Science & Vie Guerres & Histoire collector hors-série Wehrmacht contre Armée rouge, le combat des géants (Reworld Media, 2025)

Dans ce numéro collector consacré au front de l’Est, Science & Vie Guerres & Histoire propose une synthèse accessible de l’affrontement titanesque entre la Wehrmacht et l’Armée rouge. Sous la direction de Jean LOPEZ et avec un texte principal de Michaël BOURLET, ce hors-série adopte un format proche du mook pour conjuguer récit militaire, mise en perspective historique et iconographie abondante. L’objectif est clair : rappeler les grandes dynamiques du conflit germano-soviétique tout en évitant les simplifications héritées de l’historiographie de l’après-guerre.

Sommaire de Science & Vie Guerres & Histoire collector hors-série Wehrmacht contre Armée rouge, le combat des géants

  • Préface
  • Introduction
  • La quête d’une illusoire victoire décisive : Barbarossa
  • La conquête de territoires pour continuer la guerre
  • 1943, l’année du basculement, l’effondrement
  • bibliographie indicative et non exhaustive
  • Sélection de témoignages

Fiche technique

  • Éditeur : Reworld Média / Glénat
  • Rédacteur en chef : Jean LOPEZ
  • Langue : Français
  • Nombre de pages : 176
  • Année de parution : 2025

Présentation et recension

La préface de l’inévitable maître Jean LOPEZ

Ce numéro s’ouvre sur une préface de deux pages de Jean LOPEZ, fin connaisseur de l’Armée rouge et des combats titanesques du conflit germano-soviétique.

L’auteur de la préface rappelle d’emblée plusieurs réalités longtemps occultées dans l’historiographie occidentale pour des raisons politiques, idéologiques ou mémorielles.

Il souligne notamment que :

  • Le Troisième Reich et l’URSS sont deux dictatures reposant chacune sur une idéologie totalisante visant à refaçonner le monde, l’une au nom de la race, l’autre au nom de la classe ;
  • Les deux régimes pratiquent déportations massives, violence politique et militarisation poussée ;
  • Chacun souffre également de faiblesses structurelles importantes.

Il insiste également sur deux points essentiels souvent mal compris :

  • La résistance inattendue de l’économie soviétique, rendue possible par l’évacuation et la relocalisation de plus d’un millier de sites industriels vers l’Est ;
  • La nature profondément idéologique de la guerre menée par la Wehrmacht, qui se révèle une armée d’extermination et de colonisation incapable de transformer l’hostilité initiale des populations soviétiques envers le régime communiste en collaboration durable au point de les pousser dans les bras des partisans.

Auteur lui-même d’un ouvrage de référence sur l’opération Barbarossa, il rappelle que l’étude de ce front ne peut jamais se limiter à la seule dimension militaire. Les facteurs économiques, sociaux et politiques constituent des clés de compréhension indispensables : une évidence que rappellent pareillement les conflits du XXIᵉ siècle, où la force brute ne suffit jamais à produire une victoire stratégique durable.

Le Front de l’Est, tentative de caractérisation

L’introduction s’attache ensuite à définir les spécificités du front germano-soviétique.

Elle revient notamment sur la notion de Grande Guerre patriotique, concept central dans la mémoire soviétique et russe. Celui-ci constitue une mémoire volontairement sélective : il efface le pacte germano-soviétique et retient seulement la période allant de juin 1941 à septembre 1945, y compris la campagne soviétique contre le Japon.

L’histoire de ce front ne se limite pourtant pas à une confrontation germano-soviétique. Elle implique également d’autres pays européens à des degrés divers.

Mais ce qui caractérise avant tout ce théâtre d’opérations reste son gigantisme.

Jamais auparavant l’humanité n’a mobilisé une telle masse d’hommes, de ressources et de matériels pour mener une guerre d’anéantissement.

L’introduction se conclut par un constat simple mais fondamental : l’affrontement entre ces deux régimes ne pouvait se terminer que par l’anéantissement de l’un des deux. L’issue du conflit redessine durablement la carte politique de l’Europe et continue d’influencer les tensions contemporaines à l’Est du continent, notamment en Ukraine, en Biélorussie, dans les États baltes ou en Moldavie.

