39/45 Magazine hors-série Historica n°107 (Heimdal, 2025)

Parmi les grandes batailles d’encerclement menées en Ukraine au début de 1944, Tcherkassy (pour les Allemands) ou Korsun (pour les Soviétiques) occupe une place singulière. Présentée comme une victoire majeure par l’Armée rouge, élevée au rang d’épopée par les récits allemands de l’évasion du Kessel, elle demeure l’un des affrontements les plus commentés du front de l’Est. Avec ce hors-série Historica n°107, Georges BERNAGE et Pierre TIQUET ouvrent une étude en deux volets qui s’attache à dépasser ces lectures mémorielles pour replacer la bataille dans la dynamique opérationnelle de l’hiver 1943/1944.

Sommaire de 394/45 Magazine hors-série Historica n°107

  • La bataille du Dniepr
  • Menace sur le saillant
  • Formation du Kessel

Fiche technique

  • Éditeur : Heimdal
  • Rédacteur en chef : Georges BERNAGE
  • Langue : Français
  • Nombre de pages : 112
  • Année de parution : 2025

Présentation et recension

Présentation générale

Ce numéro constitue le premier tome d’une étude consacrée à la bataille de Tcherkassy/Korsun, envisagée non comme un épisode isolé, mais comme le produit direct de l’exploitation soviétique du franchissement du Dniepr à l’automne 1943. Les auteurs s’inscrivent dans une démarche désormais bien établie chez Heimdal : proposer un récit dense, chronologique, enrichi d’encarts thématiques, d’ordres de bataille détaillés et d’une iconographie abondante.

Le choix du titre fait explicitement écho à Hell’s Gate de Douglas NASH, dont l’approche avait déjà contribué à renouveler la lecture anglo-saxonne de la bataille. Ici, l’objectif est similaire : restituer les mécanismes opérationnels, les contraintes logistiques et les décisions de commandement, sans céder aux simplifications rétrospectives.

Une bataille au carrefour des dynamiques de 1943-1944

La bataille de Tcherkassy est emblématique à plus d’un titre. Elle constitue la première grande opération d’encerclement de l’année 1944, prélude à une série ininterrompue de chaudrons et de poches (Tarnopol, Crimée, Brody) qui marquent la dernière année pleine de la guerre à l’Est. Elle se déroule en outre dans des conditions climatiques extrêmes, au cœur de l’hiver ukrainien, accentuant les contraintes logistiques et humaines.

Surtout, elle voit l’encerclement d’unités considérées comme d’élite par le régime nazi, au premier rang desquelles la 5. SS-Panzer-Division Wiking, dont la présence nourrit durablement la construction d’un récit héroïque centré sur la percée finale et l’évasion partielle de la poche.

Les auteurs rappellent toutefois que le chaudron de Tcherkassy est uniquement l’aboutissement local d’une vaste manœuvre soviétique visant à exploiter les succès obtenus sur le Dniepr moyen et inférieur. L’étude s’inscrit ainsi dans la continuité des travaux de Jean LOPEZ, qui replacent la bataille dans le cadre plus large des offensives soviétiques de l’hiver 1943/1944.

Construction du récit et apports thématiques

Le récit adopte une progression chronologique rigoureuse, ponctuée d’encarts thématiques clairement identifiés. Ceux-ci permettent d’éclairer les principaux acteurs et structures de commandement :

  • Ivan KONIEV et le 2e Front d’Ukraine
  • Nikolai VATOUTINE à la tête du 1er Front d’Ukraine
  • Otto WÖHLER et la 8. Armee
  • Le XXXXVII. Panzer-Korps et les divisions blindées qui lui sont rattachées
  • Le rôle du schweres Panzer-Regiment Bäke dans les tentatives de dégagement

Ces encarts suscitent une lecture transversale qui dépasse le simple déroulé des combats et permettent de comprendre la complexité du dispositif allemand, comme la coordination, parfois imparfaite, des fronts soviétiques.

Ukraine, guerre et héritages mémoriels

Dans la lignée de précédentes publications de 39/45 Magazine, les auteurs replacent les combats dans le contexte spécifique de l’Ukraine. Le rappel du traumatisme du Holodomor et des annexions soviétiques de 1939 permet de comprendre certaines attitudes locales, sans pour autant verser dans une lecture réductrice ou instrumentalisée.

Cette contextualisation nourrit une réflexion plus large sur la construction des récits de guerre. Les auteurs soulignent les biais récurrents de l’historiographie soviétique, marquée par la minimisation des échecs et des pertes, comme ceux de la mémoire allemande, longtemps centrée sur la supériorité tactique et la responsabilité exclusive d’HITLER dans les défaites.

Analyse critique et portée du numéro

Ce hors-série ne cherche pas à trancher à jamais la question du « succès » ou de « l’échec » de Tcherkassy. Il montre au contraire que l’objectif initial de la STAVKA (l’anéantissement de la 8. Armee) n’est pas atteint, tout en soulignant l’usure irréversible infligée aux forces allemandes. La comparaison implicite avec l’opération Uranus rappelle que la répétition d’un modèle ne garantit ni les mêmes résultats ni les mêmes effets stratégiques.

Sur la forme, le numéro respecte les codes Heimdal : texte dense en colonnes, repères visuels, cartes lisibles, iconographie abondante. L’effort cartographique et l’apport de profils couleurs signés Nicholas GOHIN renforcent la lisibilité de l’ensemble.


Conclusion

Ce premier volet consacré à Tcherkassy/Korsun remplit pleinement ses objectifs. Il propose une synthèse solide, nuancée et documentée d’une bataille souvent résumée à ses mythes. En replaçant l’affrontement dans la dynamique opérative de l’hiver 1943/1944, il propose un outil de référence utile, tant pour comprendre la campagne du Dniepr que pour appréhender l’évolution du rapport de force sur le front de l’Est.

À ce titre, ce numéro s’impose comme une base de travail durable, appelée à être complétée par le second volet de l’étude. Une contribution précieuse à la compréhension des combats de 1943/1944 en Ukraine, encore trop fréquemment éclipsés par les grands récits de 1941/1942 ou de l’été 1944.



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