Premier volet d’une série ambitieuse, Defending Normandy – Volume 1A s’attaque à un chantier historiographique exigeant : restituer de manière systématique les unités allemandes présentes en Normandie en juin 1944. Centré sur le LXXXIV. Armee-Korps et sur les 77. Infanterie-Division et 91. Infanterie-Division, l’ouvrage combine plongée dans les archives, cartographie claire et approche organique détaillée. Plus qu’un récit des combats, il propose une relecture structurelle du dispositif allemand dans le Cotentin.
Sommaire de Defending Normandy Volume 1A, German Chain of Command, LXXXIV. A.K. & Infantry Divisions on the Cotentin
- Part 1: German Chain of Command
- German Command Structure in Normandy
- LXXXIV. Armee-Korps: Normandy from 1941 to D-Day
- Generalkommando LXXXIV. AK and Korpstruppen
- Part 2: Heer Infantry Divisions
- 77. Infanterie-Division
- 91. Luftlande-Infanterie-Division
- Appendix
- The organisation of 7. Armee from D-Day to 24 July
- Glossary
- Index
- Endnotes
Fiche technique
- Éditeur : Panzerwrecks
- Auteur : Niels HENKEMANS
- Langue : Anglais
- Nombre de pages : 272
- Année de parution : 2024
Présentation et recension
Présenté à l’italienne, conçu avec soin et à l’image des autres ouvrages de Panzerwrecks, ce volume 1A de l’étude Defending Normandy de Niels HENKEMANS s’annonce plus que prometteur. Plusieurs détails sautent tout d’abord aux yeux : des cartes nombreuses, claires et particulièrement lisibles ; un texte dense mais aéré par plusieurs illustrations, des ordres de bataille utilisant les symboles allemands utilisés à l’époque mais retravaillés, un index détaillé des unités et des lieux, des notes particulièrement nombreuses et puisant directement dans les archives.
Ce premier volume, de ce qui s’annonce être une série à venir, se concentre sur les unités allemandes en position dans le Cotentin au moment du Débarquement allié en Normandie et qui y combattent durant la bataille de Normandie en commençant par le LXXXIV. Armee-Korps et ses unités organiques, la 77. Infanterie-Division et la 91. Infanterie-Division. Le tout avec un niveau de détails particulièrement élevé et qui veut renouveler le genre dont la référence est détenue jusqu’à présent par Niklas ZETTERLING avec son ouvrage Normandy 1944: German Military Organization, Combat Power and Organizational Effectiveness…
Une nouvelle étape historiographique sur l’armée allemande en Normandie
Évidemment, à la vue d’un nouvel ouvrage sur l’armée allemande en Normandie, tout amateur déjà bien équipé peut juste se poser cette question : encore ? En effet, tout semble avoir déjà été dit et écrit…
Niels HENKEMANS aborde d’ailleurs directement cette question dès les premières lignes, voire les premiers mots, de son introduction. Histoire de répondre immédiatement aux objections qui jaillissent immédiatement devant un tel sujet. Car malgré une profusion apparente, il n’en demeure pas moins une certaine frustration ou l’impression que tout n’a pas été dit.
En effet, comme très souvent, les sources exploitées pointent finalement sur les mêmes sources secondaires façonnées immédiatement après-guerre, soit dans le cadre des Foreign Military Studies utilisées extensivement dans les historiques officiels alliés, notamment américains, soit dans le cadre de mémoires ou de récits établis par des responsables et des vétérans. On peut citer les papiers d’Erwin ROMMEL et les ouvrages d’hommes ayant travaillé avec lui, l’inévitable Sie kommen ! de Paul CARELL, les témoignages de Hans von LUCK, de Kurt MEYER et de quelques autres.
Ces ouvrages tendent à présenter les choses sous un jour qui arrange leurs auteurs et se révèlent généralement bien lacunaires et restrictifs. Il ont bien entendu formaté et comblé de nombreux passionnés et historiens qui y ont trouvé une vision assez fréquemment romanesque, parfois homérique, qui en font au demeurant d’excellents moments de lecture.
