Ligne de Front n°97 (Caraktère, 2022)

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Présentation

L’Ukraine, ou comment tenter de coller à l’actualité pour tenter de se relancer

Bien entendu, l’invasion de l’Ukraine par la Russie inspire largement les pages de ce numéro de Ligne de Front. Tout d’abord d’un point de vue actualité, avec la reprise de deux articles préalablement publiés par le blog Zone militaire et par un résumé des combats pour Marioupol qui reprend de nombreux éléments déjà évoqués sur les réseaux sociaux. Pas certain que les lecteurs connectés apprennent grand chose…

Ensuite, Nicolas PONTIC évoque la place de l’Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale. Si l’auteur met surtout l’accent sur les combats et leurs conséquences politiques à partir de l’invasion allemande avec l’opération Barbarossa jusqu’à la reprise du terrain par l’Armée rouge en 1943 et 1944, il évoque brièvement la période de l’Entre-deux-guerres avec l’intégration de l’Ukraine au sein de l’URSS et surtout la période de la grande famine. Si le récit des opérations de 1941 et de 1943/1944 reste relativement succinct, le dossier comprend plusieurs zooms sur la collaboration ukrainienne avec l’envahisseur allemand, l’armée insurrectionnelle ukrainienne ou les partisans en faveur de l’Armée rouge. Une lecture à compléter par l’article sur la Crimée paru dans 39/45 Magazine n°373.

De quoi montrer une histoire bien plus complexe qu’en apparence, mais tout en laissant quelque part le lecteur sur sa faim. Le dossier ne permet pas réellement de maîtriser la géographie des lieux et de comprendre les narratifs historiques des deux camps qui se font la guerre. L’absence de repère bibliographique ne permet pas non plus de proposer aux lecteurs des pistes pour aller plus loin, notamment la série de livres rédigés par Prit BUTTAR (voir Retribution et The Reckoning par exemple).

L’infographie apporte également peu de chose. Ainsi, le tableau de comparaison des armées se faisant face en Ukraine en juin 1941 prend la place d’une page complète pour lister le nombre de divisions par type et par armées des deux camps. Sauf que comparer un nombre de grandes unités ne signifie pas grand chose tant les modèles d’organisation sont différents entre les armées allemandes, soviétiques, roumaines, hongroises et slovaques. Les données manquent également de cohérence. D’un côté des unités de pontonniers ou de DCA sont listées, pas de l’autre. Le nombre de chars apparait pour un seul camp… Bref, du remplissage sans intérêt, assez significatif de la construction du dossier qui donne le sentiment de brasser des choux et des carottes sans véritable fil conducteur si ce n’est de parler de l’Ukraine pour se raccrocher à l’actualité.

Jusqu’au 24 février 2022, le dernier conflit de haute intensité sur le sol européen demeure la Seconde Guerre mondiale. Depuis, l’attention des amateurs d’histoire militaire se concentre sur les combats en Ukraine au présent, d’autant plus que les réseaux sociaux et la sphère informationnelle permettent à chaque camp d’alimenter en informations et en images des millions de spectateurs scotchés à leurs écrans. Le temps des actualités cinématographiques hebdomadaires et des articles de journaux quotidiens appartient définitivement au siècle dernier.

Il s’agit donc d’un véritable enjeu pour les rédactions des magazines comme Ligne de Front qui voient depuis février 2022 le centre de préoccupation de leurs lecteurs totalement chamboulé. Pour trouver le bon dosage et forcer la curiosité des lecteurs, il faudra probablement s’affranchir de la simple transcription des flux d’informations des réseaux sociaux et appréhender l’histoire des conflits du XXème siècle avec un grand angle et non pas uniquement la prisme désormais trop étroit et réducteur de la Seconde Guerre mondiale. Bref, l’invasion de l’Ukraine par la Russie pourrait bien sonner le glas d’un concept éditorial déjà bien mal en point avec la baisse constante du nombre de lecteurs depuis quelques décennies et la difficulté de renouveler les sujets à proposer.

Camouflage

L’article sur l’art du camouflage représente probablement l’article le plus intéressant de ce numéro. Il en retrace ses grandes tendances dans les trois dimensions (terre, air mer) et sur différents supports (soldats, matériels de combat) en s’attardant plus particulièrement sur la Première puis la Seconde Guerre mondiale. Il faut espérer qu’un second volet propose les tendances sur l’après-1945 et explore par exemple les innovations dans ce domaine dans la conflit russo-ukrainien avec l’irruption massive des drones et la multiplications des capteurs.

Batailles urbaines, Ortona l’oubliée

Assez peu d’amateurs connaissent cette bataille en Italie qui voit les Alliés inaugurer leur première vraie bataille en milieu urbain. Faut juste ne pas prêter attention à la coquille dans le sommaire propose comme sous-titre « clé de la guerre en Libye ? » qui rappelle le titre de l’article sur Tobrouk transformé en « UQDT QV M » dans le précédent numéro. Pas idéal pour un positionnement qui se veut qualitatif.

L’article sur Ortona est à compléter par la lecture sur l’autre grande bataille urbaine à l’Ouest, Aix-la-Chapelle (Aachen) dans Batailles & Blindés n°108.

Et toujours les bonnes feuilles…

Comme de coutume, les Editions Caraktère accompagne la publication de leurs ouvrages d’extraits dans les différents magazines. Ce numéro ne fait pas exception avec deux articles qui reprennent des textes et illustrations de L’artillerie antichar allemande et de L’encyclopédie du Panzergrenadier.

Bilan en demi-teinte

Entre les bonnes feuilles, les brèves d’actualité en lecture public sur le web plus des informations et des illustrations déjà largement partagées sur les réseaux sociaux pour l’actualité de la guerre en Ukraine, les passionnés qui cherchent de l’inédit et qui ne souhaitent pas systématiquement avoir de doublons entre magazines et livres de la même maison d’édition risquent fort de faire grise mine…

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Nicolas PONTIC, La bataille de Marioupol et d’Azovstal
  • Actualités
  • Actus du livre (Les Roumains dans la campagne de Stalingrad, Les compagnons de la Libération, Le petit théâtre des opérations tome 2, D-Day et la bataille de Normandie, S’engager ! de l’Antiquité au XXIème siècle)
  • Nicolas PONTIC, La bataille d’Ortona ou la difficile expérience alliée du combat urbain
  • Loïc CHARPENTIER, De la Flak à la Pak, les canons antiaériens lourds en emploi antichars
  • Nicolas PONTIC, L’Ukraine dans la Seconde Guerre mondiale, terre martyrisée et convoitée
  • Nicolas PONTIC, L’art du camouflage, tromper, leurrer et dissimuler
  • Didier LAUGIER, Uniformes des Grenadiere et Panzegrenadiere sur le Westfront et l’Ostfront

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 82
  • Langue : Français
  • Couverture : souple
  • Reliure : reliure agrafée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 7,50 € TTC