Publié en 2024 par Multi-Man Publishing, Basic Training Issue 1 inaugure un périodique entièrement consacré à l’univers des Starter Kits d’Advanced Squad Leader. Conçu à la fois comme un outil d’apprentissage, un espace d’analyse et un support de nouveaux scénarios, ce premier numéro illustre la volonté de l’éditeur de consolider cet écosystème devenu en vingt ans une porte d’entrée majeure vers le système ASL.
Sommaire de Basic Training Issue 1
- The Umpires’ View
- Guides to Learning SK
- S2 War of the Rats
- Run Away!
- Rout Basic Training
- Two Halves Make a Hole
- If… Then… Elst
- Mark STEVENS, Solo ASL Starter Kit
Fiche technique
- Éditeur : Multi-Man Publishing
- Rédacteur en chef : Perry COCKE & Brian HOUSE
- Langue : Anglais
- Nombre de pages : 46
- Année de parution : 2024
Présentation et recension
Les Starter Kits : répondre au défi de l’apprentissage
En 2004, Multi-Man Publishing introduit un concept qui peut paraître surprenant dans l’univers d’ASL : la gamme Starter Kits. Lorsque Advanced Squad Leader paraît en 1985, l’objectif est pourtant de proposer un système complet et homogène fondé sur le succès de Squad Leader, tout en évitant le piège des extensions successives qui finissent par se contredire. Avec une base solide de joueurs issus de Squad Leader, ce pari semble alors réalisable : nombre d’entre eux maîtrisent déjà les principes essentiels du système.
La situation est cependant très différente pour les nouveaux joueurs. Ceux-ci doivent souvent surmonter la crainte d’avoir à assimiler un volumineux classeur de règles et à investir lourdement avant même de jouer un premier scénario. Dans les faits, seuls les chapitres A (jeu de base et infanterie) et B (terrain) suffisent pourtant pour commencer.
La question de l’apprentissage apparaît d’ailleurs dès les débuts d’ASL. Le module Paratrooper, publié après l’indispensable Beyond Valor, se veut déjà une introduction au système. Cette solution reste cependant imparfaite : elle suppose toujours la possession du classeur de règles et des segments de cartes 1 à 4.
Élargir la base de joueurs
Une vingtaine d’années plus tard, après le sauvetage d’ASL par Multi-Man Publishing, le renouvellement des générations et l’élargissement de la communauté des joueurs deviennent des enjeux centraux pour la pérennité du système.
Le contexte a profondément évolué. Les jeux sur ordinateur – Steel Panthers par exemple – puis les plateformes en ligne concurrencent désormais les jeux de plateau. Par ailleurs, plusieurs systèmes tactiques consacrés à la Seconde Guerre mondiale apparaissent sur le marché. Beaucoup s’inspirent d’ASL tout en proposant une prise en main plus immédiate.
Fort de ce constat et de l’expérience accumulée depuis la sortie de Squad Leader en 1977, MMP lance en 2004 un premier Starter Kit, suivi dans les années suivantes de trois autres modules.
Une progression pédagogique maîtrisée
Pour limiter l’investissement initial, chaque boîte contient tout le nécessaire pour jouer. Afin d’éviter les contradictions apparues à l’époque de Squad Leader et de ses « gamettes », les règles des quatre Starter Kits sont conçues pour se compléter progressivement. Chaque livret met en évidence les ajouts par rapport à la version précédente.
L’apprentissage suit ainsi une progression claire :
- Les règles de base et l’infanterie
- Les canons
- Les véhicules et blindés
Plus spécifique, le quatrième volume introduit le théâtre d’opérations du Pacifique. L’ensemble reste très accessible : le premier livret compte douze pages de règles et le dernier quarante-huit, ce qui reste sans commune mesure avec le classeur complet d’ASL.
La constitution d’un véritable univers Starter Kit avec son propre périodique
MMP ne se limite toutefois pas à publier ces boîtes conçues comme un parcours d’apprentissage. Progressivement, un véritable univers se développe autour des Starter Kits.