Niels HENKEMANS cite également quelques ouvrages marquants. Celui d’Eric LEFEVRE (Panzers en Normandie) paru en anglais en 1983 mais dès 1978 chez Heimdal, puis une bonne vingtaine d’années plus tard, celui de Niklas ZETTERLING (Normandy 1944, German Military Organization, Combat Power and Organizational Effectiveness). Ce dernier surfe sur la mode de l’exploitation des tableaux d’effectifs et de matériels qui se trouvent dans les archives alors disponibles. De quoi rappeler qu’à cette époque, pas si lointaine, il fallait se rendre sur les sites qui abritent les archives, les consulter sur place ou payer des chercheurs qui font alors ce travail contre rémunération. Seules les archives militaires allemandes capturées étaient disponibles sous forme de microfiches aux États-Unis, mais le processus de commande restait laborieux.
Depuis, internet et la digitalisation aidant, de nombreux documents sont devenus beaucoup plus accessibles et de nouvelles sources sont apparues à travers notamment les données interceptées par les Alliés dans le cadre d’ULTRA.
À ce corpus quelque peu officiel ou semi-académique, il faut également ajouter des ouvrages très spécialisés réalisés avec l’appui des témoignages de vétérans allemands captés spécifiquement grâce au dynamisme des associations d’anciens combattants outre-Rhin. Paraissent ainsi les ouvrages transformés en albums historiques par les Éditions Heimdal sur la 1. SS-Panzer-Division, la 12. SS-Panzer-Division ou encore la 9. SS-Panzer-Division avec l’aide d’anciens parfois sulfureux politiquement et militairement. Des livres plus confidentiels traitent de quelques unités moins connues comme les travaux de Didier LODIEU. On peut par ailleurs souligner les efforts de Maranes Éditions ces dernières années, mais là encore, on tourne toujours des mêmes unités de la Waffen-SS.
Comme le souligne Niels HENKEMANS, ce corpus s’enrichit quelque peu mais demeure loin d’être exhaustif. Des ouvrages sur la 9. Panzer-Division ou d’autres divisions d’infanterie jetées dans la bataille, parfois tardivement ou de façon totalement morcelée, n’existent pas. Sans parler de toutes les unités annexes.
Non évoqué dans l’introduction, le livre de Jean-Luc LELEU, Combattre en dictature, se révèle également être une somme particulièrement originale, mais davantage axée sur les aspects sociologiques.
Alors, oui, il existe encore de la place à condition de faire un peu différent et surtout d’être exhaustif sur les unités traitées sans tenir compte de la durée effective de leur engagement (voir par exemple The Army that got Away sur les unités cédées par la 15. Armee)… Ce qui est visiblement la promesse de cette série que ce volume 1A inaugure. Il couvre en effet les unités organiques du LXXXIV. Armee-Korps ainsi que les 77. Infanterie-Division et 91. Infanterie-Division. La série peut donc être longue…
Occupation et prémices du Mur de l’Atlantique
À travers l’historique de LXXXIV. Armee-Korps lui-même issu du Höheres Kommando zbV. LX formé à l’automne 1940 pour anticiper le transfert des états-majors plus expérimentés vers l’Est dans l’optique de l’opération Barbarossa, ce livre lève un voile sur l’évolution de la présence défensive allemande le long des côtes françaises.
En effet, l’occupation et la mise en défense du littoral prennent effet dès l’arrivée des premières forces allemandes à partir de mai 1940 quand elles atteignent l’estuaire de la Somme. La présence de grandes unités représente évidemment l’un des volets.
Ainsi, Niels HENKEMANS suit la succession des unités rattachées à ce corps d’armée et leur positionnement. Étonnamment, le secteur qu’il couvre reste toujours le même. La délimitation de ses frontières reste quasi identique depuis 1942. De même, quelques divisions lui sont particulièrement fidèles à l’image de la 716. Infanterie-Division tandis que la 709. Infanterie-Division le rejoint dès l’hiver 1942/1943.
À côté de ces divisions constituées principalement pour assurer la garde sur ce qui devient progressivement le Mur de l’Atlantique (Atlantikwall), on observe une noria d’unités temporairement affectées, soit en cours de reconstitution, soit avant d’être ventilées sur un autre secteur côtier.
