Sur un thème et un terrain qu’il connaît parfaitement bien, Hugues WENKIN inaugure avec cet ouvrage une série consacrée aux Chasseurs ardennais dans les Ardennes en mai 1940.
Sommaire Les Chasseurs ardennais face à Guderian
- Introduction
- Défendre le Luxembourg
- Un simple régiment à l’origine de deux divisions
- Les plans à l’oeuvre dans les Ardennes
- Le Fall Gelb dans le secteur des Chasseurs ardennais
- Un front énorme à couvrir
- L’alerte général sur le front sud
- La 4e Cie au contact à Martelange
- La 5e Cie au contact à Bodange
- Le point d’appui de Strainchamps
- La première vague de l’opération Niwi de Traimonà Léglise
- Conclusions
- Bibliographie
- Crédits
Fiche technique
- Éditeur : Walden
- Auteur : Hugues WENKIN
- Langue : Français
- Nombre de pages : 238
- Année de parution : 2026
Présentation et recension
Un fin connaisseur du secteur et de la période !
Hugues WENKIN n’est plus inconnu des passionnés et des amateurs. Ses nombreuses contributions accompagnent les lecteurs depuis désormais bien longtemps. On se souvient ainsi de ses articles dans les magazines des Éditions Caraktère et dans 39/45 Magazine, ses premiers livres chez Weyrich, sans oublier le très original Mook 1944 ! Outre qu’il est belge et familier du terrain des Ardennes, Hugues WENKIN possède un ton bien à lui et donne volontiers de sa personne à travers de multiples vidéos. Rien d’étonnant qu’à la lecture des pages, on ait l’impression d’entendre sa voix !

Au cœur du dilemme belge de l’entre-deux-guerres
L’un des principaux défauts de l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale est que, dans chaque pays, elle est biaisée par des points de vue nationaux. Les Français attribuent ainsi facilement une part de la responsabilité de la défaite de 1940 à leurs voisins du Nord, soit pour avoir tourné le dos à l’alliance née dans l’après-Première Guerre mondiale, soit pour ne pas avoir tenu assez longtemps les positions avant que les alliés franco-britanniques ne se mettent en position sur la Dyle et la Meuse.
Outre le fait de présenter l’origine des Chasseurs ardennais, le livre revient également sur la stratégie belge face à ses voisins et plus particulièrement au Troisième Reich se réarmant. Le lecteur découvre ainsi les débats mi-stratégiques, mi-politiques sur la conduite à tenir en cas de menace ou d’invasion par l’Est. Cela n’est pas sans rappeler ce qui agite pareillement les milieux français.
Faute d’une vision totalement homogène et pensée dans la continuité, les débats sur la défense intégrale ou pas du territoire amènent cependant quelques crédits bienvenus, employés notamment pour la défense des Ardennes.
On notera par ailleurs que les Français créent eux-mêmes les conditions d’une certaine défiance de la part des Belges avec l’attitude assez peu diplomatique de Philippe PÉTAIN qui, dans l’entre-deux-guerres, ne fait guère d’effort pour se rendre aimable auprès de ses interlocuteurs et étant particulièrement hautain.
À ce titre, le livre apporte un éclairage très complémentaire de la littérature consacrée à cette période (on pense particulièrement aux ouvrages de Jean-Yves MARY ou Fallait-il entrer en Belgique de Bruno CHAIX) et à celle davantage tournée sur la relation franco-belge (La déroute française de 1940 : la faute aux Belges ? de Jean-Claude DELHEZ) ou les relations diplomatiques (La guerre inéluctable : les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939 de Simon CATROS).
Notre sélection d’ouvrages pour compléter votre bibliothèque



Les premiers combats : frictions et coups d’éclat
Le récit des premiers accrochages entre Belges et Allemands montre qu’un rien peut faire dérailler les plans de l’envahisseur. Outre que Fall Gelb est intrinsèquement bien conçu, sa force réside dans les multiples options de secours qu’il génère au niveau tactique avec des officiers habitués et formés pour réagir en continu aux frictions inhérentes de la bataille. Tous les coups de main n’ont pas réussi et certaines actions ne se déroulent ainsi pas comme prévu, sans pour autant mettre en danger la manœuvre d’ensemble.
Si la mémoire collective retient quelques coups d’éclat comme la prise du fort d’Ében-Émael, dont Hugues WENKIN a lui-même contribué à dépoussiérer le récit, et les parachutistes sur la Hollande, elle oublie que les Allemands mettent en œuvre une multitude d’opérations que l’on qualifierait aujourd’hui de « spéciales » sur toute la longueur du front actif. L’ampleur de ces actions contribue notamment au franchissement rapide du Rhin, de la Meuse, du canal Albert et des Ardennes. Les lecteurs intéressés peuvent d’ailleurs se plonger dans le livre de Yann MAHÉ, Les Commandos du Reich, tome 1 paru en 2019 chez Caraktère.
Ce premier volume aborde les débuts de l’opération Niwi qui voit des hommes de l’Infanterie-Regiment (mot.) Grossdeutschland déposés par Fieseler Storch. Le concept est alors tout aussi novateur que l’emploi des parachutistes à une telle échelle en Hollande ou de façon ciblée sur les ponts du canal Albert, des planeurs sur le fort d’Ében-Émael.

Quand l’historien se fait infographiste et éditorialiste
En complément de sa propension à se plonger dans les archives brutes, de ses talents face à la caméra et dans l’écriture, Hugues WENKIN développe ici une autre qualité. En effet, il s’empare volontairement de la dimension infographique de son texte, bien aidé par les technologies numériques, à l’image de ce que réalise par exemple Frédéric DEPRUN.
À l’image du Mook 1944 ou de la collection Maîtres de guerre chez Perrin, le livre mélange à la façon d’un magazine les textes et les illustrations intégrées. Comme le souligne l’auteur, l’un des principaux défis est de compenser une iconographie rare du côté allié à cette période. D’où le recours à des photos retouchées et à l’utilisation assez extensive d’illustrations couleurs composées spécifiquement.

Conclusion
L’ouvrage inaugural du cycle « Résiste et mords » est à la fois une belle réussite en termes de conception, et particulièrement intéressant dans la compréhension de la stratégie belge, des débats qu’elle génère au sein même des instances politiques du pays.
Les amateurs qui connaissent déjà bien le récit des premières heures de l’offensive allemande dans les Ardennes et celui de l’épopée des Chasseurs ardennais y trouveront également matière en bénéficiant d’une série qui présente de façon assez exhaustive leur histoire et leur parcours.
Comme pour les Français, les Belges sont confrontés à un travail de mémoire important pour réhabiliter le courage de leurs soldats et bien comprendre le cheminement qui provoque le désastre des démocraties européennes occidentales au printemps 1940 face au péril nazi qui s’est opportunément associé aux bonnes grâces de l’URSS qui voit dans cette alliance des périls totalitaires l’occasion de faire main basse sur une partie de ses voisins.





Laisser un commentaire