Avec ce n°395, 39/45 Magazine livre un numéro passionnant, riche en détails, tant dans le texte que dans l’iconographie. Loin des sujets qui font habituellement les gros titres de la presse spécialisée, une belle manière de creuser l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale et de s’écarter d’opinions convenues, souvent biaisées.
Sommaire de 39/45 Magazine n°395
- Frédéric DEPRUN, Un simple marsouin du 23ᵉ RIC (1ʳᵉ partie), sur la ligne Maginot, 10-18 mai 1940
- Charles TRANG, SS-Kampfgruppe Meyer : biographie de ses officiers
- François de LANNOY, Le Generalfeldmarschall von Weichs et le désastre de Stalingrad
- Georges BERNAGE, Le Kessel de Korssun-Tscherkassy, mensonges et contre-vérités
- Bernard LAMORLETTE, Les prémices de la division Prinz Eugen : les Volksdeutshe de Croatie et du Bahat
- Sébastien HERVOUET, Malte 1942 : la forteresse imprenable
- Nicolas BUCOURT, Opération Chariot, The Greatest Raid of All
- Georges BERNAGE, L’affaire Staline, un livre évènement de Giles Milton
- Nous avons lu pour vous (Dictionnaire des généraux français de la Seconde Guerre mondiale, Opération duc de Windsor)
Fiche technique
- Éditeur : Heimdal
- Rédacteur en chef : Georges BERNAGE
- Langue : Français
- Nombre de pages : 96
- Année de parution : 2026
Présentation et recension
Frédéric DEPRUN, de Normandie 1944 à France 1940, une méthode qui ne change pas
Auteur bien connu des lecteurs de Normandie 1944 Magazine pour ses épais dossiers consacrés aux divisions allemandes engagées sur le front de l’invasion, qui forment depuis longtemps l’ossature de chaque numéro trimestriel de la revue, Frédéric DEPRUN s’échappe ici de son champ d’étude habituel pour aborder le parcours d’un marsouin du 23e Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC).
Si le champ d’étude diffère de ses contributions à l’historiographie de la bataille de Normandie, la méthode et la forme portent clairement la patte de l’auteur. Comme dans ses articles pour Normandie 1944 Magazine, il agrège des sources variées et s’appuie sur une iconographie diversifiée : archives officielles et privées, cartes postales, photographies contemporaines des lieux, sans oublier les habituelles vues d’en haut sur fond de photographies aériennes IGN prises peu après la guerre. Les souvenirs du marsouin, consignés au fil des ans par son petit-fils, servent de trame de fond.
Le début de l’article présente le marsouin qui sert de fil conducteur au récit. Son histoire tourmentée l’amène à s’engager comme matelot. Las, toujours en délicatesse avec la propriété d’autrui, son contrat est résilié et il vit de petits boulots de 1935 jusqu’à sa mobilisation à partir du 24 août 1939. Il témoigne ainsi de l’arrivée des autorités militaires dans l’usine où il travaille ce jour-là. Il intègre alors le 23e RIC et rejoint son secteur de déploiement sur la ligne Maginot, près de Bitche. À noter que cette unité est celle dans laquelle sert un certain François MITTERRAND.
Durant la drôle de guerre, le régiment, intégré à la 3e Division d’Infanterie Coloniale (DIC), rejoint le secteur d’Inor, près de Montmédy. Après l’évocation des activités de la troupe et celle des chiens de liaison durant ces longues semaines de faible activité, le texte devient plus précis et opérationnel à partir du 10 mai 1940. Rapidement, les Allemands repoussent les Français en direction de l’ouvrage de La Ferté, au niveau d’Inor.
Le témoignage décrit plus particulièrement les journées des 15 et 16 mai 1940, au cours desquelles il est capturé par les hommes de la 71. Infanterie-Division. Il participe ensuite au ramassage des blessés et des morts dans les jours suivants.
Kharkov 1943 et les officiers de la Kampfgruppe Meyer
Les opérations autour de Kharkov en février et mars 1943 comptent parmi les combats les plus documentés de l’historiographie du front de l’Est. Cependant, comme souvent, les travaux se concentrent sur les principaux mouvements, laissant les détails dans l’ombre.
