Batailles & Blindés n°111 (Caraktère, 2022)

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Présentation

La guerre en Ukraine résultant de l’invasion russe déclenchée le 24 février 2022 occupe encore toujours l’actualité militaire. Outre les quelques brèves d’actualité transcrites par Loïc BECKER ou issues des billets publiés par le site Zone militaire Opex 360, Michel GOYA propose un article original de quatorze pages qui synthétise les six premiers mois de conflit.

Ukraine 2022

Après avoir comparé la structure de chacune des armées, l’auteur détaille les objectifs initiaux de la Russie puis leur révision en fonction des revers subis à Kiev, Kharkiv et en direction de Mykolaïv. La dynamique des opérations pour la capitale ukrainienne est illustrée d’une série de six cartes montrant la progression russe du 24 février au 1er mars.

La question de la logistique et de l’emploi des forces revient tout au long du texte. Cette actualité montre l’importance dans l’étude des opérations militaires des précédents conflits de ces différentes facettes, bien trop souvent ignorées des auteurs qui se contentent généralement d’un récit chronologique des principales actions. La guerre en Ukraine ne signe pas la fin du char, à condition qu’il soit, comme toujours dans son histoire, correctement employé (voir Science & Vie Guerres & Histoire hors-série n°14 et Batailles & Blindés n°110).

L’iconographie repose bien évidemment sur des photos contemporaines mais également sur des vues 3D du T-90A en deux pleines pages ainsi que deux profils couleurs dont un vue du dessus.

Ielnia 1941 ou le premier recul allemand de l’opération Barbarossa

Les lecteurs de Paul CARELL et des nombreuses publications qu’il inspire ensuite se souviennent de sa narration des combats pour la poche de Smolensk. Une grande victoire, acquise non sans effort, mais un succès éclatant. La conquête de la boucle d’Ielnia passe pour un morceau de bravoure héroïque où les Soviétiques se sacrifient inutilement. Le récit de la bascule des opérations en direction de Kiev et l’opposition de Heinz GUDERIAN évite ensuite de s’appesantir sur l’évacuation du terrain conquis au prix fort et cette première victoire d’un dénommé Gueorgui JOUKOV (voir le récit qu’en font Jean LOPEZ et Lasha OTKHMEZURI dans Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler).

Il faut attendre les travaux de David GLANTZ et son indispensable trilogie sur la bataille de Smolensk dont le titre peut être traduit par « Barbarossa déraille » pour montrer que les combats de juillet et d’août 1941 bloquent la Heeresgruppe Mitte et annoncent des moments bien difficiles à la Wehrmacht. La bascule vers le Sud pour rejoindre les pointes de la Panzergruppe 1 qui viennent de franchir le Dniepr et contournent la capitale ukrainienne permet finalement de déverrouiller la situation.

Le concept opérationnel de JOUKOV ressemble à s’y méprendre à ce qu’il essaye de renouveler un peu plus d’un plus tard sur le saillant de Rjev avec l’opération Mars

De Lattre et ses chars, retour en arrière ?

Michel PESQUEUR propose un article très intéressant sur la façon dont Jean de LATTRE de TASSIGNY utilise les trois divisions blindées mises à sa disposition dans sa remontée du couloir rhodanien, dans les Vosges et en Alsace, notamment à Colmar. Loin de les utiliser rassemblées et groupées, il les « saucissonne » au profit de ses divisions d’infanterie. Une conception qui peut faire penser à la caricature de 1940 où les Allemands utilisées leurs chars uniquement au sein de leurs Panzer-Divisionen tandis que les Français dispersent entre DCR, DLM et BCC dont une part importante agit en soutien des grandes unités d’infanterie.

Une situation qui provoque quelques remous avec les divisionnaires concernés dont Philippe LECLERC qui en vient à exiger de ne pas servir au profit de la 1ère Armée. Et un récit qui donne une image pour le moins troublante du commandant d’armée entre insensibilité à la souffrance de ses hommes, un relationnel des plus déplorables et une compréhension de l’arme blindée pour le moins iconoclaste à ce moment du conflit. Même si les belligérants ne mettent pas « tous leurs œufs dans le même panier ». En effet, les Allemands cherchent à apporter un soutien blindé à leurs divisions d’infanterie au travers de leurs canons d’assaut tandis que les Américains prennent soin de cumuler Armored Divisions, Tanks Battalions et Tank Destroyer Battalions permettant de grandes manœuvres tout en procurant un appui permanent à leurs Infantry Divisions.