Des scénarios additionnels apparaissent dans les périodiques de l’éditeur, tandis que des packs et des campagnes historiques spécifiques sont publiés. Les Starter Kits deviennent ainsi une famille à part entière : une forme d’ASL plus accessible qui peut se suffire à elle-même, servir de porte d’entrée vers le système complet ou constituer un format plus rapide pour des joueurs expérimentés recherchant une expérience de jeu plus fluide.
ASL dispose depuis longtemps de son propre périodique, l’ASL Journal, et plusieurs autres systèmes publiés par MMP ou The Gamers possèdent également leurs revues. Dans ce contexte, la création d’un périodique spécifiquement consacré aux Starter Kits apparaît logique.
C’est l’objectif de ce premier numéro de Basic Training, qui comprend également quelques pions, des aides de jeu et douze scénarios.
Dans leur éditorial, Perry COCKE et Brian HOUSE prennent d’ailleurs soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’un ASL Journal au rabais : l’ambition est à la fois d’introduire l’univers des Starter Kits et de contribuer à son développement.
L’analyse d’une partie : War of the Rats
Le premier article présente logiquement l’univers ASL SK ainsi qu’une liste des segments de cartes propres à cette gamme.
Le second propose l’analyse détaillée d’une partie du scénario S2 – War of the Rats, qui se déroule à Stalingrad le 26 septembre 1942. Il oppose la 94. Infanterie-Division allemande à la 62e Armée soviétique.
Le nombre de pions reste modeste, mais met en œuvre plusieurs éléments caractéristiques du système : mitrailleuses, lance-flammes et charges de démolition. L’ensemble rappelle l’esprit des premiers scénarios de Squad Leader.
Sur vingt-deux pages, les lecteurs suivent le déroulement et l’analyse de cinq des six tours que compte le scénario. Les deux joueurs commentent leurs décisions tandis qu’un observateur neutre apporte un regard complémentaire. Ce type de compte rendu permet de comprendre concrètement les mécanismes du jeu et la manière dont ils sont exploités par des joueurs expérimentés.
La gestion du risque — inhérente à tout wargame, et particulièrement à ASL — apparaît ici très distinctement. Les unités ne sont pas dissimulées, mais chaque jet de dés introduit son lot d’incertitude et de tension dans une logique bien particulière, comme l’explique l’article qui suit ce récit de partie.
Dés, probabilités et prise de décision
Effectivement, l’article suivant prolonge cette analyse en abordant la question des dés et des probabilités. Le propos rappelle que le wargame ne repose pas uniquement sur la chance.
Durant la partie étudiée, chaque joueur effectue ainsi quarante-huit lancers de dés. Les moyennes obtenues restent très proches. Ce qui fait la différence réside davantage dans les caractéristiques des unités et dans les probabilités associées aux différentes actions.
La clé réside donc moins dans la chance que dans la capacité des joueurs à intégrer le risque, saisir les opportunités et éviter de s’exposer inutilement à un résultat catastrophique. Le jet de dés constitue finalement une friction, un aléa inhérent à la guerre avec lequel il faut composer.
Quelques mécanismes fondamentaux
Deux autres articles abordent des points précis des règles :
- La retraite consécutive à l’échec d’un test de moral
- L’emploi des demi-groupes (Half-Squads)
Le test de moral constitue l’un des mécanismes essentiels hérités de Squad Leader. Il simule la capacité des soldats à continuer le combat et à s’exposer au feu ennemi plutôt qu’à rester à couvert. Le niveau intrinsèque des troupes et la présence de chefs jouent donc un rôle déterminant.
Le numéro évoque également la première campagne historique Starter Kit, Decision at Elst, située aux Pays-Bas en septembre 1944 au sud d’Arnhem, dans le cadre de l’opération Market Garden.
Jouer en solitaire
Le dernier article aborde la pratique solitaire du wargame appliquée aux Starter Kits. Mark STEVENS souligne au passage l’excellent travail réalisé par les auteurs des livrets de règles, capables de condenser en quelques pages des concepts qui occupent bien plus d’espace dans le classeur d’ASL.
Si ASL SK se joue normalement à deux, une pratique solitaire reste possible, moyennant quelques adaptations.
