et l’artillerie lourde de 1914 à 1918.
L’historique des unités blindées de 1940 se concentre sur la suite des études concernant le 511ᵉ Régiment de Chars de Combat (RCC) basé à Verdun durant l’entre-deux-guerres et le 21ᵉ Bataillon de Chars au Combat (BCC).




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