Mook 1944 n°8 (Weyrich, 2022)

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Présentation

Sous couvert d’une « Wehrmacht insaisissable », ce Mook 1944 aborde en fait trois grands sujets. Le premier concerne la résistance belge, le second l’entrée des Alliés en Belgique et le troisième les raisons du redressement allemand après la poche de Falaise/Trun/Chambois en Normandie. Un excellent numéro qui prolonge celui hors-série n°1.

Résistance belge, résistance française : similitudes et divergences

On notera tout d’abord la fabuleuse interview d’Emmanuel DEBRUYNE concernant la résistance belge qui remet en perspective plusieurs choses. Tout d’abord, il souligne que celle-ci à la différence de son homologue française ne fait pas l’objet exploitation politique et historique qui la maintient de fait dans une relative obscurité alors que son rôle et son dynamisme n’en sont pas moins tout aussi essentiels à la victoire alliée. En effet, le besoin de Charles de GAULLE pour imposer sa représentativité le pousse à tirer sa légitimité de la résistance, quand bien même ses premiers acteurs ne s’en réclament pas. Cette « récupération » n’est pas unique puisque les communistes en profitent aussi pour faire oublier leurs errements entre le pacte germano-soviétique et le lancement de l’opération Barbarossa qui les force à un nouveau changement de posture, se transformant d’allié en adversaire du régime nazi plus coupable d’avoir envahi l’URSS que de ses autres agressions et exactions.

En fait, le pouvoir dans notre pays [la Belgique] avait moins besoin de se construire une légitimité, à l’inverse du général de Gaulle, qui devait imposer l’idée que son gouvernement, à Londres, était plus légitime que le gouvernement légal à Vichy.

Emmanuel DEBRUYNE, interview dans Mook 1944 n°8

Particularité belge, le communautarisme joue également un rôle important avec les Flamands et les Wallons, les premiers étant ouvertement favorisés par l’Occupant. Comme les pays baltes en URSS ou les Ukrainiens, les Flamands peuvent se retrouver confronter à un véritable dilemme identitaire : quel camp favoriser pour contribuer à assoir sa propre reconnaissance ? Bref, la Belgique ne peut surjouer avec l’épopée de ses résistants au risque d’aggraver la fracture entre ses deux principales populations contrairement à la France où la mise en avant de la Résistance sert de creuset pour refermer des divergences nées à l’entame du conflit.

Et en Flandre, la question se posait dans des termes particuliers : mourir pour la patrie, oui, mais laquelle ?

Emmanuel DEBRUYNE, interview dans Mook 1944 n°8

Si de Gaulle impose son autorité sur les mouvements de la Résistance française pour assoir sa légitimité politique et internationale quitte à provoquer de nombreuses tensions, avec notamment le rôle trouble du BCRA et les guerres intestines avec les services secrets britanniques, l’osmose se fait plus tôt et plus facilement côté belge.

Dans tous les pays, la Résistance puise ses origines dans des racines culturelles, religieuses, sociales, politiques, voire même familiales. Des subtilités importantes à saisir. Le ton remarquablement pondéré et équilibré de cette interview ferait du bien s’il pouvait en être également ainsi des différentes facettes de la résistance française sans déclencher des querelles stériles qui reposent essentiellement sur des interprétations politiques et idéologiques. Cela grandirait aussi le rôle de chaque membre de la Résistance, quelles que soient ses motivations et le moment de sa bascule.

En Belgique !

L’historiographie de la campagne menée par les Alliés à l’Ouest comporte de nombreux « trous ». Entre le Débarquement en Normandie, l’opération Cobra, la percée d’Avranches, le Débarquement en Provence, la poche de Falaise/Trun/Chambois, la Lorraine et l’opération Market-Garden puis la bataille des Ardennes, ils se passent pourtant plein de choses qui ont leur importance tant d’un point de vue opérationnel que politique.

