39/45 Magazine n°381 (Heimdal, 2023)

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Des sables d’Afrique du Nord aux conditions hivernales des Ardennes, des racines de la renaissance militaire allemande après 1918 aux projets technologiques les plus ambitieux en passant par l’animation nationale au contrôle des territoires occupés, un 39/45 Magazine dense et intense…

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Présentation

Guerres et crimes de guerre

Les conflits contemporains le rappellent malheureusement inlassablement. Ils drainent inévitablement leurs cortèges de victimes collatérales et de crimes de guerre. Bien entendu, la tolérance et l’acceptation de ces entorses aux “lois de la guerre” dépend des époques, des postures et des cultures. Un sujet hautement sensible comme le démontrent les débats sans fin des tenants des différents camps dans les conflits contemporains (Russie/Ukraine, Israël/Palestine, guerre globale contre le terrorisme islamique, etc.).

A l’heure des armements de précision, les frappes sur des infrastructures civiles passent mal, en tout cas dans les pays dits occidentaux. On oublie trop souvent que quelques décennies encore, pour détruire un objectif militaire ou pouvant servir aux forces adverses, il fallait copieusement arroser la zone sans faire de distinction entre soldats, usines d’armement et civils. Il ne faut pas non plus cacher que les zones d’habitation furent également délibérément ciblées dans le cadre notamment des campagnes de bombardement stratégique sur les villes du Troisième Reich et du Japon.

Massacrer à dessein ou laisser mourir des prisonniers, des civils, violer des femmes et déporter des enfants, prendre des otages : ces actes représentent à l’évidence des crimes de guerre que rien n’excuse. Pourtant, il convient de faire la part des choses entre une motivation systémique à l’instar des exactions perpétrées par les Allemands et les Soviétiques dans leurs différents engagements opérationnels et des faits relevant davantage de conduites individuelles même si elles se produisent en groupe.

Car avec le stress lié aux combat, aux horreurs vécues et vues, nul n’est à l’abri de voir s’effondrer son propre cadre moral ou sa résistance nerveuse. C’est pourquoi, la formation et la préparation des troupes et de leur encadrement font partie des moyens employés par chaque belligérant pour tenter de réduire les risques d’un dérapage dont on voit qu’aucune armée n’est totalement épargnée. Ce numéro de 39/45 Magazine rappelle ainsi que les Allemands ne sont pas les seuls à commettre des massacres individuels ou de groupe dans les Ardennes. Il ne faut cependant pas tomber dans le piège de se dire finalement “tous pareils” (voir les massacres sur le trajet de la Kampfgruppe Knittel, de Malmedy, etc.).

Celui de Chenogne clôture à la fois une période qui met les nerfs à vif des Américains après les deux premières semaines de l’offensive allemande et une phase de combat intense dans des conditions hivernales particulièrement éprouvantes autour de Bastogne où les deux camps ne se font pas de cadeau. Rien n’excuse néanmoins les coupables qui appartiennent ici à la 11th US Armored Division envoyé au front en urgence pour y connaître leur baptême du feu.

Il serait d’ailleurs intéressant d’explorer un jour les approches des différents belligérants pour prévenir, laisser faire ou au contraire favoriser les dérives de leurs troupes, les moyens déployés pour punir les éventuels écarts même s’il y a souvent un réflexe de couvrir les méfaits de son propre camp tout en gardant en tête que les conditions de l’époque ne sont pas celles actuelles. On notera ainsi la note manuscrite de George PATTON qui souhaite étouffer l’affaire.

Innovation et projets d’armement

Là aussi, l’actualité montre que chaque camp en guerre cherche une solution miracle pour vaincre son adversaire, rétablir une situation, etc. Certaines évolutions apportent un avantage immédiat et décisif, d’autres sur un temps plus long. La Seconde Guerre mondiale ne fait pas exception. Il faut ainsi relire le livre de Michel GOYA, S’adapter pour vaincre pour mesurer ô combien il est difficile de transcrire une avancée technologique ou technique en un avantage militaire décisif ou suffisamment important pour faire bouger les lignes.

