Normandie 1944 Magazine n°42 (Heimdal, 2022)

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Recension

Sommaire ramassé

Normandie 1944 Magazine propose dans ce numéro un sommaire particulièrement ramassé puisque seuls trois articles sont au menu. Traditionnellement, chaque numéro s’architecture autour d’un article central agrémenté de plusieurs autres de taille plus modeste. Ici, il se divise en trois gros morceaux.

Ce n’est pas plus mal car le contenu proposé donne une impression de densité qui diffère de quelques numéros où des articles plus courts ressemblent davantage à des reprises de texte et de documents déjà publiés dans les différents supports des Editions Heimdal. Une impression de densité qui sied parfaitement au bimensuel 39/45 Magazine depuis plusieurs numéros déjà.

Un débarquement facile ?

Mis à part sur Omaha Beach, le Débarquement semble a posteriori facile, fruit d’une remarquable planification, de moyens colossaux parfaitement adaptés et coordonnés dans la mise en œuvre. La victoire rapidement acquise sur les plages, il ne reste « plus » qu’à progresser rapidement vers l’intérieur des terres. Concrètement, les Allemands ne paraissent jamais en capacité de menacer les assaillants. Même à Omaha Beach, le front de mer plie dans la matinée après deux bonnes heures certes critiques. Mais jamais les forces débarquées ne risquent réellement d’être rejetées. Le manque de vision globale et de contrôle sur les évènements empêchent les états-majors de prendre les bonnes décisions aux bons moments pour engager les rares réserves disponibles.

La réaction allemande ne peut dès lors que reposer que sur la résistance locale de groupes encore en état de combattre. Formés à prendre des initiatives et acceptant le chaos comme la nature même de la bataille, ces groupes peuvent néanmoins perturber sérieusement le bel ordonnancement allié.

Sur Sword Beach, une modeste compagnie appartenant à la 716. Infanterie-Division accroche ainsi la 3rd Infantry Division pendant deux heures. De façon moins dramatique qu’à Omaha Beach mais suffisant pour désorganiser et casser l’allant alors que les Britanniques doivent s’emparer de Caen en fin de journée.

Le récit principalement opérationnel se déroule avec le regard de l’assaillant. Les réactions allemandes sont abordées par les conséquences qu’elles entrainent (pertes, engorgement, retards) et non par elles-mêmes. C’est un peu dommage car la mise en parallèle pourrait donner un article particulièrement vivant et animé.

L’iconographie s’appuie sur les habituelles photos des archives officielles de l’IWM mais également quelques clichés privés pris visiblement après les combats. Des photos de reconnaissance aérienne accompagnent la carte du secteur et donnent un air 3D permettant de mieux visualiser la configuration des lieux. Les lecteurs retrouveront les habituelles cartes et plans puisés dans les fonds documentaires de l’éditeur dont certains n’ont pas changé depuis maintenant bien des années…

Les reproductions couleurs de plusieurs pièces d’uniformes et d’équipements individuels britanniques égayent de nombreuses pages. Alors que titre insiste sur l’aspect « Then and Now », seules quatre photos proposent des vues contemporaines des lieux pris en photo en 1944.

Caen, ville emblématique des errements opérationnels alliés en secteur britannique dès le 6 juin 1944 et du drame des civils pris dans les combats et sous les tapis de bombes alliés comme le montre ce livre synthétique mais percutant.

La Panzer-Lehr en plat de résistance

Cet article sur le Panzergrenadier-Lehr-Regiment 901 de la 130. Panzer-Lehr-Division complète celui paru dans le numéro précédent. Comme souvent avec Frédéric DEPRUN, le fil conducteur n’est pas totalement linéaire compte tenu aussi de la fragmentation des combats et des unités au cœur des sujets abordés.

Il n’empêche que les articles de cet auteur demeurent le principal point d’attraction de ce magazine par le nombre de détails qu’ils procurent. Evidemment, il serait parfois intéressant d’aborder de la même façon des unités américaines ou américaines…

Le texte s’intéresse plus particulièrement au chef du régiment, Georg SCHOLTZE, à l’installation de dans le château de Juvigny (avec une iconographie assez exceptionnelle faite de dessins croqués à l’époque, de photos d’archives et de clichés contemporains montrant des indications encore visibles) et surtout les combats pour Saint-Pierre et Tilly-sur-Seulles dans le but de pousser ensuite sur Bayeux. Un effort offensif bien dans la continuité de la 12. SS-Panzer-Division à sa droite et sur Ellon à sa gauche.

La fin de l’article se concentre sur Georg SCHOLTZE renvoyé par Fritz BAYERLEIN en raison de l’échec de sa contre-attaque. Il prend le commandement de la 20. Panzergrenadier-Division et participe aux combats pour défendre l’approche de Berlin. Sa famille décimée dans le bombardement de Potsdam, il choisit de se suicider. Un parcours à découvrir qui traverse celui des « Lehreinheiten ».