L’auteur rappelle notamment la primauté du mouvement sur la destruction dans ASL : atteindre les objectifs tout en évitant d’être démoralisé ou éliminé par le feu adverse. Il recommande ainsi de déplacer ses unités en exploitant au maximum les couverts et les obstacles, voire des artifices comme les fumigènes.
La principale difficulté concerne la dissimulation des unités, impossible lorsque le joueur contrôle les deux camps. L’auteur suggère alors de ne pas utiliser cette règle et de compenser cet avantage par un mécanisme aléatoire supplémentaire afin de maintenir l’équilibre de la partie.
Contrairement à ASL, qui dispose d’une variante officielle pour le jeu solitaire, aucune règle spécifique n’existe pour les Starter Kits. Rien n’empêche toutefois cette pratique, et les recommandations proposées ici offrent des pistes intéressantes pour s’y essayer.




Scénarios
Ce numéro comprend douze scénarios d’une grande diversité. Ils couvrent l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale en Europe, à l’exception des campagnes de Pologne en 1939 et à l’Ouest au printemps 1940, ainsi que la Tunisie. Les joueurs peuvent ainsi toucher du doigt le potentiel d’Advanced Squad Leader tout en conservant un côté accessible avec la dimension Starter Kit. Les scénarios proposés restent tous assez simples et courts en mettant un volume de pions relativement limité. Certains sont particulièrement brefs, à l’image de celui qui simule la libération de Benito MUSSOLINI à Gran Sasso, les combats à Anzio ou à Munich.
Simplicité ne signifie pas seconde division puisque les sujets abordés concernent quelques combats et opérations emblématiques comme l’opération Merkur en Crète, Stalingrad, Prokhorovka, Caen, Stoumont dans les Ardennes avec le blocage définitif de l’avance de la Kampfgruppe Peiper dans les Ardennes.
Côté matériels, les joueurs sont également comblés puisque les scénarios proposés permettent de mettre en œuvre des engins et des canons également symboliques du conflit en Europe.
- S104 – Paratrooper’s Hell (20 mai 1941, Modhion, Crète, opération Merkur, 5,5 tours)) : Néo-Zélandais (2nd New Zealand Division), éléments de la CREFORCE et civils grecs contre Allemands (7. Flieger-Division) [sections de carte p et v, 44 pions hors marqueurs, dont Cannone da 75/27]
- S105 – Steppe Toward Oblivion (20 novembre 1942, secteur de Golovsky, opération Uranus, 4,5 tours) : Roumains (15e Division d’infanterie roumaine) et Allemands (appui) contre Soviétiques (4e Corps de chars de la 21e Armée) [section de carte t, 53 pions hors marqueurs, dont Bofors 37 mm, 5 cm Pak 38, 7,5 cm Pak 40, T-34/76 M43 et T-34/76 M41]
- S106 – Storm Group Sedelnikov (4 décembre 1942, Stalingrad, 5 tours) : Allemands (295. Infanterie-Division) contre Soviétiques (13e Division de fusiliers de la Garde soviétique) [section de carte z, 53 ou 54 pions hors marqueurs en fonction de l’option choisie, dont lance-flammes et charges de démolition]
- S107 – Von Arnim Unloads (26 février 1943, Sedjenae, Tunisie, opération Ausladung 1943, 6 tours) : Français Libres (Corps franc d’Afrique) et Britanniques (46th Infantry Division) contre Allemands (Division von Manteuffel) et Italiens (10º Reggimento bersaglieri de la 1ª Divisione fanteria Superga) [sections de carte t et v, 73 pions hors marqueurs, dont charges de démolition]
