Avec ce deuxième numéro, Air Strike confirme son positionnement éditorial en proposant un sommaire volontairement resserré, articulé autour de trois articles de fond et d’un article d’actualité. Le dossier central, consacré à la chasse française en mai 1940 sous la plume de GUY JULIEN, s’impose par l’ampleur de son analyse doctrinale, industrielle et organisationnelle. Autour de ce pilier, le numéro aborde successivement le P-47 du VIII Fighter Command, une tragédie humaine sur fond de guerre aéronavale à Okinawa, ainsi qu’un éclairage contemporain sur la composante nucléaire aéroportée russe. Un ensemble cohérent et solidement illustré !
Sommaire d’Air Strike n°2
- Pierre GRASSER, La composante nucléaire aéroportée russe (8 pages)
- Guy JULIEN, La chasse française en mai 1940 (32 pages)
- Guy JULIEN, L’ogre de la Mighty Eight, les P-47 du VIII Fighter Command (18 pages)
- Bernard BAËZA, Effet papillon à Okinawa, mourir par amour, mourir par devoir, mourir pour l’honneur (20 pages)
Fiche technique
- Éditeur : Cadet Publishing
- Rédacteur en chef : Yannis KADARI
- Langue : Français
- Nombre de pages : 82
- Année de parution : 2026
Présentation et recension
Comme promis dans le n°1, Air Strike propose de nouveau un sommaire particulièrement resserré, articulé autour de trois articles de fond et d’un article d’actualité. Ce choix éditorial confère à ce numéro une lisibilité forte et immédiatement identifiable.
Au cœur du numéro, une analyse poussée de la chasse française en mai 1940 !
Le cœur de ce numéro repose sans conteste sur l’imposant dossier de GUY JULIEN consacré à la chasse française en mai 1940. Il s’agit d’un travail de fond particulièrement stimulant, qui dépasse largement l’approche purement matérielle ou strictement opérationnelle.
L’auteur développe une analyse à la fois doctrinale, industrielle et organisationnelle, en rappelant notamment un point trop rarement perçu à sa juste mesure : l’effort financier réel consenti par la France dès le milieu des années 1930. Mais disposer de moyens financiers ne suffit pas. Encore faut-il qu’ils soient employés à bon escient. L’investissement ne parvient pas à compenser des errements structurels et des choix coûteux, hier comme aujourd’hui.
L’intérêt du dossier tient également à l’attention portée aux détails qui font la différence. Parmi eux, l’exemple particulièrement éclairant de la standardisation inachevée des indices d’octane des carburants, à la différence des Allemands puis des Britanniques, spécifiquement durant la bataille d’Angleterre. Loin d’être anecdotique, le sujet touche à la fois à la logistique, à la performance et au maintien en condition opérationnelle.
Au-delà des avions eux-mêmes, GUY JULIEN aborde de manière transversale les questions humaines, l’organisation, les missions assignées ainsi que les tactiques employées. L’étude des appareils s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large, indispensable pour comprendre les limites et le potentiel réel de la chasse française face à ses adversaires germaniques.
Sont notamment passés en revue les avions suivants :
- Morane-Saulnier MS.406
- Bloch MB.151, MB.152 et MB.155
- Curtiss H-75
- Dewoitine D.520
- Potez 631
- Ainsi que les plus confidentiels Caudron C.714 et FK.58A
L’auteur annonce par ailleurs une suite à cette étude, cette fois consacrée aux affrontements eux-mêmes, si Air Strike parvient à poursuivre son vol éditorial en renforçant ses ventes.
Le P-47 Thunderbolt : un sujet solide mais attendu
Également signé de GUY JULIEN, ancien pilier des feues Éditions Caraktère, le second article s’intéresse au Republic P-47 Thunderbolt. L’ensemble est bien structuré, clair et efficace, mais souffre d’un manque relatif d’originalité tant le sujet a déjà été largement traité.
Le passage consacré à Gabby GABRESKI, figure incontournable du P-47, reste attendu et sans réelle surprise. Un article sérieux et agréable à lire, mais qui ne renouvelle pas fondamentalement le regard porté sur l’appareil et peine à déclencher un acte d’achat à lui seul.
Une tragédie humaine : le destin d’un kamikaze japonais
Le troisième article se distingue par sa forte charge émotionnelle. BERNARD BAËZA retrace le destin d’un pilote japonais qui parvient à accomplir ce qu’il considère comme sa destinée en devenant kamikaze. Pour cela, il aura fallu que son épouse se suicide avec leurs deux jeunes enfants, condition tragique qui le « libère » pour finalement d’obtenir l’affectation qu’il souhaitait.
Cette trajectoire personnelle dramatique se conclut par la destruction de l’USS Drexler lors de la bataille d’Okinawa. Le texte mêle récit humain et analyse militaire, en revenant à la fois sur l’attaque elle-même, le succès japonais et les limites de la défense antiaérienne américaine.
Actualité : la composante nucléaire aéroportée russe
Seul article d’actualité du numéro, cette contribution se distingue par une approche originale, plus proche dans sa construction des articles historiques que d’une simple synthèse informative. PIERRE GRASSER se penche sur la composante nucléaire aéroportée russe avec précision et pédagogie, en mettant en avant le Tu-22 et les efforts ukrainiens pour tenter de neutraliser ces capacités. À la différence des brèves d’actualités d’Aérojournal reprises d’un blog accessible gratuitement, Air Strike propose des articles originaux dont la forme reprend les standards des sujets plus historiques. Un très bon point qui permet de capitaliser sur le savoir-faire éditorial acquis autour des articles sur la Seconde Guerre mondiale tout au long de l’existence des Éditions Caraktère.









Conclusion
Les trois articles de fond bénéficient d’une illustration soignée, associant photographies d’archives, cartes, profils couleurs et quelques vues 3D. Les lecteurs familiers des publications des Éditions Caraktère ne manqueront pas d’y reconnaître certaines similitudes, notamment dans le traitement graphique des vues 3D. Cela n’enlève rien au plaisir de lecture, bien au contraire, en particulier sur support papier.
Air Strike n°2 s’impose comme un numéro solide, porté par un dossier particulièrement abouti sur la chasse française en 1940, susceptible d’alimenter de nombreuses réflexions contemporaines sur les choix industriels, doctrinaux et organisationnels, ainsi que sur ces détails en apparence secondaires qui conditionnent pourtant la victoire.
Reste une interrogation de fond : rester dans le domaine strictement historique permet-il encore de toucher un lectorat suffisant pour assurer la rentabilité d’un tel support ? D’autant plus que la couverture met en avant un P-47 déjà abondamment traité ailleurs.
On peut se demander si une couverture plus audacieuse, associant par exemple des appareils de 1940 à un Rafale, afin d’annoncer un dossier transversal sur les sursauts français dans le domaine aérien, n’aurait pas offert davantage de prise au public. Une telle approche permettrait de comparer, sur la longue durée, la permanence des contraintes et la complexité récurrente de problématiques identiques… et peut-être d’attirer plus sûrement le chaland au-delà du seul cercle des passionnés, plus ou moins blasés et vieillissant, de la Seconde Guerre mondiale.




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