Des Polonais à Narvik

Ce numéro propose également un article basé quelques pages du livre de Jacques WIACEK sur l’Histoire de l’armée polonaise en France, 1939-1940 paru chez Ysec. En effet, après l’invasion de la Pologne, plusieurs dizaines de milliers de ressortissants rallient la France où vient se réfugier le gouvernement en exil et prennent les armes aux côtés de leur allié.

Les combats pour Narvik offrent l’occasion de reprendre la lutte contre l’adversaire allemand au sein du Corps Expéditionnaire Français en Scandinavie. Une victoire malheureusement sans lendemain alors que le décision se fait successivement sur la Meuse, la Somme et l’Aisne à l’Ouest en 1940

StuG III et Tiger

Deux articles reviennent également sur l’engagement d’unités allemandes au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le premier rédigé par Didier LAUGIER auteur de l’Encyclopédie du Panzergrenadier ainsi que des albums Sturmartillerie I et Sturmartillerie II présente ici un témoignage d’un vétéran de la Sturmgeschütz-Abteilung 242 engagée à Monte Cassino extrait de la revue des anciens de la Sturmartillerie. Une illustration bien intéressante sur les conditions de combat en milieu urbain et de vie des équipages avec leurs montures.

Stephan CAZENAVE, auteur de nombreux historiques sur les unités de la Waffen-SS (d’abord chez Heimdal puis chez Maranes) dont l’un consacré à la schwere SS-Panzer-Abteilung 102/502, revient sur les combats de la SS-Panzergrenadier-Division Das Reich et plus particulièrement le premier engagement de compagnie de Panzer Tiger Ausf. E à Kharkov en février et mars 1943.

Outre la narration de ces combats désormais assez bien connus, l’intérêt de l’article consiste essentiellement en sa conclusion qui tente de tirer un bilan des débuts du char lourd au sein de cette unité. Ce baptême du feu réunit en effet plusieurs inconvénients : équipages nouvellement formés et souvent issus d’une reconversion à partir d’une autre arme, nouveau système d’arme dont la fiabilité et l’apprentissage restent à parfaire, conditions climatiques détestables (neige, gel, boue). Il en résulte un taux de disponibilité des chars assez faible qui cumulé avec l’environnement tactique conduit à un morcellement de la compagnie. Loin de la théorie, l’accompagnement de Panzer III reste très aléatoire.

Bref, ce premier engagement donne un bilan mitigé un peu comme celui de la schwere Panzer-Abteilung 502 dans le secteur de Leningrad. Pourtant, le potentiel apparait déjà assez prometteur compte tenu des vents contraires qu’il doit affronter dans ces engagements initiaux.

Conclusion

La Seconde Guerre mondiale et la guerre en Ukraine semblent donc être les deux mamelles qui alimentent en 2022 (et probablement en 2023) les sommaires des magazines spécialisés. L’irruption d’un conflit inter-étatique qui se déroule sous nos yeux avec les moyens d’information instantanées que procurent les réseaux sociaux permettent de revisiter quelque peu les grands classiques des dernières guerres mondiales en touchant davantage du doigt les contraintes logistiques, matérielles, humaines, organisationnelles, etc. Voilà de quoi animer de vastes débats et alimenter de nombreux allers et retours entre passé et présent…

Voir aussi…

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Camille VARGAS, Dans les secrets des réserves du Musée des blindés de Saumur
  • Loïc BECKER, La Russie va moderniser 800 T-62
  • Loïc BECKER, Le Abrams X, une nouvelle génération de char ?
  • Loïc BECKER, Test d’Isonzo, le « petit frère » italien de Tannenberg et Verdun
  • Actualités
  • Actualité du livre (Le général de Monsabert, Spahis marocains, uniformes & traditions, La Seconde Guerre mondiale vue d’ailleurs, La guerre d’indépendance américaine, La 3e Division d’Infanterie Motorisée, Histoire de l’armée polonaise en France, 1939-1940)
  • Didier LAUGIER, Cache-cache mortel à Cassino, la Sturmgeschütz-Abteilung 242 en action !
  • Michel GOYA, Six mois de chaos en Ukraine, premiers retours
  • Stephan CAZENAVE, Le fauve s’en va-t-en guerre, le baptême du feu des Tigers de la « Das Reich » (février-mars 1943)
  • Loïc BECKER, Ielnia, 1941, la première victoire soviétique
  • Michel PESQUEUR, De Lattre et les blindés, amour ou dédain ?
  • Jacques WIACEK, Narvik, la brigade Phodale, les Polonais dans le Grand Nord
  • Loïc BECKER, Mortain, l’enfer de la colline 314

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 82
  • Langue : Français
  • Couverture : souple
  • Reliure : agrafée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 7,80 € TTC

Historique de la page

  • 31/12/2022 : mise à jour (voir aussi…)
  • 05/12/2022 : création

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