The German Secret Field Police in Greece, 1941-1944 (McFarland, 2018)

Spécialiste de l’armée allemande et plus particulièrement de ses unités et opérations de police dans les territoires occupés, Antonio MUNOZ se penche sur une structure très spécifique, la Geheime Feldpolizei. Il aborde évidemment son rôle en Grèce, et plus généralement dans les Balkans, mais également en Scandinavie, France et URSS.

Sommaire de The German Secret Field Police in Greece, 1941-1944

  • Introduction: the GFP and the German Army’s Institutional Extremism
  • Greece: 1832-1940
  • Hitler’s War Aims and the Balkans
  • Nazisme, the GFP and Greece
  • Organization of the Secret Field Police in Greece
  • The Secret Field Police and the Subjugation of the People in Greece
  • The Secret Field in Yugoslavia, Romania and Bulgaria
  • The GFP in the West and Scandinavia
  • The Secret field Police in the Soviet Union
  • Towards a reckoning
  • Conclusions
  • Appendix I: The Structure of the SS Command in Serbia, 1941-1942
  • Appendix II: Structure of the SD in the Occupied Regions of Western Europe
  • Appendix III: Commander of the Order Police Serbia
  • Appendix IV: Uniform and Rank Insignia if the Geheime Feldpolizei
  • Appendix V: Organization of the Secret Field Police
  • Appendix VI: Order of Battle – Secret Field Police Forces in France, Spring 1941
  • Chapter Notes
  • Bibliography
  • Index

Présentation et recension

À première vue, The German Secret Field Police in Greece, 1941-1944 semble proposer une étude très spécialisée consacrée à la Geheime Feldpolizei (GFP) en Grèce durant l’Occupation allemande. Une unité plutôt obscure et un théâtre d’opérations plutôt spécifique. Le titre est pourtant trompeur. L’ouvrage dépasse largement ce seul cadre géographique pour offrir une réflexion beaucoup plus vaste sur le fonctionnement de la police militaire allemande, son intégration dans l’appareil répressif du Troisième Reich et son rôle dans la guerre de répression.

Au-delà du cas grec, l’auteur replace constamment la GFP dans l’ensemble de l’apapreil sécuritaire allemand, depuis les Balkans jusqu’à la France, la Scandinavie et le front de l’Est. Une approche comparative qui doit intéresser tous ceux qui s’intéressent aux mécanismes de l’occupation allemande en Europe.

Un sujet rarement traité

La Geheime Feldpolizei demeure l’un des services les moins connus de l’appareil militaire allemand. Souvent confondue avec la Gestapo, elle possède pourtant une identité propre.

Rattachée à la Wehrmacht, elle assure des missions très diverses comme le contre-espionnage, la recherche des déserteurs, la surveillance des territoires occupés, les interrogatoires, la lutte contre les réseaux clandestins et la participation aux opérations de répression contre les mouvements de résistance.

Comprendre les mécanismes sociologiques

L’un des principaux intérêts du livre réside dans son approche. Antonio MUNOZ ne se contente en effet pas de décrire les crimes commis. Il cherche d’abord à expliquer comment une administration militaire classique bascule progressivement dans une logique de radicalisation qui conduit une partie importante de ses membres à participer aux violences du régime nazi. Cela ressemble également à la démarche entreprise par Christopher BROWNING dans son livre Des hommes ordinaires, Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne.

Petit à petit, on se rend ainsi compte qu’une violence systémique s’installe progressivement et devient la norme pour ses auteurs.

De fait, cette réflexion dépasse largement le seul cadre de la Seconde Guerre mondiale et amène aussi à réfléchir sur les déferlements de violence contemporains sur certains théâtres d’opérations ou de certaines armées ou d’unités paramilitaires.

Une excellente synthèse du système sécuritaire allemand

L’autre qualité de l’ouvrage est de replacer la GFP parmi la kyrielle d’organisations qui composent l’appareil de sécurité du Troisième Reich.

Le lecteur comprend rapidement que cette multiplication des services, Wehrmacht, SS, SD, Gestapo, Ordnungspolizei, Feldgendarmerie, Geheime Feldpolizei, ne relève pas du hasard. Elle participe directement au mode de gouvernement nazi, fondé sur la concurrence permanente entre administrations, la superposition des compétences et la concentration des pouvoirs autour du Führer.

La Grèce comme laboratoire de la guerre contre les partisans

Si la Grèce constitue bien le cœur de l’étude, elle apparaît surtout comme un terrain d’observation privilégié des méthodes allemandes de lutte contre les mouvements de résistance. Les opérations menées contre les partisans, les représailles contre les populations civiles, les interrogatoires ou les exécutions d’otages sont replacés dans une stratégie plus globale qui se retrouve également en Yougoslavie, puis sur le front de l’Est.

Un ouvrage utile bien au-delà du sujet annoncé

Le titre laisse penser que le livre s’adresse essentiellement aux spécialistes de la Grèce occupée.

En réalité, il intéresse bien d’autres lecteurs qu’ils s’intéressent à l’appareil sécuritaire allemand, aux opérations de maintien de l’ordre dans les Balkans ou plus généralement à la sociologie de l’époque qui voit un peuple et son armée basculer dans une violence répressive quotidienne.

Les nombreuses annexes consacrés à l’organisation de la GFP, de la SS, du SD ou encore les courtes notices par unité de la GFP en France, en Scandinavie donnent une véritable dimension documentaire qui dépasse très largement le seul contexte de la Grèce qui finalement ne représente que la moitié du livre, Balkans compris.


Conclusion

Bien plus qu’une monographie consacrée à la Geheime Feldpolizei en Grèce, cet ouvrage propose une étude approfondie des mécanismes de répression mis en place par l’Allemagne nazie dans les territoires occupés européens. Il explique tout particulièrement les logiques qui conduisent progressivement à la radicalisation de la violence et les moyens qui sont mis en place.

Si le sujet est ultra-spécialisé, The German Secret Field Police in Greece, 1941-1944 trouve naturellement sa place parmi les ouvrages de référence consacrés aux politiques allemandes d’occupation et de répression, d’autant qu’il se lit plutôt bien à condition de maîtriser bien sûr l’anglais.



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