Normandie 1944 Magazine n°58 (Heimdal, 2026)

Le n°58 de Normandie 1944 Magazine propose un ensemble percutant d’articles consacrés aux combats de l’été 1944. De la Royal Canadian Air Force au sein de la 2nd Tactical Air Force aux Panther de la 9. Panzer-Division dans la poche de Falaise, en passant par une étude des cadres de la 17. SS-Panzergrenadier-Division, la revue confirme sa capacité à approfondir une bataille pourtant abondamment traitée par l’historiographie.

Sommaire de Normandie 1944 Magazine n°58

  • François ROBINARD, La Royal Canadian Air Force dans la 2nd Tactical Air Force (2e partie) (16 pages)
  • Charles TRANG, La « Götz von Berlichingen » : les commandants de ses régiments de grenadiers (24 pages)
  • Frédéric DEPRUN, Les Panther de la 9. Panzer-Division (3e partie), chronique d’un effondrement tactique en Normandie du 18 au 20 août 1944 (42 pages)
  • Stéphane JACQUET, Une pièce mythique de la bataille de Falaise (7 pages)
  • Les actualités en Normandie (8 pages)

Présentation et recension

Un dernier hommage à François ROBINARD

Comme pour le récent 39/45 Magazine n°394, ce numéro donne à lire un article posthume de François ROBINARD. L’émotion n’empêche pas la rigueur : la seconde partie de son étude sur la Royal Canadian Air Force au sein de la 2nd Tactical Air Force prolonge méthodiquement le travail amorcé dans le n°57.

Après les vols de reconnaissance sur Spitfire et la vie quotidienne sur les terrains avancés, l’auteur poursuit l’exploration des bases B3, B4, B8, B11, B18, B19, B20 et B21 utilisées par les squadrons RCAF (Nos 2, 4, 268, 401, 411, 412, 414, 430, 441, et 442). La dimension logistique et reconnaissance photo, souvent négligée dans les récits centrés sur les opérations aériennes, apparaît ici essentielle pour comprendre la capacité d’appui rapproché au profit des forces terrestres.

L’iconographie — profils couleurs et plans des Advanced Landing Grounds — reste fidèle aux standards du titre. Pour élargir la perspective sur les No 83 et 84 Groups de la 2nd Tactical Air Force, intégrant unités britanniques mais aussi canadiennes, françaises, belges, polonaises ou tchécoslovaques, on peut utilement se reporter à l’ouvrage de Gérard PALOQUE publié chez Heimdal en 2023.

Une analyse sociologique des commandants des régiments de grenadiers de la 17. SS-Panzergrenadier-Division Götz von Berlichingen

Plutôt que de reprendre un récit opérationnel classique, Charles TRANG choisit un angle prosopographique : l’étude de neuf officiers des Panzergrenadier-Regimenter 37 et 38 de la 17. SS-Panzergrenadier-Division Götz von Berlichingen.

Parmi eux figurent Jakob FICK, Christian REINDHARDT (capturé à Sainteny), Hans OPIFICIUS (blessé le 8 juillet 1944), Werner ZORN, Hans-Günther ULRICH (disparu en septembre 1944), Erwin HORSTMANN, Otto ERTEL, Karl NIESCHLAG ou encore Ernst BOLTE.

L’intérêt de la démarche réside dans la mise en perspective des trajectoires individuelles : formation, expérience antérieure, comportement au feu. L’exemple d’Erwin HORSTMANN — qui se suicide le 8 juillet 1944 pour éviter une cour martiale — illustre les tensions internes et les dérives tactiques d’unités engagées dans des combats d’usure face aux forces américaines, malgré l’expérience des cadres.

L’iconographie repose en partie sur des captures d’actualités filmées allemandes, au rendu très lisse. Certaines photographies offrent néanmoins des détails uniformologiques intéressants. On peut regretter l’absence de portraits dessinés ou de planches synthétiques à la manière de certaines collections anglo-saxonnes, qui auraient renforcé la dimension pédagogique, tels qu’Osprey Publishing peut en proposer dans sa collection Men-At-Arms !

Des Panther entre les mâchoires du loup

Le dossier central, signé Frédéric DEPRUN, constitue la pièce maîtresse du numéro. Il s’inscrit dans la continuité des travaux de l’auteur sur les unités blindées allemandes en Normandie, avec un soin particulier apporté aux archives, aux témoignages et aux recoupements.

La 9. Panzer-Division — dernière grande division blindée allemande engagée en Normandie — se trouve précipitée dans la tourmente après la percée américaine consécutive à l’opération Cobra. L’étude se concentre sur l’action des Panzer V Panther du 18 au 20 août 1944, dans le couloir d’évacuation de la poche de Falaise.

La présence de la 1st Polish Armoured Division sur la cote 262 pèse lourdement sur les tentatives allemandes. Une double page remarquable localise trente-neuf Panther photographiés détruits ou abandonnés entre les lignes Nécy–Argentan et Trun–Montormel : un travail cartographique précis, illustratif de la méthode de l’auteur.

Le texte revient également sur la capture du général Otto ELFEDT, commandant du LXXXIV. Armee-Korps, et suit les survivants jusqu’aux combats de la Seine, notamment face à la 5th US Armored Division du XV US Corps vers Dreux, Mantes et Louviers.

Le bilan pour l’Abteilung de Panther apparaît catastrophique : à peine quelques chars franchissent la Meuse…

Réapparition d’un porte-cartes quatre-vingts ans après les combats

Stéphane JACQUET adopte un format plus court mais original. À partir d’un porte-cartes réapparu en 2024, il remonte la trace d’un officier de la 277. Infanterie-Division.

Les annotations permettent de situer une ligne de front au 16 août 1944 sur l’Ante, affluent de la Dives, où apparaissent des éléments de la 12. SS-Panzer-Division, de la schwere SS-Panzer-Abteilung 102 et probablement du III. Flak-Korps. Ce micro-événement donne l’occasion de revisiter la bataille de Falaise.


Conclusion

Ce numéro confirme la solidité éditoriale de Normandie 1944 Magazine. Chaque article enrichit une historiographie abondante mais encore traversée par les récits mémoriels forgés par les anciens protagonistes.

Le niveau de détail, notamment sur les unités allemandes, impressionne toujours par la multiplicité des sources mobilisées. L’exploitation des archives et des témoignages demeure au cœur de la méthode. On ne peut s’empêcher de penser aux masses documentaires encore peu exploitées — par exemple les interceptions alliées réalisée par ULTRA — qui laissent entrevoir de nouveaux approfondissements.

En filigrane apparaît aussi un déséquilibre classique concernant la Seconde Guerre mondiale : l’étude microtactique des vaincus se révèle souvent plus fine que celle des vainqueurs. C’est peut-être là l’un des paradoxes stimulants de l’historiographie de Normandie : un champ que l’on croit saturé, mais qui continue d’offrir, numéro après numéro, de nouvelles pistes de recherche.

Enfin, dans sa rubrique actualités, ce numéro prend la défense de la Ferme des Commandos, qui servit de base vie aux hommes du No 6 Commando lors des combats autour d’Amfreville début juin 1944.



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