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Interview de Benoît RONDEAU à l’occasion de la parution de son livre « Afrikakorps, l’armée de Rommel » (Tallandier, 2013)

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Benoit RONDEAU, avant de nous présenter votre prochain livre, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes et précisez vos axes de recherche sur la Seconde Guerre mondiale ? Et plus globalement ?

Je suis né à Caen, passionné par l’histoire militaire depuis toujours. Enseignant, j’ai également été chercheur pendant trois années à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Ma passion est avant tout la guerre du désert et la bataille de Normandie, mais je reste très intéressé par les opérations menées sur tous les fronts.

Votre prochain livre à paraître fin mars 2013 aux Editions Tallandier a pour objet l’Afrika-Korps, « l’armée de Rommel ». La guerre en Afrique du Nord est l’une des pages mythiques, voire légendaires, de la Seconde Guerre mondiale. Soixante-dix ans plus tard, quelles peuvent être les nouveaux axes de lecture de cette page d’histoire ?

L’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord souffre d’une double déformation. D’une part, on a longtemps sous-estimé l’importance majeure de ce théâtre des opérations (à l’exception, d’une certain manière, de certains auteurs britanniques), de même que le caractère décisif de la campagne subséquente en Tunisie. D’autre part, cette campagne est marquée par l’aura qui entoure l’Afrika Korps et son chef charismatique, le maréchal Rommel. Il convient donc de revenir sur ces deux aspects et de les questionner. Si les grandes lignes de la narration des batailles n’est pas remise en cause, il faut porter un regard neuf et objectif sur la guerre du désert. Entendons-nous bien: cela n’enlève bien sûr en rien l’aspect essentiel et décisif du front de l’Est.

L’Afrika-Korps a déjà fait l’objet de nombreuses parutions dans le passé. Comment souhaitez-vous vous différencier ?

Cette synthèse se veut exhaustive et prend en compte les apports de l’abondante historiographie en langue anglo-saxonne la plus récente. Les travaux en langue française ne sont pas si nombreux, certains sont datés, beaucoup présentent des erreurs factuelles. A ce jour, la meilleure synthèse sur la guerre du désert a été rédigée par Cédric Mas (Hors-Séries 6 et 8, Batailles & Blindés). Trop souvent, des a priori et des erreurs continuent d’être répétés et certains épisodes de la guerre en Afrique du Nord sont passés sous silence ou rapidement abordés : citons par exemple la retraite magistrale opérée par Rommel entre El Alamein et la Tunisie. Dans mon livre, la campagne de Tunisie n’est d’ailleurs pas survolée comme trop souvent dans les ouvrages portant sur l’Afrika Korps.
L’aspect humain de cette confrontation n’est pas oublié : le récit se veut vivant et je consacre un chapitre entier à la vie quotidienne dans le désert. Qu’est-ce que cela signifiait d’être un soldat pendant la guerre du désert ? L’équipement était-il adapté ? Quid des populations arabes, de leurs sentiments à l’égard des belligérants ?

Quels apports historiques nouveaux proposez-vous ?

Les combats sont bien connus, même si je rectifie une certaine vision communément admise de certains événements (Bir Hacheim et El Alamein, notamment). L’aspect stratégique de la campagne, trop souvent négligé, est abordé à plusieurs reprises : dans quel contexte Hitler a-t-il pris la décision d’intervenir en Méditerranée ?; l’importance de Malte… Ma réflexion embrasse à la fois les conséquences –politiques, stratégiques, militaires, logistiques…- qui auraient pu résulter de la conquête de l’Egypte par l’Afrika Korps et l’importance de la guerre en Afrique du Nord –et plus particulièrement de la campagne de Tunisie- dans le conflit pris dans sa globalité. Il convient aussi de questionner la légende de l’Afrika Korps et le mythe de la guerre sans haine, deux aspects qui constituent le thème d’une partie entière de mon ouvrage. Les crimes de guerre et un début de persécution des Juifs en Tunisie ne peuvent être passés sous silence…

En rédigeant ce livre, qu’est-ce qui vous a le plus étonné ?

Depuis un certain nombre d’années, je n’ai plus la même image des combattants allemands de la guerre du désert. L’empreinte du national-socialisme sur le prestigieux Afrika Korps est bien plus importante que mes lectures de jeunesse et les anciennes biographies dithyrambiques sur le « Renard du désert » ne l’ont longtemps laissé supposer.

