Batailles & Blindés hors-série n°48 (Caraktère, 2022)

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Recension

Un sujet probablement infini, mais habilement mené

Camille VARGAS se lance dans un exercice compliqué, celui d’expliquer la défaite de la France en 1940 en à peine plus de cent pages ! Le pari est audacieux, mais aussi tout en modestie, puisque l’auteure se garde bien de prétendre à un jugement définitif.

Ces dix points ne sont sûrement pas suffisants pour aborder l’entièreté et la complexité de ces quelques semaines de guerre »

Le travail repose donc en premier sur la pertinence de ces dix points. Le choix s’oriente sur une approche plutôt systémique, l’ensemble ne fournissant en effet pas un récit chronologie.

En fait, le fil éditorial pourrait se répartir ainsi :

  • L’état de l’armée française au moment d’entrer dans le conflit au travers son organisation, la Ligne Maginot, son potentiel blindé (matériels et unités) et aérien, son complexe militaro-industriel
  • Les plans initiaux français à travers le soutien à la Pologne (offensive sur la Sarre) et la réaction au déclenchement de Fall Gelb avec la manœuvre Dyle-Breda
  • Le second acte après Dunkerque
  • L’Armistice et la fin des combats

Sans oublier la question de la mémoire du soldat, présente de l’avant-propos au dernier chapitre. Rafraichissant.

Loin de sempiternels poncifs

Si les informations fournies dans ce numéro ne sont pas particulièrement inconnues, la façon de les présenter et de faire des liens détonne de l’habituelle historiographie répétitive d’un certain nombre d’écrits depuis des décennies. Toute la valeur ajoutée de l’exercice ici proposé repose sur cette vision qui ne cherche à réaffirmer quelques poncifs, mais au contraire à prendre du recul et intégrer que chaque action (ou non action) entraine une réaction de l’adversaire, que tout est question d’équilibre et de cohérence.

Le chapitre concernant la manœuvre Dyle-Breda est particulièrement représentatif de cet état d’esprit. Camille VARGAS reconnaît ainsi le bienfondé de l’opération, mais pointe les incohérences de sa réalisation. A juste titre, si elle remarque que les Français réalisent trop tard que le point décisif se joue dans les Ardennes, sans se focaliser uniquement sur Sedan qui n’est que l’extrémité Sud d’une déchirure qui court sur cent kilomètres, elle n’oublie pas de signaler que sans cela, le plan allié aurait de toute façon pêché par manque de moyens. En effet, la prise de Maastricht ainsi des ponts sur la Meuse et le canal Albert qui ne sont plus protégés par le fort d’Eben-Emael neutralisé, fragilise dès le matin du 10 mai 1940 la viabilité de la poussée française.

De l’art de la nuance

La pondération des propos se retrouve également dans le chapitre concernant la Ligne Maginot. S’il est désormais de bon ton de la critiquer, Camille VARGAS revient sur son utilité qui est de canaliser l’adversaire potentiel et de créer une réserve de troupes. La manœuvre Dyle-Breda ne peut ainsi se concevoir que parce que les Allemands cherchent justement à la contourner et que les Français peuvent ménager un corps de bataille mobile pour porter leur défense en Belgique et oser un front continu qui va jusqu’aux Pays-Bas.

Le cœur du problème, l’armée ou son emploi ?

Contrairement à de nombreuses idées reçues développées durant le régime de Vichy et après-guerre, l’armée française, son armement et ses matériels, son industrie ne sont pas déclassés. Bien entendu, chaque composante de l’armée française possède des faiblesses, mais aussi des atouts. L’adversaire n’est pas exempt de défaut non plus. L’effort de réarmement est réel.

