Normandie 1944 Magazine n°42 (Heimdal, 2022)

Avec seulement trois articles au sommaire, Normandie 1944 Magazine n°42 fait le choix de dossiers particulièrement développés. Sword Beach le 6 juin 1944, le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 dans les premiers combats de la Panzer-Lehr-Division et les bombardements aériens alliés sur la Normandie offrent trois angles très différents sur la campagne. Leur rapprochement permet surtout d’interroger les méthodes de combat des deux camps, le poids de la puissance de feu alliée et les conséquences de la bataille sur les populations civiles.

Sommaire de Normandie 1944 n°42

  • Stéphane JACQUET, 6 juin 1944, la 3rd Infantry Division britannique débarque à Hermanville-sur-Mer (1ère partie), Then and Now
  • Frédéric DEPRUN, Le Pz.Gr.-Lehr-Rgt. 901 « Scholze » (2ème partie), le front de Tilly, juin 1944
  • François ROBINARD, Le soutien stratégique aux grandes attaques alliées en Normandie
  • Bibliothèque Bataille de Normandie (Les Normands dans la guerre, le temps des épreuves, 1939-1945)

Fiche technique

  • Année de parution : 2022
  • Éditeur : Heimdal
  • Rédacteur en chef : Georges BERNAGE
  • Langue : Français
  • Nombre de pages : 96

Présentation et recension

Trois dossiers pour trois regards sur la bataille de Normandie

Avec seulement trois articles, ce numéro de Normandie 1944 Magazine présente un sommaire particulièrement ramassé. Chacun dispose en contrepartie d’une pagination importante qui permet de développer les sujets bien davantage que dans une succession de contributions courtes.

L’ensemble couvre trois dimensions complémentaires de la bataille de Normandie. La première revient à l’échelle tactique sur le débarquement britannique à Sword Beach. La seconde suit le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 dans les premiers engagements de la 130. Panzer-Lehr-Division. La dernière élargit considérablement la focale en étudiant l’emploi des bombardements aériens massifs par les Alliés et leurs conséquences sur les villes et les populations normandes.

Sword Beach, derrière le succès du 6 juin 1944

Le premier dossier revient sur les combats de Sword Beach. Comparée à Omaha Beach, la réussite britannique du 6 juin 1944 peut donner l’impression d’une opération relativement facile. Les défenses côtières sont rapidement dépassées et les Allemands ne disposent pas des moyens nécessaires pour remettre en cause durablement la tête de pont.

Cette lecture a posteriori masque cependant les difficultés rencontrées sur le terrain. L’article montre notamment comment une résistance allemande très localisée peut ralentir et désorganiser la progression de la 3rd British Infantry Division. Quelques points d’appui et groupes encore capables de combattre suffisent à perturber un dispositif allié pourtant très supérieur en hommes et en moyens.

L’intérêt du sujet réside donc moins dans l’issue du combat, qui ne fait guère de doute, que dans l’écart entre le plan et son exécution. Le retard accumulé contribue notamment à empêcher les Britanniques d’atteindre Caen le 6 juin comme initialement prévu.

Le récit adopte principalement le point de vue britannique. Les réactions allemandes apparaissent surtout à travers leurs effets sur la progression alliée, les pertes, les engorgements et les retards. Une confrontation plus systématique des deux perspectives aurait probablement permis de mieux comprendre les mécanismes tactiques à l’œuvre.

L’iconographie mêle photographies officielles britanniques, clichés privés, cartes et photographies aériennes. Ces dernières permettent particulièrement bien de restituer la configuration du terrain. Malgré le « Then and Now » annoncé, les vues contemporaines restent en revanche assez peu nombreuses.

Le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 au cœur des premiers combats

Frédéric DEPRUN poursuit l’étude de la 130. Panzer-Lehr-Division entamée dans le numéro précédent en se concentrant cette fois sur le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 et son commandant Georg SCHOLTZE.

L’article combine plusieurs échelles. Il revient sur l’installation du commandement au château de Juvigny, puis suit les combats autour de Saint-Pierre et de Tilly-sur-Seulles. L’objectif allemand dépasse la simple stabilisation du front puisque les actions menées dans ce secteur s’inscrivent encore dans les tentatives visant à reprendre l’initiative et à menacer Bayeux.

