Ce premier numéro inaugure un magazine numérique entièrement consacré aux forces armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Didier LAUGIER en assure seul la conception. Il exploite les archives allemandes pour aborder des sujets peu traités ailleurs et restituer un niveau de détail rarement accessible dans la presse magazine. Au sommaire de ce numéro inaugural : la Wiking à Tcherkassy, la conquête de l’île de Leros en 1943, la 11. Panzer-Division sur le Dniepr au nord de Kiev dans les premiers mois de Barbarossa…
Sommaire de Division Zeitung n°1
- Avant-propos (2 pages)
- Didier LAUGIER, Gliederung et Meldung (6 pages)
- Didier LAUGIER, 5. SS-Panzer-Division Wiking à Tcherkassy (janvier-février 1944), un volontaire alsacien dans la tourmente (14 pages)
- Didier LAUGIER, Opération Taïfun, la conquête de l’île de Leros par la Kampfgruppe Müller, novembre 1943 (16 pages)
- Didier LAUGIER, La 11. Panzer-Division capturez le pont ! Août 1941 (11 pages)
- Didier LAUGIER, Le Bandenkamp-Abzeichen, insigne de combat contre les partisans (bandits) (2 pages)
Fiche technique
- Éditeur : Division Zeitung
- Rédacteur en chef : Didier LAUGIER
- Langue : Français
- Nombre de pages : 53 (numérique uniquement)
- Année de parution : 2025
Présentation et recension
Les racines de l’approche de Division Zeitung
Didier LAUGIER marche donc sur les traces d’Alain VERWICHT ! Il se propose, comme son illustre prédécesseur, de valoriser les archives allemandes en y puisant directement dedans de la matière. Le concept ne manque pas d’attrait. On se souvient qu’avec Panzer Marsch puis Panzer Voran le second a révélé aux passionnés le contenu des ordres de bataille en publiant et décryptant Meldungen et Gliederungen. Pour beaucoup de lecteurs, ce fut une révélation. Au-delà de la liste des unités, ils avaient enfin les dotations exactes et pouvaient voir l’état réel de leurs forces. Cela allait conduire à une certaine mode avec des auteurs qui n’hésitaient plus à creuser un peu plus profondément leurs analyses en corrélant listes d’unités et puissance de feu.
Panzer Voran combinait ces données avec des clichés issus des archives officielles reproduits en grand format. Le texte restait relativement succinct, mais précis. Les chiffres s’attardaient cependant beaucoup sur le parc blindé et les armements lourds, moins sur les effectifs, le ravitaillement et les stocks de munitions. Cela a néanmoins marqué le début d’une mode, celle de replonger dans les archives et de s’extraire des seules sources secondaires.
Dans son avant-propos, Didier LAUGIER revient de manière assez détaillée sur son projet, en décrit avec beaucoup de lucidité ses tenants et aboutissants ainsi que ses limites. Le format numérique laisse une grande souplesse à l’auteur. Contrairement à une publication qui se veut d’abord belle pour valoriser les clichés ou les cartes, à l’image des ouvrages de Panzerwrecks, Peko ou encore Abteilung 502, Division Zeitung cherche à valoriser la source d’archive.
Dans cette logique, il n’est donc pas étonnant que ce premier numéro débute par une phase explicative des Meldungen et Gliederungen pour les lecteurs novices en la matière.
Un avant-propos qui précise le projet éditorial, ses avantages et ses limites
Dans son avant-propos, Didier LAUGIER expose franchement les origines de sa passion et la particularité de sa démarche : un travail centré sur la source brute, un format qui laisse de la place aux retranscriptions et un positionnement assumé pour un lectorat capable d’accepter une lecture exigeante. L’objectif n’est pas d’offrir un bel objet et une lecture détente, mais de donner accès à la matière même des archives.
À la différence des publications d’Alain VERWICHT, souvent illustrées en grand format par les photographies officielles de la Wehrmacht, Division Zeitung choisit un format moins imagé et davantage textuel.