  • L’armée de terre métropolitaine représente une force massive, assez comparable à son adversaire en termes d’organisation et de structure – seul bémol, certains équipements sont anciens ce qui peu sembler assez logique pour une armée qui n’a pas eu besoin de se démilitariser à l’issue de la Première Guerre mondiale contrairement à la Reichswehr – de son côté, l’armée allemande souffre de nombreuses carences en raison de son réarmement réalisé à vitesse forcée et encore incomplet
  • Le complexe-militaro industriel est pleinement engagé dans les programmes d’armement et la situation sociale n’est pas aussi délétère que la légende construite par Vichy dès l’Armistice peut le laisser penser – l’industrie allemande ne tourne pas encore à plein régime et nombre de matériels ne possèdent pas encore la maturité de conception qu’ils auront dans la deuxième partie du conflit

Ce qui saisit cependant le lecteur, c’est l’incohérence de l’armée et de l’usage qui en est fait. Alors qu’elle se destine à une posture essentiellement défensive, son commandant-en-chef fait le choix d’un vaste mouvement de projection vers l’avant. S’il ne vise pas à enfoncer les lignes adversaires mais bien à former une ligne de défense en amont du territoire français tout en maintenant dans le conflit la Hollande et la Belgique pour obtenir un rapport de force plus favorable vis-à-vis du Troisième Reich, il n’en reste pas moins totalement en contradiction avec la nature de l’armée, sa doctrine et sa culture opérationnelle alors en vigueur.

Construire de coûteux ouvrages en négligeant le matériel offensif et à la fois déclarer la guerre et partir se battre en rase campagne était parfaitement illogique. »

De la question des blindés

Du côté des chars, la France ne rate pas particulièrement la question du nombre et de la technique. Ses engins n’ont rien à envier à leurs adversaires qui ne sont pas constitués majoritairement, loin s’en faut, des Panzer III et Panzer IV dont la conception représente en effet une avancée reprise et consolidée ensuite.

Ce qui apparait clairement dans le texte, c’est le manque d’homogénéité des différentes unités en comparaison avec celles de l’adversaire et surtout des carences notamment logistiques. Ces dernières sont rédhibitoires sur le champ de bataille. L’emploi opérationnel des divisions blindées allemandes parait en effet bien plus rodé et conçu que celui des unités françaises.

Après Dunkerque

A l’opposé de la manœuvre Dyle-Breda de Maurice GAMELIN, les dispositions prises par Maxime WEYGAND bénéficient d’une aura plutôt positives dans l’historiographie. Pourtant, Camille VARGAS ose soulever la question de la pertinence de cette approche en raison des implications qu’elle provoque. En effet, si la Ligne Weygand se fait trouer, il n’y a plus aucune alternative possible, mis à part l’Armistice. Fall Rot et ses coups de boutoir séquentiels a bien vite raison des intentions françaises qui se retrouvent dès lors dans une totale impasse stratégique. Et il faut un certain courage pour affirmer que « le problème n’est donc pas l’armistice en soit, mais ce que l’on a fait ensuite ».

Indispensable !

Dans les petits détails qui parsèment le texte, on apprécie la mention faite sur le rôle du Parti communiste qui malgré une posture politique alignée sur l’URSS, donc en partie sur son alliance avec le Troisième Reich, n’a, heureusement, pas trop d’influences concrètes.

Egalement, le point de vue sur l’offensive de la Sarre mérite d’être connu. Là aussi, il sort des sentiers battus habituels.

Le dernier paragraphe en guise de conclusion pourra surprendre nombre de lecteurs. Pourtant, c’est probablement le texte le plus justement écrit sur la question. Pour sortir des habituels raccourcis sur 1940, il aura fallu attendre plus de quatre-vingt ans, le travail d’un certain nombre de défricheurs (Roger BRUGE, Stéphane FERRARD, Pascal DANJOU, François VAUVILLIER, Jean-Yves MARY et quelques autres) et l’avènement, enfin, d’une génération d’auteurs qui ne se contente pas de reprendre les récits autobiographiques des ROMMEL, GUDERIAN, de GAULLE et consorts, mais de mettre en perspective des éléments connus. Bravo !

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Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Avant-propos
  • L’armée française de 1940 en chiffres
  • Désarmement ou réarmement ?
  • L’offensive de la Sarre, la France a-t-elle abandonné la Pologne ?
  • Le Plan Dyle-Breda
  • Derrière la Ligne Maginot
  • Armée de l’Air contre Luftwaffe
  • Les chars en question
  • Après Dunkerque
  • L’Armistice selle le destin de la France
  • Ceux de 40

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 116
  • Langue : Français
  • Reliure : souple et collée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 14,90 € TTC