Le début de la Libération de la Belgique fait partie de ces pages épiques qui restent pourtant dans l’ombre. Pourtant, ce moment qui se déroule toute fin août et tout début septembre est loin d’être neutre. Même si ces poussées n’ont pas la même portée stratégique que les grandes opérations de type Cobra ou Market-Garden, mises bout-à-bout, elles permettent à l’un et à l’autre des camps de préparer l’étape suivante. Ces interludes ne doivent donc pas être négligés. Ainsi la traversée de la Meuse puis l’atteinte du Westwall et enfin sa percée ouvrent des perspectives stratégiques que les Américains et plus globalement les Alliés ne saisissent pas à la fois engoncés dans leurs schémas opérationnels déjà enclenchés et faute de réaliser la possibilité qui s’offre. C’est ainsi le cas de la traversée de l’Our puis de la poussée vers Prüm, malheureusement délaissée au profit du secteur d’Aix-la-Chapelle et de la Hollande.

Sur les traces du I. SS-Panzer-Korps de la Normandie aux Ardennes illustre parfaitement la retraite en combattant pas à pas, la lutte contre la résistance, la défense de la Meuse et le repli derrière le Westwall.

Point culminant

En août 1944, les Alliés s’ouvrent les portes d’une victoire totale à l’Ouest. Entre la percée obtenue avec l’opération Cobra, le débarquement en Provence et la poche de Falaise/Trun/Chambois, ils déchirent le front allemand sur une longue diagonale qui part de la Méditerranée jusqu’aux côtes de la Manche. Pourtant, ce succès indéniable se signifie pas l’effondrement totale de la Wehrmacht pourtant déjà en crise en URSS, en Roumanie, dans les Balkans, en Italie et au-dessus du ciel du Troisième Reich. Un peu comme durant l’opération Barbarossa, le défenseur parvient à se ressaisir en profitant des maladresses de l’attaquant mais surtout en capitalisant sur une multitudes de petits de détails. Cela ne permet de gagner, mais rend possible la continuation la guerre. Une situation très analogue à la situation des premiers jours en Ukraine en 2022 durant lesquels l’armée ukrainienne parvient à enrayer l’avance de l’armée russe et à stabiliser la situation.

Sans forcément faire de révélation, Hugues WENKIN procure encore une fois une synthèse originale, complète de cette période. La gravité de la situation allemande est extrême. Non seulement sur le terrain, mais également dans les états-majors, traumatisée par l’attentat du 20 juillet 1944 contre Adolf HITLER et ses conséquences. Entre ceux qui sont arrêtés, mis de côté en attendant d’en savoir plus sur leur implication, ceux qui sont blessés et ceux qui encore en poste sont davantage concentrés sur comment se défendre, la chaîne de commandement se retrouve gravement fragilisée (voir son analyse dans l’article Le III. Reich aux abois). Sans compter un Führer encore plus aux abois, qui perd encore un peu plus confiance dans ses généraux et officiers le poussant encore davantage dans ses travers : diviser au lieu de faire converger, privilégier la fidélité à la compétence, micro-commandement.

On écrirait un volume entier sur l’influence du 20 juillet sur les généraux.

Günther BLUMENTRITT cité par Hugues WENKIN dans Mook 1944 n°8

Au cours de cette période, certaines figures tutélaires de la Wehrmacht surnagent à l’instar des Gerd von RUNDSTEDT et Heinz GUDERIAN, tous les deux mouillés dans la répression qui s’abat sur leurs collègues et contribuant à tribunal d’honneur militaire chargé de juger les séditieux ou présumés comme tels.

Dans ce contexte, la capacité de l’encadrement intermédiaire et de la troupe est d’autant plus remarquable. Que ce soit le repli à travers la Seine, le long du couloir rhodanien, du Sud-Ouest, les opérations de retardement en direction de la Belgique, de la Lorraine et des Vosges, le durcissement des positions sur le Westwall, la capacité de réaction en Hollande (Anvers, Market-Garden, Zélande), la bataille de Brest et les poches de l’Atlantique et de la Manche pour obliger les Alliés à faire un choix entre libérer des capacités logistiques ou avancer au risque de se retrouver en pénurie, ces actions sont menées avec une coordination minimale (mais pas inexistante) avec cependant une exploitation maximale des capacités de réaction et d’autonomie des unités sur le terrain.

