Chars allemands (Panzer)

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Historique

Très en retard par rapport à ses adversaires britanniques et français durant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne parvient à révolutionner la conception et l’emploi des chars de combat durant l’Entre-deux-guerres malgré les restrictions imposées par le Traité de Versailles. Confortés par les enseignements de la guerre d’Espagne, les travaux de la Reichswehr permettent au III. Reich de se doter rapidement d’une arme blindée capable de prendre l’ascendant sur ses adversaires au cours des deux première année de la Seconde Guerre mondiale. La rencontre inattendue avec le T-34 provoque un électrochoc qui aboutit à une nouvelle génération de chars qui préfigurent le Main Battle Tank de l’après-guerre. Tournant le dos à certains principes qui font sa force au début du conflit, l’Allemagne se lance dans une course à la puissance qui dépasse ses capacités industrielles. Entre expédients et projets démesurés, les chars allemands symbolisent à la fin du conflit l’impasse dans laquelle se trouve le III. Reich d’un point de vue militaire et industriel. Les vainqueurs se disputent néanmoins âprement l’héritage technique et le savoir-faire, tandis la Bundeswehr renaissante réussit à faire la synthèse entre son propre héritage et l’apport de ses anciens adversaires.

En réaction à l’apparition des premiers chars britanniques durant la Première Guerre mondiale, les Allemands développent un premier char appelé Sturmpanzerwagen A7V de 30 tonnes. Construit à seulement vingt exemplaires dont le premier est livré le 1er octobre 1917, il connaît son baptême du feu à Saint-Quentin le 21 mars 1918. Les états-majors allemands restent dubitatifs quant à son emploi car il est lourd, peu manœuvrant et fragile. A l’instar du Renault FT, deux prototypes de chars légers sont développés dans les derniers mois du conflit : le leichte Kampfwagen LK I de 7 tonnes et le leichte Kampfwagen LK II de 9 tonnes. L’Armistice met fin à ces projets avant que la production en série ne débute. Les engins sont secrètement vendus à la Suède, expédiés en pièces détachées et assemblées sous l’appellation Stridsvagn m/21.

Le Traité de Versailles contraint l’armée allemande à ne conserver que cent mille hommes, dont quatre mille officiers, sans aucun matériel lourd. La conception et la fabrication de chars sont interdites. Néanmoins, sous l’impulsion de son chef Hans von SEEKT, la Reichswehr entame une réforme doctrinale en profondeur et initie secrètement plusieurs projets en partenariat avec des industriels. Les Allemands s’appuient sur l’URSS et la Suède. Le Traité de Rapallo signé le 16 avril 1922 avec les Soviétiques leur accorde des facilités pour tester discrètement des armes interdites par le Traité de Versailles (armes chimiques, avions et chars). De leur côté, les industriels développent leur coopération avec la Suède par le biais de sociétés écrans. Durant l’Entre-Deux-Guerres, la Reichswehr s’entraîne avec de faux chars qui sont des véhicules transformés avec une superstructure additionnelle. En 1926, l’Armeewagen 20 pose déjà les principales spécifications techniques qui s’appliqueraient à un char. S’en suivent plusieurs projets étudiés et cachés sous la désignation de « tracteurs » : Großtraktor initié en mars 1927 et Leichttraktor en mai 1928. Les prototypes sont testés en URSS à partir de 1930. En 1932 sont lancées les études pour un Kleintratkor et un Mittlerer Traktor (Neubaufahrzeug). En 1933, les prototypes envoyés en URSS sont rapatriés en Allemagne, la base de Kama étant fermée le 15 septembre 1933. Le 1er novembre 1933 est formée une compagnie blindée à Zossen avec les différents types de « tracteurs ». Les premiers concepts sont validés et les démarrages en série sont désormais possibles.

