Ligne de Front hors-série n°45 (Caraktère, 2022)

Home » Magazines » Ligne de Front » Ligne de Front numéros hors-série » Ligne de Front hors-série n°45 (Caraktère, 2022)

Recension

De la guerre…

La Seconde Guerre mondiale reste dans l’histoire militaire moderne un point d’ancrage intournable que ce soit pour les combats de haute intensité comme ceux asymétriques. Alors que le XXIème siècle se trouve déjà bien avancé et que le mythe d’un monde sans guerre n’est plus (si tant est qu’il le fut un jour), la période 1939/1945 représente la maturité des conflits nés du XIXème siècle (Guerre franco-prussienne et guerre civile américaine) tout en posant les fondations des armées modernes qui sont à l’œuvre aujourd’hui, nonobstant les avancées technologiques de la numérisation. Depuis au moins l’Antiquité, la guerre repose sur certains principes de base qui évoluent et s’enrichissent au fil du temps. En cela, les armées du XXIème siècle et les « règles du jeu » n’échappent pas à une certaine continuité, même si les brutales poussées technologiques peuvent laisser penser le contraire.

Car le passé éclaire les périodes précédentes mais aussi le présent. Tout comme le présent amène des réflexions ou des angles de vue sur le passé.

Numéro exceptionnel à plusieurs titres

Sortant de son champ éditorial traditionnel (la Seconde Guerre mondiale principalement et plus accessoirement les conflits du XXème siècle), Ligne de Front propose un numéro assez exceptionnel dans les tous les sens du terme. D’abord, il « jure » en effet par rapport au sujet des numéros hors-série usuels. Ensuite, il agglomère des périodes et des lieux totalement différents. Avec pour seul fil conducteur apparent, le soldat au cœur des batailles.

Côté illustrations, le magazine a la bonne idée de continuer, voire d’amplifier, les dessins de soldats de plein pied en offrant plusieurs œuvres de l’artiste espagnol Angel Garcia Pinto. Jusque-là, seuls les articles sur les forces spéciales bénéficiaient de ce traitement alors que ce type d’illustrations peut parler bien plus que des profils couleurs de matériels, qu’ils soient à plat, en écorché ou en 3D. En tout cas, les pages se retrouvent très largement colorisées !

Un choix et un ordre qui cependant interrogent

Le numéro se divise en cinq parties présentant autant de thèmes. Dans l’ordre d’apparition :

  • Le soldat de l’armée confédérée durant la guerre civile américaine
  • Le légionnaire romain
  • Le grenadier à pied de la Garde impériale sous Napoléon Ier
  • Le soldat japonais de la Seconde Guerre mondiale
  • Le chevalier teutonique à travers la bataille de Grunwald-Tannenberg

Faute d’introduction et de présentation générale, le lecteur ne peut que rester interrogatif quant à l’ordre de présentation retenu, non chronologique, et sur les choix opérés alors que la couverture annonce ostensiblement « le soldat à travers l’Histoire ».

Les plumes requises pour contribuer à ce panel aussi vaste conservent un agencement des propos qui leur reste propre. Difficile donc d’y voir un réel schéma directeur et de pouvoir faire des liens thématiques alors, qu’à juste titre, le soldat est une figure majeure de la révolution militaire. Il aurait pu sembler également pertinent d’avoir une vision du soldat de maintenant. Et préalablement de définir ce que couvre le terme de « soldat »…

Cinq articles, cinq capsules

L’article concernant le légionnaire ressemble davantage à une étude sur l’évolution de l’armée romaine, de son recrutement, de sa structure, de son organisation et de l’équipement de ses fantassins ainsi que de son rapport au politique. Celui sur l’armée confédérée de la guerre civile américaine insiste lui aussi sur ces éléments et met en avant le manque de coordination des moyens logistiques dans la défaite des Etats du Sud. Celui sur le soldat japonais éclaire également les caractéristiques des forces terrestres nippones. Contrairement aux armées précitées, le soldat n’est pas vu comme un système d’arme à lui seul qui doit être efficient grâce aux choix de recrutement, à la formation, à l’organisation, à la doctrine, à la logistique et à l’équipement. Pour forcer le trait, il n’a guère plus de prix qu’un droïde séparatiste dans la saga Star Wars où la notion consommable précède celle de valeur ajoutée.