Le dossier permet ainsi de replacer les engagements du régiment dans un ensemble plus vaste, entre les actions de la 12. SS-Panzer-Division Hitlerjugend et celles des autres éléments de la Panzer-Lehr-Division. Il illustre aussi la fragmentation rapide des unités allemandes en groupements engagés successivement selon les besoins du front.

Comme souvent dans les travaux de Frédéric DEPRUN, l’intérêt repose sur la précision de la reconstitution et sur le croisement des documents. Dessins réalisés à l’époque, photographies d’archives et vues contemporaines du château de Juvigny complètent notamment le récit.

Le parcours de Georg SCHOLTZE prolonge enfin le sujet au-delà de la Normandie. Écarté de son commandement par Fritz BAYERLEIN après l’échec de la contre-attaque, il prend ensuite la tête de la 20. Panzergrenadier-Division et participe aux derniers combats en Allemagne en 1945.

Bombarder pour ouvrir la voie aux forces terrestres

Le troisième dossier change totalement d’échelle en abordant les bombardements massifs employés par les Alliés en soutien des opérations terrestres.

François ROBINARD revient sur plusieurs épisodes majeurs de la campagne, de Caen avant Charnwood aux bombardements précédant Goodwood, Cobra, Bluecoat, Totalize, Tractable ou encore Astonia contre Le Havre. Leur rapprochement montre combien le recours aux bombardiers lourds devient un véritable outil opérationnel au cours de la bataille.

L’article dépasse ainsi la seule question de la destruction des objectifs militaires. Il revient sur la conception et la préparation de ces opérations, notamment sous l’influence des travaux de Solomon ZUCKERMAN, et interroge leur efficacité réelle sur le déroulement des combats terrestres.

Cette puissance de feu possède également un coût considérable pour les populations. Pendant près de trois mois, la Normandie constitue en même temps un champ de bataille et l’arrière immédiat du front. Aux destructions directement provoquées par les combats s’ajoutent celles des bombardements destinés à isoler la tête de pont, désorganiser les communications allemandes ou préparer les offensives.

Le sujet apporte ainsi une dimension indispensable à l’étude de la campagne. La libération de la Normandie ne peut pas se réduire à l’affrontement entre forces alliées et allemandes. Elle constitue aussi une épreuve particulièrement meurtrière pour les populations prises au milieu d’une bataille dominée par une puissance de feu croissante et qui laissera des traces dans l’après-guerre.

Quand le besoin de spectacle oriente l’historiographie

À Sword Beach, la planification alliée et la supériorité matérielle se heurtent aux aléas du terrain et à des résistances locales capables de provoquer retards et désorganisation. Avec le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 apparaît au contraire une armée allemande contrainte de réagir avec des moyens de plus en plus limités, en fragmentant ses unités et en recherchant localement l’initiative. Le troisième article montre enfin comment les Alliés utilisent leur supériorité aérienne et matérielle pour tenter de réduire cette incertitude par une concentration toujours plus importante de puissance de feu.

Cette opposition nourrit aussi les représentations postérieures de la bataille. Les actions tactiques allemandes, plus faciles à incarner à travers une unité, un chef ou un matériel, occupent une place importante dans l’historiographie. Les mécanismes qui fondent la supériorité alliée (planification, logistique, renseignement, coordination interarmes ou organisation des feux) se prêtent moins facilement au récit héroïque alors qu’ils jouent un rôle déterminant dans l’issue de la campagne.


Conclusion

Avec trois dossiers seulement, ce numéro de Normandie 1944 Magazine offre finalement une lecture plus riche que son sommaire resserré ne pourrait le laisser penser. Le débarquement à Sword Beach, les combats du Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 et l’emploi des bombardements massifs alliés permettent d’aborder la bataille de Normandie à trois échelles différentes. Au-delà de la qualité propre de chaque contribution, leur rapprochement éclaire surtout les différences de moyens et de méthodes entre les adversaires, tout en rappelant le prix payé par les populations civiles.



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