Directement inspirés du retour d’expérience de la Première Guerre mondiale et des études menées secrètement par la Reichswehr, trois familles de chars voient le jour : les chars légers, les chars d’accompagnement et les chars de bataille. En avril 1934 débute la fabrication du Panzer I dérivé du Kleintraktor. En janvier 1934, un cahier des charges est établi pour définir un char d’accompagnement qui aboutit au Panzer IV. En juillet 1934 sont lancées les études qui aboutissent au lancement du Panzer II. En 1935 débutent les études d’un char de bataille qui aboutit au Panzer III dont la vocation est de lutter contre les chars adverses. Le 15 octobre 1935 sont créées les trois premières divisions blindées allemandes. Des exemplaires de Panzer I sont envoyés en Espagne où ils connaissent leur baptême du feu. Il y apparaît comme trop léger et pas assez armé, sa production est arrêtée avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Le 15 juin 1936, l’armée allemande lance également l’étude d’un véhicule d’appui destiné aux unités d’infanterie avec un cahier des charges réalisé par Erich von MANSTEIN. Le concept repose sur l’utilisation d’un canon placé sous casemate fixe (et non plus en tourelle) sur un châssis blindé. Une quatrième famille de chars est lancée, celle des canons d’assaut.

En parallèle, états-majors et industriels se penchent sur un char plus lourd, notamment dans la perspective d’affronter la Ligne Maginot. Les prototypes des Durchbruchwagen DW 1 et DW 2 sont testés en 1938 mais ne donnent pas satisfaction et les essais sont stoppés.

Le 15 mars 1939, le III. Reich envahit la Tchécoslovaquie et établit le Protectorat de Bohême-Moravie. A cette occasion, les chars tchèques LT 35 et LT 38 ainsi que leurs lignes d’assemblage tombent aux mains allemandes qui intègrent ces matériels dans leur arsenal sous la dénomination de Panzer 35(t) et Panzer 38(t). Seul ce dernier continue cependant à être produit. Cette utilisation extensive et organisée de matériels étrangers n’est qu’un début. Elle permet de compenser la faiblesse industrielle allemande et le retard pris dans la production d’engins blindés durant l’Entre-Deux-Guerres et le manque récurrent de moyens tout au long du conflit.

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne déclenche l’opération Fall Weiß, l’invasion de la Pologne, après la signature de l’accord Molotov – Ribbentrop entre le III. Reich et l’URSS. Trois mille quatre cent soixante-douze chars sont alors disponibles, dont les trois-quarts sont des Panzer I et des Panzer II faiblement blindés et armés. Les chars d’origine tchèques représentent 8% du total, mais surtout près de la moitié des chars moyens. Les opérations en Pologne valident globalement les concepts développés par la nouvelle armée allemande même si plusieurs adaptations apparaissent nécessaires : les divisions légères ne sont pas assez puissantes, la capacité antichars des chars alignés est insuffisante et la mise en oeuvre de l’artillerie, qu’elle soit tractée ou hippomobile, est trop lente pour appuyer correctement les unités motorisées. Les divisions légères sont remaniées et transformées en véritables divisions blindées. Pour muscler la capacité antichar, le concept de chasseurs de chars apparaît. Il donne naissance à une première improvisation sur la base du châssis du Panzer I, le Panzerjäger I. De même, le premier canon automoteur allemand, le Sturmpanzer I, est aussi développé en utilisant un procédé similaire. L’habitude de transformer des châssis obsolètes en chasseurs de chars et en canons automoteurs est prise. Elle perdure tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Au-delà de ces expédients, le besoin d’avoir des chars mieux armés et mieux blindés apparaît déjà comme indispensable. Le 24 novembre 1939, le projet VK. 30.01 reprenant la silhouette du Panzer IV aboutit à la commande de prototypes. Armés encore de canons courts et reprenant les formes anguleuses des chars développés durant l’Entre-Deux-Guerres, ils aboutiront à terme à la naissance du Panzer VI Ausf. E Tiger.

