Champs de bataille thématique n°34 (Conflits & Stratégie, 2014)

Publié alors que le magazine Champs de bataille approche de sa disparition, ce numéro thématique consacré au front germano-soviétique bénéficie d’une signature prestigieuse : celle de David GLANTZ. Historien majeur du conflit à l’Est, il propose ici une synthèse accessible d’un théâtre d’opérations immense dont l’historiographie a longtemps été prisonnière des récits antagonistes de la guerre froide.

Sommaire de Champs de bataille thématique n°34

  • Introduction
  • Chronologie des événements sur le Front Est durant la Seconde Guerre mondiale
  • Les paramètres de la guerre germano-soviétique, un conflit sans précédent moderne
  • La campagne d’été-automne, 22 juin-5 décembre 1941
  • La campagne d’hiver, décembre 1941-avril 1942
  • La campagne de l’été, mai-octobre 1942
  • La campagne d’hiver, novembre 1942-avril 1943
  • La campagne d’été-automne, juin-décembre 1943
  • La campagne d’hiver, décembre 1943-avril 1944
  • La campagne d’hiver, janvier 1945-mars 1945
  • La campagne de printemps, avril-mai 1945
  • Conclusion
  • La méthodologie utilisée pour identifier les batailles oubliées
  • Bibliographie

Fiche technique

  • Éditeur : Conflits & Stratégie
  • Rédacteur en chef : Jean-Philippe LIARDET
  • Langue : Français
  • Nombre de pages : 114
  • Année de parution : 2014

Présentation et recension

Un expert du conflit germano-soviétique aux manettes !

David GLANTZ marque considérablement de son empreinte l’historiographie du conflit germano-soviétique. Il bénéficie aussi d’une période particulièrement favorable pour ses recherches. Il peut encore rencontrer des vétérans allemands et, dans le même temps, accéder aux archives soviétiques qui s’ouvrent après la chute de l’URSS, avant de se refermer progressivement sous l’ère de Vladimir POUTINE.

Ancien militaire de l’armée américaine, il s’intéresse d’abord à l’Armée rouge dans le contexte d’une éventuelle confrontation avec l’Union soviétique. Nous sommes alors en pleine guerre froide. Comprendre les campagnes de la Seconde Guerre mondiale sur le Front de l’Est apparaît comme un préalable indispensable pour anticiper la physionomie d’un conflit futur entre les deux blocs.

L’ouverture des archives soviétiques fait ensuite de David GLANTZ une passerelle essentielle pour les rendre accessibles au public occidental. En traduisant et en exploitant ces sources en anglais, il contribue à renouveler profondément les connaissances disponibles. Pour la première fois, des sources primaires soviétiques sont mobilisées sans le filtre de la propagande officielle qui avait longtemps déformé récits et témoignages.

Son travail ouvre la voie à une nouvelle génération d’historiens, notamment russes, qui trouvent plus facilement des éditeurs capables de donner une audience internationale à leurs recherches.

Les derniers soubresauts du magazine Champs de bataille

Lancé en 2004, le magazine Champs de bataille vit ses derniers mois au moment de la publication de ce numéro thématique. Son éditeur traverse alors de graves difficultés financières qui conduisent au dépôt de bilan quelques mois plus tard.

Créé à une époque où les jeux informatiques et internet semblent bouleverser les pratiques culturelles, le magazine tente de faire le lien entre l’histoire militaire et ses déclinaisons ludiques. À certains égards, il anticipe l’esprit du magazine Science & Vie Guerres & Histoire, lancé par Jean LOPEZ en 2011, mais il en deviendra aussi indirectement l’une des victimes.

Dans le domaine très concurrentiel de la Seconde Guerre mondiale, Champs de bataille et sa déclinaison spécifique sur le conflit subissent également la montée en puissance des Éditions Caraktère. Cette évolution provoque une véritable guerre éditoriale entre acteurs déjà bien installés comme Heimdal et Histoire & Collections. Conflits & Stratégie en fait partie et figure parmi les premières victimes de cette recomposition.

Le magazine adopte une approche généraliste mais analytique, précisément pour faire le lien avec l’univers du wargame et des jeux d’histoire. En réalité, les magazines ne constituent pas une fin en soi : ils servent aussi de porte d’entrée vers la boutique en ligne « store4war ». Cela explique l’importance accordée à la cartographie et aux ordres de bataille.

