Plus qu’une simple monographie consacrée au D.520, ce hors-série suit le destin du chasseur français depuis sa conception jusqu’à sa retraite, en replaçant son histoire dans un contexte industriel, militaire et politique particulièrement mouvementé et tortueux. Fidèle à sa ligne et à sa réputation, Le Fana de l’Aviation livre une synthèse solide et abondamment illustrée qui contribue depuis sa création à l’histoire aéronautique, française notamment.
Sommaire du Fana de l’Aviation hors-série avions de légende n°77
- Un avion si élégant
- Les aventures d’Émile Dewoitine
- Une mise en production rapide
- Jeté dans la fournaise
- Des dérivés prometteurs
- Ceux qui poursuivent la lutte
- Aux couleurs de de Vichy
- Au service de l’Axe
- Reprise de la lutte sous les cocardes
- Fin de carrière dans l’entraînement
- Les survivants
Présentation et recension
Avec David MECHIN aux commandes, Le Fana de l’Aviation propose un excellent numéro hors-série consacré au chasseur français D. 520. Son sous-titre, « les batailles d’un redoutable chasseur », affiche la couleur. L’appareil est performant et efficace, ses engagements le montrent. Loin de se limiter aux combats de mai et juin 1940, ce numéro propose un vaste panorama de ses débuts à sa retraite au début des années 1950, sans oublier un court panorama des appareils existants encore.
Émile DEWOITINE et la naissance d’un grand chasseur
Toute innovation résulte d’un équilibre entre intuition individuelle, savoir-faire technique, organisation industrielle et volonté politique. Le D.520 en constitue une certaine illustration.
Dans les débuts de l’aviation, on trouve souvent quelques techniciens ou ingénieurs particulièrement brillants pouvant aussi se révéler de redoutables entrepreneurs. Il n’est cependant pas toujours évident de concilier toutes les qualités nécessaires.
Le portrait que brosse ce numéro d’Émile DEWOITINE révèle les qualités du bonhomme. D’un drame évité de justesse lors de l’anéantissement de son convoi sur le Danube par les Bulgares fin 1915. Il reçoit la mission de superviser une chaîne de montage d’avions Voisin à Odessa puis d’en construire une seconde à Simferopol en Crimée quand éclate la révolution bolchevique. Frustré de ne pas être nommé à la tête du bureau d’études de Latécoère, il fond sa propre société et entame ainsi une carrière à la fois d’ingénieur et d’entrepreneur industriel. À l’image de ce que nous proposent les revues trimestrielles GBM et Les Ailes, la première moitié du XXe siècle voit un véritable foisonnement industriel tricolore dans les airs et au sol, loin de se restreindre au seul sol métropolitain. Les versions exportées des productions Dewoitine durant l’entre-deux-guerres le montrent.
Le D.520, reflet d’un véritable renouveau, mais trop tardif, de l’industrie aéronautique française
Loupant le coche du programme qui aboutit au MS.406, il se prépare à la prochaine sollicitation sachant que les évolutions technologiques sont alors très rapides.
L’exemple du D.520 permet de comprendre les soubresauts de la politique industrielle (nationalisations), de la commande publique et de la gestion des programmes militaires au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Dans le programme du D.520, plusieurs acteurs importants jouent un rôle particulièrement important comme Guy LA CHAMBRE ou Albert CAQUOT, inconnus du grand public.
Il faut que tout pousse dans le même sens au risque de prendre des mois, voire des années de retard, alors que l’urgence même de la situation ne le permet pas. Cette vision est à mettre en corrélation avec les évènements contemporains où se croisent à nouveau le redémarrage d’une industrie d’armement à l’arrêt pendant plusieurs années, la gravité de la situation géopolitique, les bouleversements technologiques et un contexte économique tendu. Dans ces décisions se croisent des ingénieurs, des industriels, des politiques au gouvernement ou dans les commissions parlementaires ainsi que dans les armées.
La seconde moitié des années 1930 voit cependant un rebond assez spectaculaire qui produit ses effets sur le D.520. Trop tardivement hélas, preuve que le prix des choix et des non-décisions se paie longtemps et qu’il faut du temps pour renverser la tendance.
Comme le rappelle fort justement David MECHIN, avec la défaite brutale de mai et juin 1940, la France n’aura jamais le temps de voir ses matériels évoluer et ses efforts récompensés. Ne pas avoir su durer comme en 1914, ou encore d’autres pays face à des invasions, tue toute possibilité d’évolution des matériels, pourtant parfois très prometteurs. Le grand public retient volontiers les « armes miracles » de la fin de la guerre. Il oublie souvent qu’en 1939 et en 1940, les nouveaux matériels allemands introduits juste avant le démarrage du conflit ne présentent rien d’aussi révolutionnaire. Les Panzer III, Panzer IV ou Messerschmitt Bf 109 évoluent ainsi d’ailleurs en permanence tout au long de la guerre, comme auraient probablement continué à le faire leurs homologues français si la campagne de France n’avait pas pris fin en six semaines.
Une carrière opérationnelle étonnante, bien au-delà de 1940 !
L’essentiel du numéro concerne la vie opérationnelle du D. 520. Il propose un bilan des performances comparatives des avions de chasse français à l’issue des opérations à l’Ouest de 1940 et analyse systémique de la défaite dans laquelle le matériel n’est que l’une des causes. En quelques pages seulement, David MECHIN parvient également à résumer l’action de l’aviation française, rappelant son engagement au-dessus de Sedan, de la Somme, de Paris… Sans oublier aussi parfois de souligner le manque d’initiative de ses généraux qui ont pourtant dans leur manche de nombreux atouts.
On apprécie l’éclairage donné à l’engagement des appareils avec le gouvernement de Vichy, et celui, moins connu, aux mains de l’Axe (Italiens et Bulgares) contre les bombardiers alliés notamment. Comme de nombreux matériels français, mais en relativement petit nombre, certains D. 520 reprennent du service contre les Allemands à la Libération, avant de terminer une carrière finalement bien remplie pour un avion à peine né lors de la défaite, mais qui aurait pu l’être encore plus, dans les centres d’entraînement après-guerre.
Le chapitre consacré à Émile DEWOITINE durant la guerre, sa naïveté lors de son retour en France alors qu’il avait rejoint les États-Unis à l’été 1940, puis ses déboires à la Libération avant sa réhabilitation apporte lui aussi un peu de pondération sur la vision de l’époque.









Conclusion
Au-delà de la seule histoire d’un avion de chasse, aussi élégant et performant soit-il, ce hors-série rappelle combien les performances d’un matériel dépendent autant des choix industriels, politiques et doctrinaux qui président à sa conception que de ses qualités techniques intrinsèques.
Au fil des pages, les lecteurs croisent donc de nombreuses personnalités qui méritent d’être davantage connues. Outre les personnages déjà cités, on pense également aux généraux ROMATET et PINSARD aux manettes durant la bataille de France ainsi que Jean BERGERET engagé activement dans la collaboration.
Dans un autre domaine, ce numéro revient quelques instants sur les conséquences de l’attaque britannique de Mers-el-Kébir, qui outre la résistance à Dakar, provoque des raids de représailles sur Gibraltar.
Une lecture qui ouvre de très nombreux horizons et offre autant de pistes de réflexion que de sujets d’approfondissement aux lecteurs qui souhaitent s’en emparer, servie par une iconographie abondante et un récit qui accompagne le D.520 depuis sa genèse jusqu’aux derniers exemplaires préservés, dans la plus pure tradition du Fana de l’Aviation.




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