En l’occurrence, Charles TRANG, poursuivant une logique déjà éprouvée dans Normandie 1944 Magazine n°58, et plus largement dans l’ensemble de ses travaux, se penche sur le parcours des officiers ayant conduit la bataille. Après avoir décrit les combats de la Kampfgruppe Meyer du 11 au 17 février 1943, durant lesquels elle sillonne le terrain au sud de Merefa, l’auteur dresse le portrait des principaux officiers.
Certains sont particulièrement connus de l’historiographie pour les rôles qu’ils tiennent par la suite, ainsi que pour des carrières militaires qui doivent parfois beaucoup à ces combats.
Le premier d’entre eux est évidemment Kurt MEYER. On notera la mention des crimes de guerre commis quelques jours plus tard, dont 240 personnes brûlées vives dans une église. Faute de reconnaissance officielle, le conditionnel est employé, la responsabilité étant parfois attribuée à Joachim PEIPER. Le sujet apparaît en revanche plus clair concernant le massacre des prisonniers canadiens les 7 et 8 juin 1944 en Normandie. Max WÜNSCHE figure également parmi les personnalités connues du groupe, tout comme Gustav KNITTEL, qui prendra la tête de l’une des Kampfgruppen de la 1. SS-Panzer-Division dans les Ardennes et porte la responsabilité de plusieurs massacres.
D’autres le sont beaucoup moins, en dehors d’un cercle de spécialistes : Horst von BÜTTNER, Gerd BREMER, Hermann WEISER, Karl BÖTTCHER, Erich OLBOETER, Georg ISECKE, Georg WEIBGEN, Arnold JÜRGENSEN, Wilhelm BECK, Ludwig LAMPRECHT, Hans ASTHEGER et Helmuth HAAK.
Assurément, comme le souligne Charles TRANG, ce groupe de combat rassemble de fortes personnalités, partageant des convictions idéologiques communes et bénéficiant déjà d’une expérience significative. Il n’est pas surprenant que ceux qui survivent suffisamment longtemps poursuivent leur progression dans la hiérarchie et essaiment ensuite à la 12. SS-Panzer-Division ou à l’état-major de la 6. Panzer-Armee aux côtés de Sepp DIETRICH.
Cette densité de compétences s’étiole par la suite, ce qui contribue à expliquer la baisse de performance au combat de ce creuset de la Waffen-SS en Normandie, puis de manière encore plus marquée dans les Ardennes, où apparaît un déclin devenu rédhibitoire.
Outre les habituels clichés et portraits, l’article propose deux profils couleurs signés Nicholas GOHIN représentant la voiture de commandement de Kurt MEYER et un Panzer IV Ausf. G de la SS-Panzergrenadier-Division Leibstandarte SS Adolf Hitler.
Von WEICHS, le commandant en chef oublié de Stalingrad
Après quelques années d’interruption, François de LANNOY reprend désormais régulièrement ses portraits pour 39/45 Magazine. Cette fois, plutôt que de brosser de nouveau celui de Maximilian von WEICHS, il se penche plus spécifiquement sur son rôle lors de Fall Blau et des combats pour Stalingrad.
En effet, il commande l’Armee-Gruppe von Weichs au début des opérations en direction de Voronej, sous la supervision de la Heeresgruppe Süd de Fedor von BOCK. Ce dernier est démis de ses fonctions le 15 juillet 1942 et son groupe d’armées est alors scindé en deux : la Heeresgruppe A, sous les ordres de Wilhelm LIST, doit se charger du Caucase, tandis que la Heeresgruppe B, confiée à von WEICHS, se voit assigner la sécurisation du Don et la conquête de Stalingrad.
Il conserve ce commandement jusqu’au 9 février 1943, date à laquelle il est placé dans la réserve. Par conséquent, il est effectivement en charge de l’ensemble des opérations de l’été jusqu’à la chute de Stalingrad début février. Son nom revient relativement peu souvent dans l’historiographie, à la différence de ceux de Friedrich PAULUS, Adolf HITLER et Erich von MANSTEIN dans l’enchaînement des faits qui conduisent à la catastrophe sur le Don et sur la Volga.