L’iconographie, abondante, paraît en revanche plus artisanale. Elle est rarement créditée et rassemble des documents d’origines diverses, allant de tableaux à des illustrations issues de boîtes de maquettes.

Le Front de l’Est, le théâtre d’opérations de tous les superlatifs

L’historiographie du conflit germano-soviétique durant la Seconde Guerre mondiale reste longtemps prisonnière d’un double prisme : celui des témoignages et des études produits par les Allemands, et celui imposé par l’Union soviétique. Ces deux champs historiographiques évoluent parallèlement sans véritable dialogue, produisant des récits souvent contradictoires, parfois volontairement trompeurs.

La chute du mur de Berlin et l’accès plus large aux archives soviétiques ouvrent un nouveau cycle de recherches qui permet de mieux comprendre la réalité de ce front titanesque et de dépasser les lectures héritées de la guerre froide.

Le sujet demeure toutefois profondément marqué par des enjeux politiques et géopolitiques. Le pacte germano-soviétique fait de l’URSS un acteur direct du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Cette dynamique ne se limite pas à l’invasion conjointe de la Pologne en septembre 1939. Elle comprend également la guerre d’Hiver contre la Finlande, l’annexion des États baltes et l’expansion territoriale aux dépens de la Roumanie.

Autant d’événements dont les conséquences politiques et mémorielles restent sensibles plusieurs décennies plus tard.

Structuration de la guerre germano-soviétique

Après avoir résumé l’historiographie de ce front dans son introduction, David GLANTZ propose une première structuration du conflit en trois périodes :

  • 22 juin au 19 novembre 1942, quand le Troisième Reich et ses alliés détiennent l’initiative stratégique
  • 19 novembre 1942 au 31 décembre 1943, quand les deux camps se disputent l’initiative
  • 1ᵉʳ janvier 1944 à mai 1945, quand l’Armée rouge a irrévocablement repris l’initiative

Cette périodisation ne cherche pas à découper le front de l’Est en grandes batailles séquentielles, mais à suivre l’évolution de l’initiative stratégique. La première phase, du 22 juin 1941 au 19 novembre 1942, correspond à la période durant laquelle l’Allemagne et ses alliés conservent globalement l’initiative, même si celle-ci s’érode progressivement au fil des campagnes.

Le 19 novembre 1942, avec le déclenchement de l’opération Uranus et l’encerclement de la 6. Armee à Stalingrad, marque une rupture majeure. S’ouvre alors une phase intermédiaire, jusqu’au 31 décembre 1943, durant laquelle les deux camps se disputent l’initiative stratégique à travers une succession d’offensives et de contre-offensives.

À partir du 1ᵉʳ janvier 1944, l’Armée rouge impose définitivement son tempo opérationnel et conduit une série d’offensives qui conduisent progressivement à l’effondrement militaire du Reich.

Cette lecture conduit à relativiser le rôle traditionnellement attribué à certaines batailles emblématiques comme Moscou, Stalingrad ou Koursk, qui apparaissent moins comme des tournants isolés que comme des épisodes importants au sein d’une dynamique stratégique plus longue.

Par ailleurs, dans chaque chapitre, l’auteur prend soin de présenter la vision classique, de rappeler la partie oubliée des combats dans l’historiographie traditionnelle avant de faire part de ses propres réflexions et de présenter quelques débats historiques.

La valeur ajoutée du numéro se situe réellement dans cette construction.


Conclusion

Par son ampleur géographique, sa durée et les forces engagées, la guerre entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique constitue un ensemble historiographique colossal. Dans la mémoire collective, quelques batailles — Barbarossa, Moscou, Stalingrad, Koursk, Bagration ou Berlin — en résument souvent les grandes étapes.

Ces jalons demeurent essentiels, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à saisir la complexité des dynamiques militaires, politiques et humaines à l’œuvre sur ce front. L’intérêt de ce numéro thématique réside précisément dans la tentative d’offrir une vision d’ensemble cohérente de ce théâtre d’opérations gigantesque.

Disposer d’une telle synthèse, portée par l’un des principaux spécialistes occidentaux du conflit germano-soviétique, reste rare. Dans le format d’un magazine, l’exercice relève même presque de l’inédit.



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