Science & Vie Guerres & Histoire hors-série n°14 (Reworld Media, 2022)

Home » Magazines » Science & Vie Guerres & Histoire » Science & Vie Guerres & Histoire numéros hors-série » Science & Vie Guerres & Histoire hors-série n°14 (Reworld Media, 2022)
Publicités

Présentation

Régulièrement, les magazines spécialisés offrent à leurs lecteurs une compilation des plus grandes batailles sur un thème précis – en l’occurrence, les chars (voir ainsi Batailles & Blindés100 ou Batailles hors-série n°11). Avec plus ou moins de bonheur à la fois sur la sélection et le traitement des sujets eux-mêmes. Ici, point de doute à avoir, c’est un grand cru et pour plusieurs raisons…

Le char, de la bête curieuse à la gloire puis à la remise en cause

L’éditorial de Jean LOPEZ plante de suite le décor. Le char, une arme de création relativement récente, un siècle, demeure un instrument complexe. Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie fait ressurgir de nombreux débats sur sa viabilité, la réponse se trouve dans les pages de ce numéro.

Les chevauchées victorieuses de la Panzerwaffe au cours de la première moitié de la Seconde Guerre mondiale entrainent en effet un biais cognitif important dans l’appréciation de la performance du char. Celui-ci ne pèse pas lourd tout seul. Il réclame de multiples écosystèmes complexes pour être produit, acheminé vers le front, entretenu, engagé, réparé… Exploiter son potentiel demande donc une certaine alchimie et un apprentissage interarmes rigoureux.

L’ampleur des échecs rejoint celui des succès. Le premier article de Benoist BIHAN représente probablement l’une des meilleures synthèses sur ce siècle d’existence du char. A lui tout seul, il justifie l’acquisition du numéro. Avec un intéressant bonus, 15 dates clés pour autant d’espoirs de déceptions dans l’Histoire du char.

Une judicieuse sélection

Lister les plus grandes batailles reste un dilemme complexe car il force à faire des choix par définition réducteurs. L’avantage de la sélection opérée par l’équipe de Science & Vie Guerres & Histoire permet néanmoins aux lecteur de se plonger dans la période de domination absolue du char qui va de la Seconde Guerre mondiale à la Guerre du Golfe de 1990/1991. Cet espace temps assure une certaine homogénéité des matériels et des concepts avant que la numérisation et l’omniprésence de l’électronique sur le champ de bataille ne bouleversent les équilibres.

Autre atout, les auteurs ne se contentent pas de rester sur le seul sol européen, mais explorent les sables des conflits israélo-arabes ainsi que les affrontements entre Inde et Pakistan.

De la légende à la réalité historique

La perception et les débats historiques autour de quelques batailles doivent rappeler à certains contempteurs de l’actuel guerre entre Russie et Ukraine qu’il faut être prudent sur ses interprétations surtout quand les informations disponibles sont par définition influencées par ce que les belligérants laissent ou pas filtrer.

Deux batailles font par exemple écho à ce risque. Celle menée par le Corps de Cavalerie à Hannut / Gembloux devient très tôt et reste très longtemps comme une éclatante victoire française, d’autant plus méritante qu’il s’agit du premier véritable combat entre grandes unités blindées. La première journée de la bataille pose les bases d’un décor qui sera récurrent. Celui qui peut ravitailler ses chars en carburant peut les utiliser. Celui qui peut déclencher un barrage traditionnel d’artillerie peut toujours les arrêter (sans bénéficier forcément d’une ligne de canons antichars). Enfin, l’auteur reste pondéré dans la victoire défensive française. En effet, si les Allemands échouent à percer le front français, ils étrillent fortement le Corps de Cavalerie qui ne peut plus servir de grande réserve opérationnelle. Critique alors que les Allemands s’apprêtent à rompre le front français sur une centaine de kilomètres sur la Meuse de Dinant à Sedan… Nicolas AUBIN propose en guise de conclusion un retour sur l’idéalisation de cet affrontement dans l’imaginaire français et pointe en quoi il traduit bien la sclérose de l’armée française par rapport à son adversaire.