Il est ainsi surprenant de voir que les années fastes du Blitzkrieg (Pologne 1939, Ouest 1940) se réalisent avec une Panzerwaffe très majoritairement équipée de chars légers alors que la défaite voit se consumer des armements beaucoup plus pointus et performants notamment face à leurs adversaires immédiats.

Les bureaux d’études du Troisième Reich parviennent à de nombreuses avancées technologiques dans tous les domaines mais se trouvent incapables de transformer cette avance technologique en des systèmes d’armes qui permettent d’emporter stratégiquement la décision, la somme des avantages tactiques obtenus ponctuellement ne parvenant pas à renverser substantiellement les équilibres.

Il ne faut non plus perdre de vue que les études menées par les vaincus ne peuvent aboutir à la différence de ceux poursuivis par les Allemands (voir ainsi Ligne de Front n°100, Aérojournal n°95). et rien ne dit que les Polonais ou les Français n’auraient pas été plus efficaces dans la gestation de leurs développements.

Les efforts déployés et la gestion du risque inhérent à toute évolution demande maîtrise et coordination des projets menés afin de limiter les ressources employées tout en se laissant la possibilité de ne pas passer à côté d’une rupture technologique transformable en une application utile et opérationnelle. Bref, il existe un subtile équilibre entre recherche fondamentale et amélioration continue que l’auteur (Hugues WENKIN) cherche à illustrer à travers plusieurs exemples.

Pour parvenir à un équilibre par définition instable et mouvant, il est nécessaire de coordonner chercheurs, utilisateurs, financeurs et industriels tout en assurant une évaluation rationnelle des progrès et des potentiels afin d’éviter de s’enfermer dans une impasse. Une rationalité bien éloignée des préoccupation du régime totalitaire plus intéressé à diviser, clientéliser ou tout simplement à exécuter les foudroyances de son chef.

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La Reichswehr, une illustration des ambiguïtés et des ambivalences de l’Entre-deux-guerres

Souvent, notre prisme franco-français nous incite à ne voir la montée des périls qu’avec l’arrivée d’Adolf HITLER au pouvoir le 30 janvier 1933 et la mise en coupe réglée de ses sujets. L’Histoire est malheureusement bien plus complexe que cela et ne peut se résumer à une seule rivalité franco-allemande faite de revanche après la Première Guerre mondiale.

En fait, le continent européen se trouve après 1918 à de puissantes contraintes et tensions. La disparition de l’Empire austro-hongrois, l’affaiblissement allemand, le rétablissement de la Pologne et la révolution bolchévique en Russie bouleverse les équilibres jusque-là établis. Dans l’ensemble des pays concernés, de nouvelles dynamiques se mettent en place et traversent les peuples eux-mêmes. Dans ce magma bouillonnant, chacun cherche à retrouver des marques, à pousser des pions, à nouer de nouvelles alliances non pas sur le long terme, mais pour réaliser un coup. Quitte à trouver un accord avec l’un de ses adversaires. Une situation en tout point similaire à ce qui peut être observé aujourd’hui avec des alliances de pensées ou stratégiques tout à fait étonnantes et détonantes.

La nouvelle armée allemande issue du Traité de Versailles, est certes un creuset bien connu pour les futurs cadres de la Wehrmacht. Mais à ses débuts, elle représente surtout un facteur de stabilité dans un pays au bord de la guerre civile avec de multiples courants. A travers ses corps francs et la schwarze Reichswehr, elle rétablit un semblant d’ordre à l’intérieur mais aussi sur son glacis oriental. Si elle ne joue pas un rôle politique officielle, elle peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre en fonction de l’attitude de ses responsables régionaux face aux différents troubles qui rythment la République de Weimar.

Le récit qu’en fait Charles TRANG est absolument passionnant et questionne autant le passé que le présent.

