39/45 Magazine n°1 (Heimdal, 1983)

Paru en décembre 1983, le premier numéro de 39/45 Magazine s’inscrit dans un contexte marqué par la montée en puissance des commémorations du Débarquement et par l’essor de la presse spécialisée consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Centré principalement sur l’opération Overlord et la bataille de Normandie, il pose les bases d’une ligne éditoriale appelée à s’inscrire dans la durée, tout en offrant un témoignage intéressant de l’état de l’historiographie et des pratiques éditoriales au début des années 1980.

Sommaire de 39/45 Magazine n°1

  • Jean-Pierre BENAMOU, Le plan Montgomery
  • Pierre STUTIN, 5 juin 1944, la 21e Panzer
  • Pierre STUTIN, La stratégie du général Feuchtinger
  • Herbert FÜRBRINGER, Le pistolet MAS 35 Pistole P 625(f)
  • Herbert FÜRBRINGER, Pistolet automatique Walther P. 38
  • Georges BERNAGE, Les souvenirs de l’aiguille creuse, Étretat 1944, Étretat 1983…
  • Joe HOW, Baptême du feu
  • Herbert FÜRBRINGER, Première cigarette
  • YANK, l’hebdomadaire US
  • D’un chant à l’autre
  • Régis GRENNEVILLE, Wiederstandspunkt 223
  • News
  • Eric LESENEY, Saint-Aubin, une caméra sur la plage

Présentation et recension

Le début d’une révolution dans l’univers de la presse magazine spécialisée

Sorti en décembre 1983, ce premier numéro de 39/45 Magazine marque une rupture dans le paysage éditorial consacré à la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois, une revue périodique assume un positionnement entièrement centré sur ce conflit, sans chercher à embrasser l’ensemble de l’histoire militaire ni à s’inscrire dans une logique encyclopédique fermée.

Le projet porté par Georges BERNAGE s’appuie sur un contexte particulièrement favorable. Les commémorations du 40ᵉ anniversaire du Débarquement, prévues le 6 juin 1984, s’annoncent exceptionnelles. Les vétérans sont encore nombreux, disponibles, et la guerre froide, paradoxalement, facilite les échanges entre anciens adversaires. Le terrain normand se transforme en un lieu de mémoire vivant, structuré par les associations locales et de nombreux passionnés.

6 juin, bientôt quarante ans ! Plus d’un million et demi de visiteurs vont venir parcourir le champ de bataille l’an prochain en Normandie. Parmi eux, plus de quinze mille vétérans, peut-être vingt mille !

Georges BERNAGE, Editorial, 39/45 Magazine n°1

Cap sur l’opération Overlord, le 6 juin 1944 et la bataille de Normandie

Sans surprise, ce numéro inaugural se concentre largement sur le 6 juin 1944 et la campagne de Normandie. L’ancrage régional est évident, presque constitutif de l’ADN du magazine.

Jean-Pierre BENAMOU se penche sur l’élaboration du plan d’invasion, appelé opération Overlord. Il revient en premier sur l’élargissement de la zone d’invasion par rapport au plan initial du Cossac avant de développer le « Master Plan » présenté par Bernard MONTGOMERY le 7 avril 1944 à l’ensemble des principaux chefs alliés. Les lignes directrices et la planification qu’il contient se trouvent à l’origine de la controverse entre Britanniques et Américains.

Dès le 6 juin 1944, si le Débarquement est globalement un succès, tout ne se passe pas exactement comme prévu. La situation est évidemment bien plus dramatique pour les Allemands dont les hypothèses de résistance sur les plages se sont globalement effondrées. Les jours, puis les semaines passant, la situation se tend dans les états-majors alliés devant l’impression de stagnation face à la résistance de l’adversaire. La carte avec les projections initiales resurgit et alimente le débat sur l’incompétence supposée de Bernard MONTGOMERY dans la conduite des opérations…

De son côté, Pierre STUTIN décortique la décomposition de la 21. Panzer-Division. Il s’attarde sur ses engins d’origine française et les transformations « maison » réalisées par le Baukommando Becker. Cet article marque le début d’une longue liste de contributions au sujet de la 21. Panzer-Division au fil des décennies suivantes. L’article contient quelques erreurs, comme parler de trois bataillons de chars ou de l’arrivée en catastrophe de Panther. En fait, ces derniers ne rejoindront jamais la Normandie.

On remarque cependant l’utilisation et la reproduction dans un format mis à jour des documents de dotation de la 21. Panzer-Division avec l’utilisation des symboles allemands utilisés durant la Seconde Guerre mondiale, et non ceux employés par la suite au sein de l’OTAN. Ces documents originaux connaîtront un regain d’intérêt dans les années 2000 quand les archives allemandes seront plus facilement accessibles. Cette approche par les archives donne naissance, par exemple, à Panzer Marsch puis à Panzer Voran d’Alain VERWICHT une vingtaine d’années plus tard. Un concept entretenu par la suite par Jason MARK avec Kampfzone et Didier LAUGIER dont la revue Division Zeitung reflète cette passion pour un retour aux sources primaires.