Des opérations militaires

Pour traiter les opérations militaires, Michaël BOURLET adopte une périodisation relativement classique :

  • L’opération Barbarossa et la progression allemande jusqu’à l’offensive sur Moscou (opération Taïfun)
  • La recherche d’une victoire stratégique impossible, avec la poursuite de la guerre vers le Caucase, Stalingrad
  • La bascule de 1943, autour de la troisième bataille de Kharkov, de l’opération Zitadelle à Koursk et des combats en Ukraine et autour de Leningrad
  • L’effondrement allemand, marqué par l’opération Bagration, les offensives en Europe orientale, les combats en Hongrie, en Prusse orientale puis la marche finale sur Berlin

Cette segmentation peut être rapprochée de celle proposée par David GLANTZ, qui privilégie pour sa part une analyse fondée sur la maîtrise de l’initiative stratégique.

Un numéro grand public qui dépasse le seul récit militaire

L’objectif de ce hors-série reste bien sûr celui d’une vulgarisation qui se veut pédagogique, intégrant les perspectives les plus avancées de l’historiographie sans se contenter des traditionnels lieux communs.

Le format adopté se rapproche davantage du mook De la guerre, dont seulement quatre numéros sont sortis entre 2021 et 2024, que du magazine traditionnel :

  • Mise en page aérée
  • Photographies couleurs et en grand format
  • Texte relativement synthétique

Le résultat évoque aussi par certains aspects les grandes synthèses illustrées comme La Seconde Guerre mondiale en couleurs publiée par Larousse en 1984.

Afin d’élargir la perspective sans alourdir la lecture, de nombreux encarts thématiques ponctuent l’ouvrage, sous forme de notices brèves :

  • Le pacte germano-soviétique
  • Une chaîne de commandement complexe dans l’armée allemande
  • Le haut commandement soviétique
  • Front de groupe d’armée
  • Armée de la Garde
  • Les lignes Staline et Molotov
  • Le Dunkerque russe
  • Fury à Raseinai
  • Le sort des prisonniers soviétiques
  • Rudolph-Christoph von Gersdorff
  • L’aide américaine
  • Les femmes dans la guerre à l’Est
  • Le port-forteresse de Sébastopol
  • La limite de la mécanisation des armées, la cavalerie
  • La ville dans la guerre
  • Armée de choc et armée de chars
  • Paulus
  • La symphonie n°7 « Leningrad »
  • Le détachement naval K
  • L’opération aéroportée de Boukrine
  • Legion Espanola de Voluntarios
  • Le rôle des partisans
  • Les souffrances de la population soviétique
  • Une guerre raciale
  • Insurrection de Varsovie, opération « Tempête »
  • Le camp de Majdanek
  • Le siège de Budapest
  • L’art opératif
  • Pavel Rybalko
  • L’exode des populations civiles
  • Un déchaînement de violence
  • Campagne de Mandchourie

Conclusion

À la différence de son ouvrage très approfondi consacré à la bataille de Verdun, Michaël BOURLET livre ici une synthèse volontairement plus légère.

Pour autant, l’auteur évite le piège d’une simple narration des grandes opérations militaires. Les dimensions politiques, économiques et sociales du conflit sont régulièrement rappelées et contribuent à replacer les combats dans leur contexte global.

Le numéro participe ainsi à la remise en cause de certaines visions simplifiées héritées de l’après-guerre :

  • La tentative allemande de dissocier la Wehrmacht du régime nazi
  • La construction soviétique d’une mémoire héroïque occultant le pacte germano-soviétique ainsi que la continuité entre les annexions de 1939 et 1940 avec l’expansion soviétique de 1944-1945

La dimension systémique du front apparaît également clairement : les opérations menées sur un secteur influencent fréquemment l’ensemble du théâtre d’opérations.

La période charnière 1943/1944, souvent résumée à Kharkov et Koursk, se révèle en réalité beaucoup plus complexe. Les combats en Biélorussie et en Ukraine préparent en profondeur l’effondrement allemand de l’été 1944.

Au final, ce hors-série constitue une excellente porte d’entrée pour le grand public : un ouvrage accessible, richement illustré, qui rappelle avec clarté certaines subtilités historiques sans tomber dans l’érudition excessive. En bonus, on y trouve quelques sujets très peu connus comme l’évacuation de Tallinn en 1941, les combats autour de Leningrad fin 1942



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