Une lecture exigeante mais récompensée
Lire Division Zeitung demande un certain effort. Le texte multiplie les termes techniques, les abréviations et les références propres à la documentation allemande. L’auteur ne simplifie pas à outrance, ce qui peut surprendre les lecteurs peu habitués à ce type de sources. Mais le bénéfice apparaît rapidement : une fois intégrés, ces codes ouvrent sur un niveau de description rarement proposé dans une revue francophone qui rappelle Kampfzone de Jason MARK.
Un sommaire inaugural qui couvre trois fronts et trois temporalités
La Wiking à Tcherkassy
Le premier grand dossier revient sur les combats de la poche de Tcherkassy en janvier et février 1944. À partir des archives de la 5. SS-Panzer-Division Wiking, l’auteur restitue la situation tactique presque jour par jour. Il publie aussi les extraits du journal de marche d’un volontaire alsacien mêlé à ces opérations.
Cette double perspective – le texte des états-majors d’un côté, les souvenirs du terrain d’un combattant de l’autre – donne une belle mise en perspective. Le tout est complété par des cartes d’époque et des schémas provenant des mêmes fonds.
L’ajout d’éléments en provenance du général THEOBALD révèle les différentes interventions de Walther von SEYDLITZ-KURZBACH pour qu’il capitule. Celui-ci, fait prisonnier à Stalingrad et désormais membre du Nationalkomitee Freies Deutschland (NKFD), cherche à convaincre ses anciens homologues d’arrêter les combats.
Leros 1943 : l’opération Taïfun
Le deuxième article revient en détail sur la conquête allemande de l’île de Leros en novembre 1943, dans la mer Égée. Le contexte est rappelé brièvement avant d’entrer dans le déroulement des opérations. L’auteur décrit précisément l’action de la Kampfgruppe Müller, les contraintes du terrain et l’enchaînement des assauts.
Cette étude met en lumière un épisode parfois cité mais jamais traité avec une telle précision et un tel luxe de détails côté allemand.
Barbarossa : la 11. Panzer-Division à Okounino
Le troisième article aborde l’établissement d’une tête de pont au nord de Kiev, sur le Dniepr, par la 11. Panzer-Division.
L’épisode est particulièrement méconnu : il ne concerne ni les grands franchissements de la 17. Armee, ni ceux de la 1. Panzer-Armee plus en aval. L’auteur montre comment cette division, appuyée par la 111. Infanterie-Division et la Sturmgeschütz-Abteilung 191, parvient à sécuriser un point de passage sous les ordres de la 6. Armee.
Le secteur n’existe plus vraiment aujourd’hui, ayant été inondé lors de la construction du barrage hydroélectrique de Kiev dans les années 1960.
Conclusion
Division Zeitung apparaît comme une revue bien née. Le format numérique lui permet de s’affranchir des contraintes des magazines traditionnels et de proposer des dossiers longs, fondés exclusivement sur les archives. Les sujets retenus sortent des sentiers battus et offrent un niveau de détail que la presse plus généraliste peine à publier sur de telles longueurs. Par son angle d’approche et le croisement de ses regards, le dossier sur Tcherkassy lui-même vaut le détour.
Le travail reste celui d’un auteur passionné, avec les limites que cela implique : mise en forme simple, documents d’archives présentés bruts ou très légèrement retravaillés, iconographie minimaliste. C’est aussi ce qui fait le charme de cette revue, comme l’était Panzer Voran.
La disponibilité variable des archives allemandes, parfois endommagées en fin de guerre, peut réduire le degré de précision pour certains épisodes. Néanmoins, la réserve d’inédits demeure particulièrement considérable et Division Zeitung s’inscrit déjà comme un projet prometteur pour qui souhaite une lecture exigeante, fondée sur les sources, et détachée des approches plus grand public.




Laisser un commentaire