Paru en 2020, La percée allemande – Bataille des Ardennes – Bastogne (1) s’inscrit dans une historiographie abondante consacrée à l’offensive de décembre 1944. Hugues WENKIN y propose une lecture centrée sur les premières heures de l’attaque allemande et sur le secteur de la 5. Panzer-Armee, en s’attachant à dépasser certaines interprétations devenues presque automatiques. L’ouvrage interroge à la fois les choix alliés, les erreurs du renseignement et la réalité des combats sur le terrain.
Sommaire de
- Avant-propos
- Le plan de la dernière chance
- Le programme Ultra
- Le front allemand devant Bastogne
- La défense indirecte des Ardennes
- L’assaut de la première ligne américaine
- Bastogne sans défense
- Bibliographie
Fiche technique
- Éditeur : Weyrich
- Auteur : Hugues WENKIN
- Langue : Français
- Nombre de pages : 184
- Année de parution : 2020
Présentation et recension
Une situation stratégique figée à l’automne 1944
Joueurs EISENHOWER et BRADLEY ? Le terme surprend tant les deux généraux apparaissent prudents et peu enclins à l’improvisation. À l’automne 1944, l’effort allié marque le pas.
Le massif des Vosges demeure verrouillé, PATTON s’enlise en Lorraine, les Américains progressent péniblement vers la Roer autour d’Aix-la-Chapelle, tandis que les Britanniques se remettent difficilement de l’échec de Market Garden et doivent sécuriser les accès d’Anvers, de l’Escaut et du Peel.
L’impression rappelle les moments difficiles de juillet 1944 durant la bataille des haies ou les échecs répétés pour s’emparer de Caen en Normandie.
Une différence majeure distingue toutefois l’automne de l’été : les Allemands parviennent à reconstituer une réserve stratégique avec la 6. Panzer-Armee, dont la localisation demeure incertaine et susceptible d’intervenir contre toute percée alliée. Cette incertitude pèse sur les états-majors américains.
Les options alliées et le risque ardennais
Les stratèges américains ne sont pas inactifs. Plusieurs hypothèses sont étudiées, les risques mesurés. Une offensive allemande à travers les Ardennes présente une vulnérabilité évidente : ses flancs seraient rapidement menacés par la masse des forces américaines positionnées au nord et au sud.
Le déroulement ultérieur des combats confirmera en partie cette analyse, en distinguant défense directe et défense indirecte, nuance que l’auteur expose avec précision.
Le renseignement : myopie ou mauvaise interprétation ?
Hugues WENKIN revient sur l’idée largement répandue d’une cécité alliée face aux préparatifs allemands. La réalité apparaît plus nuancée.
Les renseignements existent. Ils ne sont pas correctement interprétés. Après Market-Garden, il s’agit de la seconde grande défaillance du renseignement allié à l’automne 1944.
La surprise ne tient pas tant à l’apparition de la 6. (SS-)Panzer-Armee — dont la formation et la composition sont connues — qu’à l’attaque simultanée avec la 5. Panzer-Armee, dont la reconstitution constitue la véritable surprise opérationnelle.
Autre erreur : la sous-estimation du potentiel blindé allemand reconstitué, comme le montrent les tableaux comparatifs présentés en page 91.
Le cœur de l’ouvrage : les premières heures de l’offensive
Les combats proprement dits occupent un peu moins de la moitié des quelque 180 pages. L’étude se concentre sur le secteur de la 5. Panzer-Armee et sur les premières heures de l’offensive.
Dans l’historiographie classique, les échecs de la Kampfgruppe Peiper et de la 12. SS-Panzer-Division symbolisent l’impasse allemande au nord. À l’inverse, la progression de la 5. Panzer-Armee presque jusqu’à la Meuse incarne la réussite relative et le danger d’une percée allemande aboutie. Bastogne et la résistance de la 101st US Airborne Division en deviennent l’image emblématique.
L’ouvrage invite à nuancer cette lecture.
Le rôle décisif des unités américaines de première ligne
En examinant les combats pour Marnach, Heinerscheid, Clervaux et Wiltz, ainsi que la percée de la 2. Panzer-Division, l’auteur met en lumière le rôle essentiel de la 28th US Infantry Division, appuyée par des éléments de la 9th US Armored Division.
Le rapport de force est défavorable aux Américains. Pourtant, ceux-ci ne se sacrifient pas inutilement : ils ralentissent l’ennemi et lui font perdre des heures précieuses.
Face à eux, les Allemands ne brillent pas toujours par leur maîtrise tactique. Si les effectifs ont été reconstitués, la qualité ne l’a pas été dans les mêmes proportions. Les virtuoses de l’offensive de 1940 ont disparu ; les cadres expérimentés sont désormais des spécialistes de la défense et des situations contraintes.
Succès américain et échec allemand
La bataille des Ardennes apparaît ainsi autant comme une victoire américaine — des soldats aux chefs — que comme un échec allemand qui se construit dès les premières minutes de la contre-offensive. Les dernières réserves de la Wehrmacht sont engagées et consommées ; la défaite finale ne relève plus que d’une question de mois.
Le risque pris par EISENHOWER et BRADLEY s’avère militairement payant. La surprise n’en demeure pas moins brutale et suscite une forme de panique, perceptible non pas dans les Ardennes, mais en Alsace face à l’opération Nordwind.
L’analyse conduit enfin à replacer l’offensive allemande dans une dynamique plus large : la conduite des opérations après la poche de Falaise constitue la faute initiale. Septembre 1944 se révèle une opportunité stratégique pour les ambitions soviétiques en Europe.






Conclusion
En se concentrant sur les premières heures de l’offensive et sur le secteur de la 5. Panzer-Armee, Hugues WENKIN propose une lecture qui dépasse les récits simplifiés centrés sur Bastogne ou la Kampfgruppe Peiper. L’ouvrage éclaire l’enchaînement des évènements, des succès et des échecs. Il rééquilibre la part respective des responsabilités et replace la bataille des Ardennes dans une continuité stratégique plus large vue du côté allié, dimension trop souvent oubliée de l’historiographie.
Sans céder aux légendes ni aux formules convenues, cette étude contribue à préciser les ressorts réels d’une offensive archiconnue mais trop souvent résumée à quelques tableaux de propagande d’un côté comme de l’autre.





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