Stavelot, La Gleize, le destin des Tiger de Peiper (Caraktère, 2015)

Hugues WENKIN et Christian DUJARDIN s’associent pour proposer un ouvrage exceptionnel sur les chars lourds de la Kampgruppe Peiper grâce à leur connaissance pointue de la bataille des Ardennes et de son terrain.

Sommaire de Stavelot La Gleize, le destin des Tiger de Peiper

  • Introduction
  • Le plan allemand
  • La 1. SS-Panzer-Division
  • La bataille de Stavelot et de Stoumont
  • Le Tiger II adapté au théâtre ardennais ?
  • Le cimetière des Tiger
  • Autopsie d’un fiasco
  • Roadbook

Présentation et recension

Une nouvelle ère dans les livres édités par Caraktère

En publiant ce livre, Caraktère cherche à se démarquer de ses premiers ouvrages édités dans la collection « Archives de guerre », qui constituent des recueils de photos et de profils couleurs, sans véritablement de contenu textuel, mis à part les légendes.

Stavelot-La Gleize, le destin des Tiger de Peiper se présente en effet sous la forme d’un véritable ouvrage qui agrège un texte étoffé et une iconographie en partie conçue spécifiquement. Volume inaugural de la collection « Panzer Battle Guide », qui ne se développera finalement pas davantage, il propose aussi, comme le sous-tend le label, de faire le lien entre les opérations décrites et une visite des lieux pour les touristes amateurs de retours sur le terrain.

Le format et la mise en page exploitent les recettes qui font le succès des périodiques de l’éditeur : aspect soigneux et moderne, textes accompagnés d’une très bonne iconographie, des cartes, des plans et des profils couleurs à profusion.

L’histoire revisitée de la Kampfgruppe Peiper

Les auteurs se penchent sur le destin de la Kampfgruppe Peiper dans les tous premiers jours de l’offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944. Destiné à percer rapidement les lignes américaines et à se frayer de force un chemin jusqu’à la Meuse, ce groupement blindé mixant des éléments de la 1. SS-Panzer-Division et de la schwere SS-Panzer-Abteilung 501 représente un poing blindé redoutable doté des chars allemands les mieux protégés et les plus puissants du moment avec plusieurs chars lourds Panzer VI Ausf. B Königstiger.

Le destin de cette colonne se joue pourtant en quelques jours et ses hommes se voient contraints d’abandonner leurs montures pour revenir à pied dans les lignes allemandes. Avec la non-prise de Bastogne, cet épisode reste l’un des deux échecs les plus connus et médiatisés par l’historiographie qui scellent le sort de la tentative allemande. Bien évidemment, la réalité est un peu plus complexe et la bataille des Ardennes demeure un affrontement particulièrement vaste et complexe dont l’analyse mérite de sortir des sentiers bien balisés immédiatement après-guerre par les écrits officiels.

À vrai dire, même l’histoire de la Kampfgruppe Peiper mérite d’être réexaminée, tant les raccourcis sont nombreux et les zones d’ombre demeurent.

Un ouvrage particulièrement agréable

Sur la forme, le livre est parfait, du « Caraktère » pur jus, sans la désagréable sensation de recyclage qui peut transpirer dans les ouvrages publiés ultérieurement. Clair, photos bien mises en valeur, profils couleurs variés et élégants, plans et schémas fort utiles à l’image de la représentation du Königstiger franchissant le pont de Stavelot ou le passage de Petit Spay. Idéal pour rendre compte des difficultés pour les Allemands à se frayer un chemin avec de tels engins dans un tel paysage. Nous sommes loin de l’avance de 1940 avec des engins bien plus petits et légers et surtout un adversaire qui ne cherche pas à résister coûte que coûte dans le massif des Ardennes.

Un parcours décortiqué dans le détail

Sur le fond, après avoir rappelé le contexte des opérations et présenté les acteurs (unités et principaux commandants allemands), les auteurs décrivent les combats du 16 au 24 décembre 1944. Les massacres auxquels se sont livrés les SS tout au long de leur parcours ne sont pas oubliés et bien rappelés.

Deux chapitres retiennent plus particulièrement l’attention. L’un pose la question de l’intérêt d’avoir lancé sur les routes des Ardennes un engin tel que le Königstiger. Assurément non sur la première partie du périple, mais le char lourd peut se révéler un véritable atout dans les plaines au-delà de la Meuse face aux chars alliés moins bien protégés et dont le canon a moins d’allonge. L’autre recense le destin des chars lourds de la Kampfgruppe Peiper. Et, surprise, une bonne partie d’entre eux sont détruits au combat et pas uniquement à cause de problèmes techniques et de panne sèche. Les auteurs s’appuient largement sur l’étude déjà publiée dans Trucks & Tanks Magazine nᵒ33 paru en 2012 qu’ils complètent et bonifient amplement.

Les lecteurs y trouvent également la destinée des Königtsiger qui composent la Kampfgruppe Peiper avec en support une carte localisant les épaves, sans compter un profil couleurs pour chacun d’entre eux.

Après un dernier chapitre sur les raisons d’un fiasco en guise de conclusion, le livre propose un road-book touristique pour retourner sur le terrain de la Kampfgruppe Peiper. Le roadbook se présente comme un GPS et inclut des indications pour l’itinéraire, des photos d’époque ainsi que des clichés contemporains des lieux.


Conclusion

Sur le fond et sur la forme, ce livre est indispensable pour tous les passionnés de la bataille des Ardennes de 1944 et plus généralement pour tous les amateurs de blindés allemands, avec un exemple de l’engagement d’un char puissant mais totalement inadapté à l’environnement dans lequel il est employé.

Si les auteurs publient par la suite des études complémentaires sur la Kampfgruppe Peiper, notamment un livre chez Heimdal combinant les 39/45 Magazine hors-série Historica n°105 et n°106 sortis en 2024, Stavelot-La Gleize, le destin des Tiger de Peiper demeure un ouvrage véritablement à part.



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