- S108 – Panzerkeil at Prokhorovka (12 juillet 1943, Prokhorovka, opération Zitadelle, 7,5 tours) : Soviétiques (9e Division aéroportée de la Garde soviétique, 29e Corps de chars soviétique) contre Allemands (SS-Panzergrenadier-Division Leibstandarte SS Adolf Hitler) [sections de carte t, v et x, 98 pions hors marqueurs, dont charges de démolition, lance-flammes, Sturmhaubitze StuH 42, Panzer IV Ausf. F2, Panzer VI Ausf. E Tiger, Panzer IV Ausf. H, Sturmgeschütz StuG III Ausf. G, T-34/76 modèle 43, T-34/76 modèle 41, canon antichar de 57 mm modèle 43 ZiS-2, canon divisionnaire de 76 mm]
- S109 – Checking Out of Gran Sasso (12 septembre 1943, Gran Sasso, 3,5 tours) : Italiens (Benito MUSSOLINI et carabinieri) contre Allemands (SS-Jäger-Bataillon 502) [section de carte w, 32 pions hors marqueurs dont planeurs]
- S110 – Trapping Edelweiss (2 mars 1944, Shapkozero, Carélie, 8,5 tours) : Soviétiques (250e Division de fusiliers de la 26e Armée) contre Allemands et volontaires finlandais (6. SS-Gebirgs-Division Nord) [sections de carte u et x, 47 pions hors marqueurs dont lance-flammes, canon antichar de 45 mm]
- S111 – Barfoot (23 mai 1944, Anzio, 3,5 tours) : Américains (45th US Infantry Division) contre Allemands (3. Panzergrenadier-Division) [section de carte x, 33 pions hors marqueurs dont Bazooka et Panzer IV Ausf. H]
- S112 – A job for Commandos (11 juin 1944, Le Hamel, 5,5 tours) : Allemands (12. SS-Panzer-Division Hitlerjugend) contre Britanniques (No. 46 (Royal Marine) Commando) [sections de carte v et y, 26 pions hors marqueurs dont charges de démolition]
- S113 – Lytle too much (18 juillet 1944, est de Caen, opération Goodwood) : Allemands (346. Infanterie-Division) contre Britanniques (3rd Infantry Division) [section de carte q, 27 pions dont canon divisionnaire de 76 mm modèle 39]
- S114 – Blunting the spearhead (19 décembre 1944, Stoumont, Belgique, Ardennes, 6,5 tours) : Américains (30th US Infantry Division, 823rd US Tank Destroyer Battalion, 143rd US Anti-Aircraft Artillery Gun Battalion) contre Allemands (1. SS-Panzer-Division, Kampfgruppe Peiper) [section de carte p, 69 pions hors marqueurs dont Bazooka, Panzerschreck, Medium Tank M4A3(76)W Sherman, Medium Tank M4A3E2 Sherman Jumbo, Medium Tank M4A3W Sherman, Panzer VI Ausf. B Königstiger, Panzer V Ausf. G Panther, Panzer IV Ausf. J, Antitank Gun M5 3-inch on M6 Carriage, Antiaircraft Gun M2 90mm)
- S115 – Task Force Sparks (28 avril 1945, nord de Munich, 4,5 tours) : Allemands (212. Volksgrenadier-Division) contre Américains (45th US Infantry Division, 191st US Tank Battalion) [section de carte x et y, 38 pions hors marqueurs dont Baz0oka, 5cm Pak 38, Medium Tank M4A1 Sherman)

Conclusion
Avec ce premier numéro de Basic Training, Multi-Man Publishing franchit une étape supplémentaire dans la structuration de l’univers des Starter Kits. Le périodique ne se contente pas d’ajouter quelques scénarios ou aides de jeu : il contribue à donner de la cohérence et de la profondeur à une gamme devenue en vingt ans une composante à part entière de la galaxie Advanced Squad Leader.
Les analyses proposées, en particulier autour du scénario War of the Rats et des mécanismes statistiques du système, procurent un véritable intérêt pour les joueurs déjà familiarisés avec ASL. Dans le même temps, la sélection de scénarios et l’approche pédagogique des articles rendent l’ensemble parfaitement accessible à ceux qui souhaitent découvrir le système ou progresser dans sa maîtrise.
Ce premier numéro remplit donc pleinement son rôle : accompagner l’apprentissage, enrichir la pratique et renforcer l’identité propre des Starter Kits au sein de l’écosystème ASL. Une initiative bienvenue qui trouve naturellement sa place aux côtés de l’ASL Journal dans la production éditoriale de Multi-Man Publishing.




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