Ainsi, l’article « Deux semaines pour sauver le Reich » regorge d’intérêt, ne serait-ce que par sa structuration :

  • Les priorités politiques
  • Réprimer la moindre velléité de révolte
  • La guerre totale prend son envol
  • Renforcer le contrôle sur les zones occupées
  • Restructurer le commandement
  • Divide et Impera
  • Rétablir les lignes de communication
  • Tenir les ports
  • Construire la redoute finale

Face à la pression alliée, les Allemands s’adaptent et parviennent à mettre en œuvre un ensemble de décisions qui leur évite une défaite définitive avant Noël 1944. Prisonniers des compromis de leur stratégie, de l’équilibre instable entre les égos des différents chefs et de équilibres politiques, les Alliés, et en particulier Dwight D. EISENHOWER, ne s’adaptent pas à la réaction allemande et laissent filer des opportunités.

Parfois un peu provoquant, The Folly of Generals soulignent les opportunités perdues par les Alliés dont la stratégie est mise en difficulté par les décisions et les réactions allemandes à tous niveaux.

Et aussi…

Il n’y a vraiment rien à mettre de côté, ni à jeter dans ce numéro. Les lecteurs découvrent ainsi le récit passionnant de l’opération non autorisée des SAS belges en appui des maquisards et résistants locaux. La poche de Courlande, succinctement évoquée rappelle que les opérations qui se déroulent à l’Est méritent d’être davantage explorées surtout que les aspects militaires se doublent d’une dimension politique et géostratégique particulièrement forte. Dans le prolongement de son positionnement au début du conflit où avec le Pacte germano-soviétique elle adopte une posture aussi agressive et expansionniste que le Troisième Reich, l’URSS ne voit pas la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe puis en Asie la seule optique de mettre aux régimes nazis et nippons, mais bien un moyen d’étendre son influence et son emprise territoriale en annihilant toute opposition politique, sociale et culturelle.

Les deux plumes féminines qui contribuent à la rédaction de ce numéro proposent également d’originaux portraits qui viennent compléter les dossiers portant sur l’esprit de lutte et de résistance qu’il soit belge ou français.

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • ?, La libération de Libin le 7 septembre 1944
  • Clément BINON, Les Harley-Davidson au service des GI’s
  • Emmanuel DEBRUYNE, Résistance, la force des faibles
  • Hugues WENKIN, La mitrailleuse Patchett du lieutenant Renkin
  • Hugues WENKIN, Un III. Reich aux abois
  • Daniel RUELENS, La 2nd Armored Division en pointe jusqu’à la dernière goutte !
  • Clément DERBAUDRENGHIEN, La 9th Infantry Division franchit la frontière en tête
  • Hugues WENKIN, Opération Noah, les SAS belges osent et gagnent !
  • Hugues WENKIN, Deux semaines pour sauver le Reich
  • Hugues WENKIN, L’insaisissable Wehrmacht
  • Hugues WENKIN, L’autre vérité, Eben-Emael
  • Clément TAHIR, Des empereurs s’habillent à Londres
  • Jacques WIACEK, De Riga à la Courlande, la Russie soviétique s’installe sur la Baltique
  • Anne-Marie IMPE, L’itinéraire héroïque d’Andrée De Jongh et du réseau Comète
  • Camille VARGAS, Des anges à croix de Lorraine !
  • L’ivre d’Histoire

Caractéristiques

  • ISBN : 9772593798787
  • Nombre de pages : 216
  • Langue : Français
  • Couverture : souple
  • Reliure : collée
  • Dimensions : 19,5 x 27,5 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 24,50 € TTC

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