Le drame des Normands

La Normandie sort durement éprouvée de près de trois mois de combats. Les destructions sont immenses, des petits villages aux grandes villes. La population civile paye également un prix très lourd en morts et en blessés. Non seulement les habitants se retrouvent inévitablement pris au milieu des combats, mais ils subissent les ravages des bombardements aériens massifs sur les agglomérations, mais pas seulement. Car les Alliés utilisent l’aviation à la fois pour isoler le front autour de la tête de pont et pour préparer leurs attaques terrestres en plus du support aérien tactique.

Georges BERNAGE le rappelle dans son éditorial : il y a plus de Normands tués que de Britanniques. Evidemment, les victimes civiles sont moins importantes que les pertes militaires cumulées de deux camps, mais quand même, cette assertion montre l’ampleur du drame vécu par les civils.

Il est vrai que les conséquences civiles de la puissance destructrice alliée représentent un tabou historiographique. Il est cependant évoqué ici ou là. Ceux qui ont connu des parents, des grands-parents ayant vécu à cette époque peuvent se souvenir de quelques commentaires ou remarques sur le sujet. Dans certaines régions de France, les bombes alliées laissent place à une véritable rancœur pas toujours effacée par la joie de la Libération.

Les Normands, victimes collatérales de la guerre et plus particulièrement de l’usage extensif de la puissance aérienne alliée, une tâche dans la Libération qui n’est pas sans rappeler les campagnes militaires dans lesquelles sont engagés les Américains depuis 1945 (Vietnam, Somalie, Irak, Afghanistan…) – un aperçu de l’ampleur des destructions et des pertes avec ce numéro spécial Historia paru en 2019

François ROBINARD revient ainsi sur les quelques bombardements massifs préparatoires aux opérations terrestres. Caen bien sûr avant l’opération Charnwood, mais aussi les tapis de bombes avant Goodwood, Cobra, Bluecoat, Totalize, Tractable, Astonia (Le Havre). L’article s’attarde sur la conception « scientifique » des bombardements entrepris par les Alliés sous l’impulsion de Solomon ZUCKERMAN.

Le texte questionne également la difficulté britannique de modifier ses plans une fois lancés et questionne l’efficacité des troupes de Bernard MONTGOMERY.

S’il ne l’évoque pas, le sujet interroge cependant sur la capacité alliée à tenir compte de l’environnement civil et des conséquences que cela peut avoir après les combats. Les expériences plus récentes en Afghanistan, en Irak et dans de nombreuses opérations asymétriques menées au nom du contre-terrorisme islamiques montrent que, malgré les progrès technologiques de la précision des armes, cette question demeure toujours d’actualité. Avec à la clef une équation difficilement solutionnable : faut-il prendre le risque de sacrifier ses propres hommes pour préserver la population ou au contraire laminer préalablement la zone des combats au risque de s’aliéner durablement les civils ?

La bataille de Normandie, deux approches opérationnelles opposées

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les différents camps portent globalement assez peu de considération aux pertes civiles, y compris dans les zones qui semblent potentiellement amies. L’armée allemande ne s’embarrasse pas de considération éthiques, les bombardements délibérés sur les centres civils sans objectif militaire dès le début du conflit le montrent bien. Sans parler de la contribution active et systémique de la Wehrmacht à nombre de massacres, déportations et crimes de guerre qui ne restent pas du seul apanage de la SS ou de la Waffen-SS. De leur côté, les Alliés avec leur utilisation massive des bombardements aériens sur les centres civils causent nombre de dégâts irréversibles, d’autant que leur puissance de feu se trouve multipliée par rapport à celle dont disposait leur adversaire au début du conflit.

Ces trois articles illustrent donc les différences d’approche et de culture opérationnelle qui pèsent sur le déroulement de la guerre mais également sur l’historiographie.

Les Alliés cherchent à maîtriser le chaos de la bataille par une rigoureuse planification, un commandement centralisé et l’usage immodéré de leur puissance de feu. Côté allemand, la culture considère cette dimension chaotique comme étant inévitable et prépare ses unités à faire avec. D’où la capacité de réaction et d’autonomie, en attaque comme en défense. Dans son livre The Last German Victory consacré aux causes de l’échec de Market Garden, Aaron BATES explique brillement les raisons et les conséquence de cette différence culturelle.

La puissance permet la victoire militaire, mais ne permet de gagner automatiquement les « cœurs ». Le panache des exploits individuels permet de s’attirer la bienveillance historiographique, même en appartenant au camps des vaincus. Il est plus porteur de décrire l’exploit de Michael WITTMANN à Villers-Bocage que de valoriser l’obscure de travail de planification et d’orchestration d’un plan de feu ou de bombardement, aussi soigné et réussi soit-il. Voilà qui contribue activement au biais germanique si présent dans l’étude des combats de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

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Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Stéphane JACQUET, 6 juin 1944, la 3rd Infantry Division britannique débarque à Hermanville-sur-Mer (1ère partie), Then and Now
  • Frédéric DEPRUN, Le Pz.Gr.-Lehr-Rgt. 901 « Scholze » (2ème partie), le front de Tilly, juin 1944
  • François ROBINARD, Le soutien stratégique aux grandes attaques alliées en Normandie
  • Bibliothèque Bataille de Normandie (Les Normands dans la guerre, le temps des épreuves, 1939-1945)

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 96
  • Langue : Français
  • Reliure : collée, couverture souple
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 11,50€

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