Autre légende tenace définitivement battue en brèche, celle de Prokhorovka durant l’opération Zitadelle. Roman TÖPPEL (auteur d’une étude de référence sur cette dernière) revient ainsi sur les conditions de cette bataille mais également les raisons de la création du mythe d’une victoire décisive soviétique. Les Soviétiques ont besoin de cacher la raclée qu’ils se prennent. Pour cela, ils bénéficient d’un heureux hasard de circonstances.

Si les Allemands brisent la contre-attaque soviétique de Prokhorovka, ils doivent cependant jeter l’éponge et abandonner leur espoir de victoire. La décision se fait ailleurs. A Orel sur les arrières de la 9. Armee de Walter MODEL et en Sicile où les Alliés débarquent…

Dans le domaine des batailles mythiques, mais toujours bien appréciées, celles de l’opération Totalize sur Falaise et de l’opération Frühlingserwachen du Lac Balaton sont également bien décortiquées, tordant là aussi à quelques légendes.

Et il y a beaucoup d’autres affrontements à découvrir et à redécouvrir !

Une mise en forme irréprochable

Avec ses pages de grande dimension, ses photos sur deux pages, ses cartes originales en couleurs, ses profils et ses écorchés, son infographie, Science & Vie Guerres & Histoire propose un contenu solide dans un format très plaisant à lire. Preuve qu’il n’y a pas besoin de papier luxe et de multiplier les planches de matériels reproduites à foison pour faire du beau avec du bon et de l’utile.

La capacité de synthèse et la limpidité des propos, tant des articles que des fiches techniques des matériels qui accompagnent les textes, font de ce numéro une excellente introduction à l’emploi du char dans les armées modernes et des batailles abordées.

En bref…

Finalement, les chars sont un peu comme les parachutistes hier et les forces spéciales aujourd’hui. Toutes les armées veulent les leurs comme si ces unités garantissent à elles seules la victoire. Là aussi, les malheurs russes en Ukraine permettent un retour à la réalité. Il n’existe pas d’arme ou d’unité miracle quand elle est engagée de façon solitaire et sans une logique d’ensemble.

Voir aussi…

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Edito
  • Benoist BIHAN, Le char au XXème siècle, rage, espoirs et déceptions
  • Nicolas AUBIN, Hannut, 1940, la mère de toutes les batailles blindées
  • Hervé BORG, Doubno, 1941, l’Armée rouge échange des chars contre du temps
  • Vincent BERNARD, Gazala, 1942, la dernière morsure du renard
  • Jean LOPEZ, Journal de guerre d’un régiment blindé britannique
  • Vincent BERNARD, Kasserine, 1943, L’Afrikakorps jette ses derniers feux
  • Roman TÖPPEL, La bataille de Prokhorovka, fabrication d’un mythe
  • Nicolas AUBN, Totalize, 1944, autopsie d’une exploitation ratée
  • Jean LOPEZ, Lac Balaton, 1945, l’ultime coup de corne des Panzers
  • Benoist BIHAN, Phillora et Chawinda, 1965, Inde et Pakistan font match nul au Penjab
  • Benoist BIHAN, Guerre froide, l’OTAN manœuvre en Europe
  • Pierre GRUMBERG, Abou Ageila, 1967, le cas d’école du combat interarmes
  • Eitan HADDOK, Zvika Gringold, saul face à une division blindée
  • Benoist BIHAN, Guerre du golfe, les chars de la coalition écrasent l’Irak

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 130
  • Langue : Français
  • Couverture : souple
  • Reliure : collée
  • Dimensions : 22,5 x 28,5 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 8,50 € TTC

Historique de la page

  • 03/12/2022 : création

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.