Egalement, l’article sur la bataille de Grunwald effleure également les questions de recrutement, de doctrine et d’armement. Trop sommairement, mais son intérêt est ailleurs (voir plus bas).

L’étude sur la Vieille Garde impériale napoléonienne insiste davantage sur la singularité et le rayonnement au milieu de l’armée de cette troupe si particulière. Là aussi, la notion de garde prétorienne traverse les âges et les régimes politiques. Avec également quelques permanences et singularité (voir Ligne de Front n°20).

Mises bout à bout, ces analyses peuvent donc nourrir des réflexions sur le temps long, voire très long, pour dégager des similitudes et des permanences qui traversent les siècles et les époques, quels que soient les régimes politiques et les technologies.

De l’importance de l’Europe orientale

L’Histoire de l’Est de l’Europe intéresse assez peu les Français qui restent sur une vision gréco-latine du monde englobant le bassin méditerranéen. Au-delà des limes germaniques, c’est le flou, voire plutôt le néant côté historique. Il n’y a qu’à regarder le contenu des manuels scolaires sur le sujet pour se rendre compte que c’est un non sujet. Bien à tort pourtant.

Si cette partie du continent peut nous sembler lointaine, ses rapports de force, ses évolutions impactent les équilibres géopolitiques qui nous concernent directement puisqu’impliquant directement nos alliés et nos voisins. Ne faut-il pas rappeler que la Seconde Guerre mondiale en Europe nait des frictions tectoniques de cette partie du continent et que l’enjeu de la fin du conflit en est son contrôle ?

L’article sur la bataille de Grunwald en 1410 offre un exemple opportun. Ses cartes, comparées à celles d’aujourd’hui, montrent de profondes différences mais aussi des parallèles qui interrogent sur la légitimité de certaines revendications géopolitiques en fonction du point de référence choisi. Un débat qui n’est pas nouveau, y compris en France comme ceux qui animèrent les cercles politiques au sortir de la Première Guerre mondiale quand il fallait définir un point de référence sur les ajustements frontaliers (voir 1919-1921, sortir de la guerre).

Du potentiel !

Si le fil conducteur éditorial manque, chacun des articles n’en demeure pas moins passionnant.

Tout comme le dossier sur Trafalgar paru dans LOS ! n°50, les Editions Caraktère démontrent un vrai potentiel pour traiter des sujets autres que ceux propres au XXème siècle à condition de conserver quelques caractéristiques sur lesquelles s’est développé le succès.

Reste à définir le positionnement par rapport aux publications actuelles qui peuvent parfois donner le sentiment d’avoir du mal à renouveler les sujets concernant la Seconde Guerre mondiale. La faute à une certaine facilité éditoriale mais également à l’appétence des lecteurs pour des sujets toujours peu ou pris identiques.

Moins encyclopédique que les Ligne de Front consacrés aux soldats de la Seconde Guerre mondiale (par exemple : n°27, hors-série n°24 ou n°30), il y a dans ce numéro presque un petit air de feu Champs de bataille et de Guerres & Histoire. L’enjeu n’est cependant pas de dupliquer mais de tisser des liens qui permettent de renouveler les approches et les lecteurs vers le cœur de cible. Reste à observer la suite qui sera donnée à ce ballon d’essai.

Thèmes abordés

Seconde Guerre mondiale 1939/1945, Asie 1937/1941, Asie 1941/1945, Infanterie japonaise

(Seuls les thèmes ayant trait au thème du site sont répertoriés)

Sommaire détaillé

  • Sylvain FERREIRA, L’armée confédérée, l’étoile du Sud
  • Thierry NOËL, Le légionnaire romain, des origines à la chute de l’Empire en Occident
  • Gonzague ESPINOSA-DASSONNEVILLE, Le grenadier à pied de la Garde impériale, le prétorien de Napoléon
  • Fabrice JONCKHEERE, Samouraï en guerre ! Le soldat impérial japonais de 1931 à 1945
  • Sylvain FERREIRA & Xavier TRACOL, Grunwald-Tannenberg, la défaite des Chevaliers teutoniques

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 98
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée avec agrafes
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 11,50 € TTC

Boutique

Liens externes