Air Strike n°1 (Cadet Publishing, 2025)

Aérojournal est mort, vive Air Strike ! La chute des Éditions Caraktère en septembre 2025 entraîne avec elle le magazine fondé par Christian-Jacques EHRENGARDT, titre emblématique de la presse aéronautique militaire. Plusieurs fois sauvé de l’enfer, Aérojournal renaît une nouvelle fois sous un autre nom. Place désormais à Air Strike. D’Histoire de la guerre aérienne au magazine de la guerre aérienne, le changement paraît infime. Yannis KADARI reste à la manœuvre et signe un premier numéro qui s’inscrit clairement dans la continuité de son prédécesseur. Même ADN éditorial, mêmes fondamentaux, mais débarrassé cette fois du poids de la dette et de lourds coûts de structure. Air Strike marche sans rougir dans les pas d’Aérojournal et ouvre un nouveau cycle, prix et pagination comprises. Suffisant pour se construire un avenir ?

Caractéristiques

  • Type : Magazine
  • Éditeur : Cadet Publishing
  • Rédacteur en chef : Yannis KADARI
  • Langue : Français
  • Nombre de pages : 82
  • Année de parution : 2025

Sommaire d’Air Stirke n°1

  • Alain HERTIG, “Steadfast Noon”, simulation de frappe nucléaire (1 page)
  • Antonio LOPEZ MEJIAS, Tensions face au Venezuela, les USA montent en puissance dans les Caraïbes (3 pages)
  • Alain HERTIG, Northrop Grumman intensifie les essais de son bombardier furtif B-21 Raider (1 page)
  • Antonio LOPEZ MEJIAS, L’Afrique s’équipe et se modernise (1 page)
  • Alain HERTIG, L’aviation militaire chinoise au cœur des tensions de la zone indopacifique en 2025 (1 page)
  • Aymeric DUBOS, Singapour modernise son aviation militaire, la cité-État achète vingt F-35 (1 page)
  • Bernard BAËZA, Requiem pour le VT-3, massacre à Midway, les survivants témoignent (22 pages)
  • Guy JULIEN, Classés X, l’étoffe des héros (18 pages)
  • Chris GOSS, Nuit & brouillard, les Focke-Wulf de la SKG 10 au combat (22 pages)
  • Przemyslaw SKULSKI, Semion Trofimovich Bychkov, héros et traître (8 pages)

Présentation et recension

Surtout ne rien changer ?

Que ce soit au premier regard ou en observant de plus près le sommaire, le lecteur habitué d’Aérojournal n’est en rien dépaysé. La maquette ressemble furieusement à la précédente, avec même quelques traits hérités du magazine Air Combat, lui aussi publié par Caraktère, mais dont la carrière reste assez brève. Le rythme de parution se veut également bimensuel.

Le numéro se divise en deux parties, avec une première séquence composée de brèves d’actualité sur huit pages. Cette fois, des articles très courts remplacent les billets repris du blog Zone Militaire. L’esprit demeure donc le même, même s’il existe une réelle marge pour développer des articles consacrés à des sujets contemporains, sur un format comparable à ceux traitant de la Seconde Guerre mondiale.

Le reste du sommaire se veut volontairement ramassé, avec un nombre d’articles assez réduit, permettant à chacun de bénéficier d’une pagination confortable. Rien de vraiment nouveau en soi, cette structure constituant l’ADN du concept fondé par Christian-Jacques EHRENGARDT. Les sujets retenus restent cependant très classiques et rappellent, pour certains, des articles déjà parus dans Aérojournal, même si les signatures changent.

L’iconographie demeure elle aussi en tous points analogue à celle d’Aérojournal, mêlant photographies, cartes et profils couleurs. Seuls les noms des illustrateurs évoluent sans que cela ne modifie sensiblement l’identité visuelle de l’ensemble.

Des articles bien charpentés

Les quatre articles principaux apparaissent assurément solides et bien construits. Il faut dire qu’avec des auteurs comme Bernard BAËZA, Guy JULIEN, Chris GOSS et Przemyslaw SKULSKI, la qualité est au rendez-vous. Le premier est un habitué de Lela Presse, le second a longtemps collaboré à Aérojournal à travers de nombreux articles et hors-séries, tandis que Chris GOSS se distingue par sa production particulièrement prolifique, particulièrement en anglais. Przemyslaw SKULSKI apporte, quant à lui, un regard acéré venu de Pologne, souvent original et bienvenu, à l’image des séries monographiques auxquelles il contribue.

Des sujets bien traités à défaut d’être particulièrement originaux

Les articles consacrés au sacrifice de la VT-3 à Midway, aux projets d’avions américains durant la Seconde Guerre mondiale ou encore à la SKG 10 abordent des thématiques déjà connues des lecteurs fidèles d’Aérojournal. Ils sont néanmoins bien construits et bénéficient d’une présentation soignée, avec un traitement éditorial un peu plus poussé pour le premier, qui s’appuie notamment sur plusieurs encarts thématiques. L’article sur Midway revient également sur le tournant de l’aviation embarquée américaine et le destin de quelques pilotes.

Dans la catégorie des volontaires soviétiques ayant changé de camp pour combattre aux côtés des Allemands, il n’y a pas que des soldats de l’armée de terre. Le portrait de Semion BYCHKOV, as soviétique, en témoigne. Abattu le 5 décembre 1943 près d’Orcha, il combat ensuite à bord d’appareils qu’il affrontait auparavant. Une bonne occasion de s’intéresser au parcours de ces hommes qui optent pour un changement de camp, au-delà des récits plus classiques consacrés aux Osttruppen engagés en Normandie.


Conclusion

Les lecteurs attachés à la continuité apprécieront sans doute cet Aérojournal nouvelle mouture. D’autres pourront toutefois s’interroger sur l’absence de véritable inflexion éditoriale, alors même que la chute des ventes constitue l’un des arguments majeurs avancés pour expliquer la faillite des Éditions Caraktère. Les mêmes ingrédients et les mêmes recettes produisent logiquement, en principe, les mêmes effets.

La provenance des auteurs se veut un peu plus diversifiée, même si Chris GOSS et Przemyslaw SKULSKI étaient déjà des habitués des Éditions Caraktère. Traduire des auteurs étrangers leur donne davantage de visibilité. Cela permet surtout d’avoir des articles rédigés par des spécialistes en leur domaine qui ne font pas que de la remise en forme d’informations reprises sur d’autres publications et travaux de recherche.

Avec d’autres pigistes, moins de frais de structure et l’absence de passif, le seuil de rentabilité doit néanmoins être plus bas. Le lancement annoncé de Combat 360, copie revendiquée du défunt LOS !, pourrait cependant donner à certains lecteurs et anciens abonnés le sentiment d’une continuité presque mécanique, voire d’un certain flou, malgré le plaisir de retrouver des lectures familières. Reste à voir si d’autres titres disparus réapparaîtront à leur tour sous le label Cadet Publishing et, le cas échéant, si une forme de rationalisation éditoriale accompagnera ces relances.



Suivez 3945km

Abonnez-vous pour être informé de chaque nouvelle présentation ou recension
(livres, revues, wargames)