Malgré cet échec, il reçoit le titre de Feldmarschall le 1er février 1943, un jour après Friedrich PAULUS.
Le texte se borne cependant à relater le fil des opérations militaires tout au long du second semestre 1942 et lors de la fin de la poche de Stalingrad. Il insiste néanmoins sur deux circonstances atténuantes. La première consiste à rappeler que la Heeresgruppe B se voit privée de la moitié de son ravitaillement en août, au profit de la Heeresgruppe A chargée de s’emparer du Caucase et surtout des champs pétrolifères. La seconde souligne qu’il identifie bien le danger qui menace ses flancs durant l’automne et qu’il reçoit d’ailleurs des renforts à plusieurs reprises. Dans l’affaire de Stalingrad, il apparaît néanmoins relativement effacé.
Le sujet mériterait pourtant d’être largement plus approfondi en réexaminant les ordres et les archives allemandes, car il se situe au cœur des arbitrages opérés par les Allemands, coincés entre le manque de troupes, les objectifs divergents imposés par le Führer et la réaction de l’Armée rouge, qui met en place puis déroule son plan.
L’article contient les habituelles photographies, dont des clichés en couleurs du fanion de voiture de von WEICHS, ainsi que quelques cartes modernisées et colorées par Bernard PAICH.
Volksdeutsche de Croatie
De son côté, Bernard LAMORLETTE propose un long article sur l’embrigadement des Croates d’origine allemande qui forment l’ossature de la 7. SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division Prinz Eugen. Cela complète son ouvrage à paraître, rédigé avec l’aide de Pierre TIQUET.
L’auteur rappelle que les premiers Croates d’origine allemande se portent volontaires pour intégrer l’armée du Troisième Reich dès le début de la Seconde Guerre mondiale. L’invasion des Balkans avec l’opération Marita accélère le mouvement avec la constitution d’une première unité de sécurité appelée Einsatzstaffel, dont la tenue se rapproche progressivement de celle de la Waffen-SS. La pression des autorités allemandes se fait ensuite de plus en plus pressante.
L’article comporte un texte finalement assez succinct, accompagné de deux portraits en encart, ceux de Branimir ALTGAYER, condamné à mort et exécuté après la guerre, et de Josef Sepp JANKO, qui parvient à s’échapper et à s’exiler en Argentine. Les illustrations occupent une place particulièrement importante et originale, avec des clichés rares ainsi que des reproductions de documents et d’objets d’époque.









Conclusion
Dans un sommaire varié, le lecteur retrouve également Sébastien HERVOUET, qui présente les vestiges entretenus et visitables de la présence britannique à Malte durant la Seconde Guerre mondiale. On y découvre notamment les salles du cabinet de la guerre avec leurs grandes cartes de situation sur des murs particulièrement hauts de plafond.
La rubrique des actualités se concentre sur la conception et la construction du monument commémoratif érigé au National Memorial Arboretum d’Alrewas, près de Birmingham, en Angleterre. Une occasion de passer brièvement en revue le succès de l’opération Chariot sur Saint-Nazaire en 1942.
Enfin, Georges BERNAGE partage l’intérêt porté à la lecture de l’ouvrage de Giles MILTON, L’affaire Staline, traduit en français aux éditions Noir et Blanc. À travers les questions qu’il pose au Britannique, on découvre l’itinéraire de quelques personnages clés qui cimentent l’alliance contre nature entre Britanniques, Américains et Soviétiques. Une histoire à redécouvrir avec un regard renouvelé à la lumière des événements actuels à l’est de l’Europe, qui invitent à reconsidérer une historiographie longtemps trop complaisante envers l’URSS, Joseph STALINE et leur rôle durant la Seconde Guerre mondiale.
Un numéro original, loin des sujets qui font traditionnellement la une des magazines consacrés à la Seconde Guerre mondiale, et surtout passionnant.




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