De fait, la composition du LXXXIV. Armee-Korps évolue en permanence et on imagine fort bien la difficulté pour les services de renseignement alliés de suivre ces modifications à la fois dans les unités mais également dans leur emplacement. Sans parler des changements moins visibles à l’intérieur même des unités déjà présentes dont l’équipement évolue lui aussi. Bref, il n’est donc pas totalement surprenant que le rapprochement de la 352. Infanterie-Division soit passé relativement inaperçu des Alliés, même s’ils ont bien identifié l’arrivée de la 91. Infanterie-Division et du Fallschirmjäger-Regiment 6 dans le Cotentin. Signe aussi que ce mouvement de magma permanent entretient lui-même un certain flou sur le dispositif que l’ennemi ne perçoit pas entièrement malgré l’ampleur des moyens de renseignement déployés par la Résistance, la reconnaissance aérienne et les interceptions d’ULTRA.
On apprécie ainsi le très utile graphe de l’affectation des divisions au corps d’armée par an et par mois en Basse-Normandie qui résume la situation. Bref, ce chapitre ouvre une porte sur un pan entier de l’histoire de la présence de l’armée allemande en France de la fin du printemps 1940 au 6 juin 1944.
LXXXIV. Armee-Korps : la colonne vertébrale allemande dans le Cotentin
Le 6 juin 1944, c’est toute la côte contrôlée par le LXXXIV. Armee-Korps qui reçoit le choc de l’invasion alliée. Progressivement, plusieurs états-majors de corps d’armée rejoignent ensuite le front de Normandie. De plus en plus, la zone de responsabilité du corps d’armée se concentre sur le Cotentin puis à l’extrémité ouest de la ligne de front allemande une fois Cherbourg aux mains des Américains.
L’histoire opérationnelle des combats oublie généralement de parler de l’existence et du rôle des unités rattachées à un organe de commandement tel qu’un corps d’armée ou une armée. Or, ces derniers ne peuvent pas jouer leur rôle sans un minimum de ressources propres (cartographie et transmissions notamment), d’éléments de soutien pour assurer sa mobilité, sa protection rapprochée, son ravitaillement ainsi que des moyens de coordination ou de combat. Le LXXXIV. Armee-Korps dispose ainsi de l’Artillerie-Kommandeur 118, du Festungs-Kommandant Cherbourg mais également de deux batteries d’artillerie lourde sur voie ferrée (1./Eisenbahn-Artillerie-Abteilung 725 et Eisenbahn-Batterie 722) dont le parcours durant la bataille de Normandie mérite d’être connu.
Le chapitre consacré donc aux ressources propres dont dispose le LXXXIV. Armee-Korps procure ainsi de nombreuses informations particulièrement originales, indispensables pour comprendre le fonctionnement d’une armée en campagne. Quelques pages certes, mais particulièrement précieuses !
77. Infanterie-Division : de Saint-Malo à Saint-Malo
Ce volume 1A comprend la présentation détaillée de deux grandes unités, la 77. Infanterie-Division et la 91. Infanterie-Division de formation récente, puisque mises sur pied début 1944. Au moment du Débarquement, la première se trouve dans la région de Saint-Malo après avoir occupé le secteur autour de Caen avant d’être remplacée par la 21. Panzer-Division. Ces différents mouvements, combinés à l’arrivée de la 91. Infanterie-Division, du Fallschirmjäger-Regiment 6 et du rapprochement de la 352. Infanterie-Division montrent à quel point le dispositif allemand demeure mouvant jusqu’au Débarquement lui-même.
Son transfert en Normandie parait donc logique, mais ses positions côtières doivent être relevées par la 5. Fallschirmjäger-Division alors positionnée plus à l’intérieur des terres. Plusieurs jours lui sont nécessaires pour entamer son mouvement en direction du Cotentin.
Elle renforce les défenses allemandes sur le Merderet mais alors qu’une partie de ses troupes fait toujours mouvement, les Américains voient leur attaque pour couper en deux le Cotentin aboutir. De fait, prise entre des ordres contradictoires et des décisions trop tardives parfaitement expliqués dans le texte, elle voit une partie de ses unités prise au piège à Cherbourg et une autre malmenée par la percée américaine malgré une tentative de percée assez réussie avec l’appui d’éléments restés plus au sud. Ses restes participent à la guerre des haies près des marais de Gorges entre 353. Infanterie-Division et 17. SS-Panzergrenadier-Division Götz von Berlichingen.
