Entre redécouverte d’appareils oubliés, exploration de missions aériennes rarement mises en lumière et analyse des tensions doctrinales entre forces aériennes et terrestres, Les Ailes n°19 confirme la singularité de sa ligne éditoriale. Du Morane AI de 1918 aux premiers combats du GC I/8 en 1940, en passant par les sections d’aviation d’artillerie et les projets français inspirés du Fieseler Storch, ce numéro dense et richement illustré propose une lecture continue de l’histoire des ailes françaises, attentive aux transitions, aux usages et aux enjeux de souveraineté.
Sommaire des Ailes n°19
- Ligne directe
- Acutalités
- Alain COSTE, Le MS. 406 au cœur (2 pages)
- Collectif, Canopée sauve le SM B2 n°59 (2 pages)
- Matthieu COMAS, Morane AI, l’oublié de 1918 (12 pages)
- Jean-Jacques LECLERCQ, Itinéraire d’un FAFL, Didier Béguin (1918-1944) (1re partie) (8 pages)
- Matthieu COMAS, Dans l’album des libellules d’Afrique, rejoindre le Tyrol en Piper (14 pages)
- Benoit COLIN, Lionel PERSYN, Matthieu COMAS, Trident & lion bondissant en guerre, la grande histoire du I/8 (4e partie), sur le front de l’est, 1er avril – 11 mai 1940 (14 pages)
- Matthieu COMAS, 1945, le dernier temple, un collimateur gyroscopique pour le VB.10 (8 pages)
- Matthieu COMAS & Philippe RICCO, Les Storch de Vuillemin, l’hypersustensation à la française s’écrase (12 pages)
Fiche technique
- Éditeur : Lela Presse
- Rédacteur en chef : Matthieu COMAS
- Langue : Français
- Nombre de pages : 82
- Année de parution : 2026
Présentation et recension
Une ligne éditoriale de niche pleinement assumée
Avec ce n°19, Les Ailes confirme sa place singulière dans le paysage des revues aéronautiques françaises. La richesse documentaire du sommaire, conjuguée à l’originalité des angles retenus, témoigne d’une ligne éditoriale de niche pleinement assumée.
La revue s’ouvre sur ses pages d’actualités consacrées au patrimoine aéronautique français, avec la bonne idée d’inclure une interview d’Alain COSTE, qui présente son ouvrage consacré au MS.406.
Au-delà du rappel du parcours opérationnel de cet appareil emblématique des ailes françaises de 1940, l’entretien permet de revenir en quelques mots sur la genèse du livre, notamment à travers la découverte d’archives inédites relatives aux essais préliminaires. Un éclairage bienvenu sur la démarche de l’auteur autant que sur l’avion lui-même.
Un oublié et une abondance de couleurs en guise d’ouverture : le Morane AI de 1918
Le cœur du numéro repose classiquement sur plusieurs dossiers de fond, aussi solides les uns que les autres.
L’article consacré au Morane AI de 1918 retient particulièrement l’attention, tant par la redécouverte de cet appareil largement tombé dans l’oubli que par les superbes vues en couleurs de l’exemplaire restauré par la Memorial Flight. Un bel exemple de mise en valeur conjointe du patrimoine matériel et de son contexte historique.
Quand l’Armée de l’Air remplit des missions uniquement au profit des unités au sol…
Située en fin de numéro, l’étude consacrée aux projets français visant à copier le Fieseler Storch introduit la question de l’aviation dans des missions de soutien direct aux forces terrestres.
À partir du vol d’essai effectué par Joseph VUILLEMIN, alors chef d’état-major de l’Armée de l’air, à bord d’un Fi 156 piloté par Ernst UDET, l’article dépasse largement la seule question des prototypes. Il met en lumière les tensions doctrinales et institutionnelles entre forces aériennes et forces terrestres autour de l’observation d’artillerie. Une véritable guerre de clochers, qui ne s’achève qu’avec la création de l’ALAT en 1954, comme le rappelle un encart opportun.
L’un des ensembles les plus originaux du numéro demeure cependant dans l’album des libellules d’Afrique. Les quelques croquis issus d’un journal de marche attirent immédiatement l’attention. Outre cet aspect iconographique, l’article éclaire un aspect largement méconnu du renouveau des armées françaises sous inspiration américaine : celui des sections d’aviation d’artillerie, dont l’itinéraire relie l’Italie, la Provence, l’Alsace puis l’Autriche. Cette approche, qui évoque par certains aspects l’esprit de Militaria Magazine, permet de découvrir un sujet étonnant, loin des récits plus classiques centrés sur l’aviation de combat. Cette rétrospective des principaux engagements auxquels participent les 4e, 5e, 23e et 34e SOAA permet de comprendre le développement de l’aviation dans l’utilisation de l’artillerie afin de mieux régler les tirs.
1940 : les premiers combats du GC I/8
Bien sûr, la période de 1940 n’est pas oubliée, avec la poursuite de la rétrospective consacrée au GC I/8, engagée ici dans ses premiers combats face au début de l’offensive allemande.
Quand il est déjà de question de souveraineté…
Enfin, l’article dédié au collimateur gyroscopique destiné à l’Arsenal VB.10, développé à la fin du conflit, rappelle un sujet toujours d’actualité : recouvrer et assure la souveraineté française en termes d’armement. Là aussi, les vues en couleurs de ce dispositif magnifient ce simple objet dont on admire la complexité et la précision.














Conclusion
Par la diversité de ses sujets, la diversité de ses recherches et la qualité de son iconographie, Les Ailes n°19 se révèle à nouveau comme un concept particulièrement abouti et solide. La revue apparaît plus que jamais comme un véritable pendant aéronautique de GBM, avec quelques influences venues de Militaria Magazine et du Fana de l’Aviation dans sa capacité à mêler documents d’archives, carnets personnels et analyses techniques.
Le large spectre chronologique couvert — de la fin de la Première Guerre mondiale à l’immédiat après-Seconde Guerre mondiale — permet surtout d’assurer la continuité historique, reliant l’avant et l’après malgré les ruptures, fractures et recompositions.
Un numéro dense, diversifié et passionnant, qui confirme la maturité éditoriale d’un titre devenu incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire des ailes tricolores.




Laisser un commentaire