Les évènements actuels et récents ont remis sur le devant la scène la guerre du désert. Quelles leçons peut-on retenir des combats de l’Afrika-Korps ?

Je reste toujours dubitatif devant toute forme d’analogie avec des événements contemporains. Les hommes, les situations et les moyens matériels et technologiques sont très différents. J’imagine mal Rommel sans l’épine que représente Malte, disposant de satellites et doté de blindés climatisés. Bien des journalistes, pas toujours bien au fait des réalités, se forcent à citer invariablement Rommel et l’Afrika Korps dès qu’un conflit survient sur quelques arpents désertiques, et ce dès la première guerre du Golfe en 1991. J’ai même lu une référence au LRDG dans un texte traitant de la guerre au Mali. Bien entendu, le désert impose des contingences tactiques qui traversent les générations. Quant aux combats de l’Afrika Korps, nul doute qu’ils soient étudiés avec soin dans toutes les écoles militaires.

Vous contribuez régulièrement à la presse magazine spécialisée (Champs de Bataille Seconde Guerre mondiale, 2ème Guerre Mondiale). Quel avenir voyez-vous à ce support ? Quels moyens permettent de surmonter la crise actuelle et plus globalement la concurrence de l’internet et des supports électroniques ?

Je suis très surpris de la multiplication des titres. Il y en a de trop, le meilleur côtoyant le pire. Quand j’étais étudiant, je n’avais guère à ma disposition que les hors-série de Militaria Magazine et 39/45 Magazine. Internet est bien sûr un sérieux concurrent, mais les deux supports ont leur place et leurs avantages. Gageons toutefois que la santé financière de certains magazines soit délicate. Actuellement, je ne travaille plus que pour 2e Guerre Mondiale magazine (à l’heure de cette interview, j’attends encore que l’autre revue me règle l’essentiel de mes piges…)

Il y a quelques décennies, les livres sur la Seconde Guerre mondiale tiraient très facilement à plusieurs milliers d’exemplaires. Comment conquérir aujourd’hui de nouveaux lecteurs alors que la distanciation historique et le recul offrent de nouvelles perspectives ?

La distanciation historique permet de traiter de la question avec moins de passion et d’a priori. Par ailleurs, il y a un renouvellement régulier des générations de lecteurs. Dans quelques années, un grand nombre de ces derniers n’auront bientôt jamais eu aucun contact direct avec cette guerre, faute de pouvoir échanger avec un membre de leur famille ou un vétéran témoin de ces heures tragiques. Néanmoins, l’intérêt demeure. Cette période de l’Histoire continue d’intéresser le plus grand nombre et je pense sincérement que les livres sur la Seconde Guerre mondiale ont de beaux jours devant eux.

Quels sont vos projets futurs ?

Je travaille actuellement sur des projets dans l’optique du 70e anniversaire du Débarquement et de la bataille de Normandie.


Grand merci à Benoît RONDEAU pour avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. L’histoire de l’Afrika-Korps méritait un petit toilettage historique sans concession grâce au recul du temps. C’est chose faite. Souhaitons à ce livre tout le succès qu’il mérite !


Boutique :


www.3945km.com – Des origines aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale, un siècle d’histoire militaire planétaire !

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  1. 27 mars 2013 à 10 h 03 min

    Merci pour cette intéressant interview.

  2. 28 mars 2013 à 12 h 28 min

    Bonjour et merci pour cette présentation. En effet, la guerre du désert a subi ces dernières années un vrai « lifting » historiographique, bonne nouvelle donc que cette synthèse en français de Benoît Rondeau.

    Et puisque est évoquée ici la question de la (non) rémunération des piges, « l’autre revue » est en effet coutumière du fait, pour rester poli et user d’un euphémisme, A suivre.

  3. 28 mars 2013 à 18 h 52 min

    Je confirme, et pourtant j’ai arrêté d’écrire pour ladite revue il y a déjà… 3 ans.
    Devinez pourquoi, entre autres…

  4. autricque
    3 avril 2013 à 16 h 34 min

    Enfin un nouveau document sur l’ Afrika-Korps, et en Français, merci Mr Rondeau pour cette nouvelle présentation

  1. 13 avril 2013 à 9 h 06 min
  2. 20 avril 2013 à 17 h 29 min
  3. 30 janvier 2016 à 10 h 31 min
  4. 6 décembre 2016 à 21 h 11 min

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