Les vétérans au cœur du projet éditorial

Deux témoignages inaugurent également ce qui sera par la suite une grande tradition du magazine. Le premier décrit le parcours du Major Joe HOW de la 11th Armoured Division sur la cote 112 durant l’opération Epsom. Le second est rédigé par Herbert FÜRBRINGER, vétéran de la 9. SS-Panzer-Division Hohenstaufen, qui raconte son engagement dans le même secteur comme agent de liaison quelques jours plus tard.

Ce choix éditorial s’inscrit pleinement dans le contexte des années 1980, où la parole des acteurs directs reste encore largement accessible. Il contribue aussi à façonner une historiographie fortement marquée par la mémoire individuelle.

Bunkerarchéo, l’archéologie militaire

Ce numéro lance aussi la rubrique Bunkerarchéo avec l’étude de positions allemandes fortifiées. Son auteur, Régis GRENNEVILLE se penche plus particulièrement sur le Wiederstandspunkt 223 sur la plage de Querqueville à l’ouest de Cherbourg. Un choix assez original qui met en avant un ouvrage peu connu, mais très bien préservé encore des décennies plus tard, et finalement assez loin des fortifications plus mythiques du Mur de l’Atlantique face aux plages retenues par les Alliés pour débarquer.

Maquettisme et wargames, une convergence bien réelle avec l’Histoire, qui restera cependant assez éphémère dans l’histoire de 39/45 Magazine

Ce premier numéro aborde également le maquettisme à travers la présentation d’un Panzer VI Ausf. E Tiger proposé par la marque japonaise Nichimo, disparue en 2013. Quelques vues en noir et blanc du modèle fini illustrent le court article. À noter une remarque qui témoigne d’une difficulté réelle à l’époque de se procurer des kits étrangers, notamment japonais, en France. À leur rareté se conjugue alors un prix prohibitif. La facilité du commerce en ligne, de la dématérialisation des paiements et la mondialisation des flux ne sont pas encore d’actualité.

Côté wargames, c’est le jeu B-17 Queen of the Skies d’Avalon Hill qui est à l’honneur. Là aussi, la description est succincte et se contente en partie de reproduire la description en anglais au dos de la boîte.

Le traitement reste toutefois superficiel, et cette ouverture ne survit pas durablement dans la ligne éditoriale du magazine, qui se recentre rapidement sur l’histoire opérationnelle. On la retrouve ensuite dans des magazines spécialisés : Histoire & Maquettisme chez Heimdal, Steelmasters et Wingmasters chez Histoire & Collections, sans oublier Vae Victis.


Conclusion

Ce premier numéro porte en lui les ingrédients qui vont assurer le succès de 39/45 Magazine dans les années futures : un texte vivant et à la portée de tous, une large place donnée aux photos d’archives ainsi que quelques clichés comparatifs contemporains des mêmes lieux, des cartes simples mais explicites, et la mise en valeur des vétérans.

La filiation avec les premiers ouvrages consacrés à la bataille de Normandie par les éditions Heimdal est évidente, que ce soit Normandie 1944, Les Panzers d’Eric LEFEVRE ou Le Mur de l’Atlantique en Normandie de Rémy DESQUESNES.

Particularité de ce premier opus, et des deux suivants, le texte et les légendes des photos se veulent trilingues (français, anglais et allemand). Cette contrainte rend la mise en page complexe et ne facilite pas l’expérience de lecture, sans parler du fait que les lecteurs peuvent avoir la sensation qu’une partie du magazine est inutile à leurs yeux.

Quelques annonceurs sont présents et reflètent les acteurs de l’époque. On y trouve ainsi l’éditeur francophone de wargames, Jeux Descartes avec une publicité pour le premier volume consacré à la 2ᵉ division blindée française et qui traite des combats dans la forêt d’Écouve et pour Alençon face notamment à la 9. Panzer-Division. Les Presses de la Cité sont également présentes avec un aperçu des titres parus dans la collection « Troupes de choc », bien connue des amateurs à cette époque.

Son contenu ne rend pas sa possession indispensable, sauf pour les vues d’alors d’Étretat et du point d’appui de Querqueville, témoins de leur état au début des années 1980. Les sujets évoqués seront largement évoqués par la suite dans de nombreuses publications et mises à jour avec de nouveaux angles de vue.

Par conséquent, ce numéro constitue avant tout un jalon historiographique. Il témoigne d’un moment où la Seconde Guerre mondiale se diffuse auprès du grand public par la presse spécialisée, à une époque où la lecture reste centrale et où le magazine s’impose comme une alternative plus fluide et plus accessible que le livre.



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