Après le déclenchement de l’opération Cobra, les restes de la 77. Infanterie-Division rejoignent Saint-Malo dans un mouvement visiblement planifié avant l’assaut américain. Niels HENKEMANS poursuit néanmoins la description de l’engagement de l’unité pour tenter de bloquer la percée d’Avranches puis son encerclement à Saint-Malo. Deux cartes accompagnent d’ailleurs cet épisode jusqu’à la chute de la ville portuaire.
Ces cinquante pages sont donc passionnantes et proposent un récit centré autour de la 77. Infanterie-Division alors que la description de son engagement reste très souvent indirecte à travers les combats où elle se retrouve engagée. Prise au piège de la coupure du Cotentin, ses effectifs paraissent ensuite continuellement obscures pour le lecteur et elle n’a assurément plus la force d’une division complète, même si à la description de ses ordres de bataille, certaines de ses composantes demeurent finalement assez préservées.
Loin de se contenter de traduire le journal de marche de la division, Niels HENKEMANS produit donc un travail fouillé, clair et explicite, le tout supporté par des cartes de belle facture. Un travail bien plus soigné que 42 jours, un précédent historique en français qui ne couvre d’ailleurs pas ses derniers jours d’existence…
91. Infanterie-Division : voir le Cotentin et disparaître
La 91. Infanterie-Division partage de nombreux points communs avec la 77. Infanterie-Division : structure régimentaire, date de création, secteur d’intervention. L’auteur a donc raison de les avoir réunies dans le même volume. Sa transformation (ou plutôt son projet) en division capable d’être aérotransportée, décidée en mars 1944 lui permet d’obtenir des équipements spécifiques et certains renforcements structurels.
La perte des archives consécutive à son engagement en Normandie complique quelque peu la tâche des chercheurs. De nombreuses données peuvent néanmoins se retrouver, comme le montrent les descriptions détaillées fournies par Niels HENKEMANS. Les pages introductives au chapitre concernant l’unité reviennent bien évidemment sur la question de son transfert au cœur du Cotentin, qui oblige les Alliés à revoir le plan de largage de la 82nd US Airborne Division.
Le livre détaille bien sûr les combats contre la tête de pont aéroportée américaine dès la nuit du 5 au 6 juin 1944 offrant ainsi un point rarement donné et détaillé par les récits de l’historiographie traditionnelle qui décrivent les combats généralement à partir de la vision américaine. Un long développement couvre également la percée américaine qui amène à couper la péninsule en deux et à isoler Cherbourg. Ce ne sont que des restes et dans lambeaux qui défendent ensuite La Haye-du-Puits puis Lessay lors de la bataille des haies.
La description se termine avec le repli consécutif à la percée de l’opération Cobra et la tentative avortée de rétablir une ligne de défense de Bréhal à Percy. La percée d’Avranches ne permet pas à beaucoup de ses éléments de pouvoir s’échapper. Si quelques-uns réussissent, ils finissent enfermés dans la poche de Saint-Nazaire. Le 10 août 1944, la division n’existe officiellement plus. Le manque d’archives se ressent particulièrement pour la période de juillet 1944 et limite le niveau de détails. L’auteur réussit à recoller quelques éléments du puzzle et à donner un éclairage sur les efforts allemands de rétablir la situation alors que les récits sur cette période se concentrent principalement sur la poche de Roncey.

Conclusion
Le premier livre de la série s’annonce particulièrement prometteur. Sur la forme, la présentation est superbe, claire. Le format à l’italienne, propre aux ouvrages de Panzerwrecks, permet un bon confort de lecteur et met en valeur les photographies, cartes et autres documents présentés. Il faut véritablement souligner l’effort entrepris concernant la cartographie qui, tout en s’appuyant sur des schémas d’époque, leur donne une bonne visibilité.
L’idée de présenter l’engagement de chaque division une par une donne l’opportunité à terme de disposer, enfin, d’un historique de l’ensemble des unités allemandes ayant participé à la bataille de Normandie. Un projet ambitieux qui fait évidemment date ! Espérons qu’il inspire d’autres auteurs pour réaliser un travail similaire concernant les unités alliées…




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