Conclusion

Les autres articles apportent leur lot de découvertes et on appréciera les profils couleurs proposés en support du texte sur Benghazi qui fait suite à celui publié dans 39/45 Magazine n°363 décrivant les méandres de l’intervention allemande en Afrique du Nord. Finalement, point besoin d’en étaler trop, quelques uns en grand format suffisent amplement surtout quand le reste de l’iconographie à niveau avec pour les cartes, des reproductions d’époque qui changent néanmoins des habituelles tirées des historiques officiels parus après-guerre.

La lecture du numéro s’avère passionnante avec un effort continu depuis maintenant plusieurs numéros de proposer des articles structurés, denses, annotés. La corollaire aboutit parfois à des cheminement un peu tortueux où la clarté du raisonnement se perd un peu. Rien de rédhibitoire cependant pour une revue qui s’achemine mine de rien vers quatre centaines de numéros publiés…

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Sommaire

  • Hugues WENKIN, La prise de Benghazi : l’offensive du Deutsches Afrika-Korps d’Erwin ROMMEL contre les Britanniques et leurs alliés en Libye affaiblis pour l’envoi de troupes en Grèce et en Crète qui aboutit à la prise de Benghazi (16 pages)
  • Charles TRANG, La Reichswehr et les Nazis, une relation équivoque, 1919-1935 : dès sa création, la Reichswehr joue un rôle important dans le réarmement mais également la vie politique dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres en montrant plus ou moins de zèle face aux tentatives de déstabilisation de la République de Weimar et entretenant une relation ambigüe avec le NSDAP d’Adolf HITLER (18 pages)
  • Matthieu LONGUE, Le Chenogne-Rechrival Valley Engagement, baptême du feu pour la 11th US Armored Division et épisode méconnu de la bataille de Bastogne (3ème partie) : combats pour Chenogne et Senonchamps durant la bataille des Ardennes dans le secteur de Bastogne du 29 décembre 1944 au 3 janvier 1945 incluant également la situation des civils et le massacre de prisonniers allemands (26 pages)
  • François de Lannoy, Le général Weygand vu par son chef d’état-major, le colonel de Perier (Afrique du Nord 1940-1942) : portrait de Maxime WEYGAND alors Délégué général pour l’Afrique française par son chef d’état-major comportant la narration d’un certain de commentaires sur BLUM, PETAIN, DARLAN, HUNTZIGER, GIRAUD, FOCH et JOFFRE (8 pages)
  • Hugues WENKIN, La Götterdämmerung des ingénieurs du Reich (1ère partie), les projets ambitieux d’un régime aux aguets : organisation de la gestion des projets d’armement allemands, la méthode d’Albert SPEER, projets rationnels et irrationnels, Panzer Maus, recherche fondamentale, V3, Volksturm Gewehr, EMP 44 et surtout optimisation des processus de fabrication (16 pages)
  • Cyril LE TALLEC, Le Generalbezirk Weissruthenien et la Heeresgruppe Mitte, 1941-1944 [39/45 Magazine n°381 (Heimdal, 2023)] : organisation et fonctionnement de l’occupation allemande en URSS dans le secteur de la Heeresgruppe Mitte (Generalbezirk Weissruthenien) (6 pages)
  • Alain TAUGOURDEAU : Les distinctions du travail sous le IIIe Reich (1ère partie) : historique, caractéristiques et description des différents échelons de l’insigne allemand du Treudienst-Ehrenzeichnen (7 pages)
  • Georges BERNAGE, Mai 1941, un “Indiana Jones” à l’origine de la guerre asymétrique : parcours de John PENDLEBURY, archéologue, qui mobilisé, organise des unités irrégulières en Crète qui interviennent contre les Allemands à Héraklion lors de l’opération Merkur (10 pages)
  • Bibliothèque 39/45 (Les ombres de Caluire)

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 112
  • Langue : Français
  • Couverture : souple
  • Reliure : collée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 12 € TTC

Historique de la page

  • Dernière mise à jour : 08/10/2023
  • Création : 26/08/2023

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