Le 9 avril 1940, les Allemands déclenchent l’opération Weserübung contre le Danemark et la Norvège. Les Neubaufahrzeug y connaissent leur seul engagement opérationnel. Un mois plus tard, le 10 mai 1940, la grande offensive à l’Ouest débute. L’opération Fall Gelb est une réussite et concrétise le succès de l’arme blindée allemande. Le Sturmgeschütz (StuG) III y fait aussi ses premières armes. L’opération Fall Rot achève de défaire l’armée française. Les Allemands mettent la main sur d’importants stocks de matériels français et comme avec les chars tchèques, ils récupèrent des chars et les lignes d’assemblage pour les intégrer dans leur propre arsenal ou se servir de leurs châssis pour les décliner an chasseurs de chars ou canons automoteurs : Renault FT-17, Renault R35 et R39, Hotchkiss H35 et H39, Somua S35, Chars B1 et B1 Bis, AMD 178 Panhard, Lorraine 37L. Si stratégiquement, la victoire est éclatante, les chars allemands apparaissent comme sous protégés et sous armés pour lutter contre des adversaires du même type. Un nouveau projet de char plus lourd est lancé avec le VK. 36.01 sur la base du projet abandonné de Durchbruchwagen DW 2.

La préparation de l’invasion de la Grande-Bretagne avec l’opération Seelöwe (qui ne sera jamais déclenchée) permet de développer des chars à vocation amphibie : Tauchpanzer III et Tauchpanzer IV.

En mars 1941, sur la base du VK. 30.01 est lancé le chasseur de char Sturer Emil armé d’un canon de 12,8cm L/61. Le 25 avril 1941, décision est également prise de doter le VK. 30.01 d’un canon de 8,8cm. Le 26 mai 1941, Adolf HITLER fait lancer l’étude d’un nouveau projet de char lourd, le VK. 45.01 en s’appuyant sur les travaux autour du VK. 30.01.

Au moment d’intervenir dans les Balkans et d’envahir l’URSS le 22 juin 1941 (opération Barbarossa), les Panzer II, Panzer III, Panzer IV et Panzer 38(t) sont encore en production et des améliorations sont régulièrement introduites. Les Panzer I et Panzer 35(t) restent néanmoins toujours en dotation. Le choc avec l’Armée Rouge met fin à la domination de l’arme blindée allemande sur ses adversaires qui se retrouve confrontées à des blindés bien plus puissants et protégés que les siens avec les T-34, KV-1 et KV-2.

Le VK. 36.01 est arrêté le 31 juillet 1941 et plusieurs programmes sont lancés dans l’urgence. Le 25 novembre 1941, un cahier des charges est lancé pour remplacer à terme le Panzer IV : le VK. 30.02. De son côté, Skoda propose en vain un projet développé sur fonds propres, le T25 qui est une copie du T-34. Le 17 décembre 1941, un projet de char super lourd est lancé codé VK. 72.01, ébauche d’un future Panzer VII Löwe. Un second projet de char super lourd est lancé le 21 mars 1942, le VK. 100.01. Ces deux études sont stoppées avant de parvenir au stade de prototype. Le 20 avril 1942, le VK. 45.01 proposé par Henschel est retenu pour devenir le Panzer VI Ausf. E Tiger tandis qu’en mai 1942, le VK. 30.02 proposé par MAN est retenu et le Panzer V Panther est lancé. Dans le même temps, le besoin de rationaliser les plateformes pour faciliter la production industrielle et la gestion des pièces détachées devient un facteur de plus en plus important à partir du moment où le conflit perdure. C’est pourquoi, les premières bases d’un programme de standardisation est lancé, mais il ne pourra voir concrètement le jour avant la fin de la guerre. Le baptême du feu intervient le 29 août 1942 pour le Panzer VI Ausf. E Tiger dans la région de Leningrad. Malgré quelques tâtonnements opérationnels et sur un terrain assez peu propice à l’engagement de chars lourds, il fait rapidement ses preuves et de sa supériorité face à l’adversaire. Protection et puissance de feu semblent être les seules solutions pour compenser l’avantage numérique de l’Armée Rouge. Plusieurs projets sont lancés pour préparer les prochaines générations de chars. A partir d’une idée issue de l’armement naval, un croiseur terrestre est envisagé sous la dénomination P.1000 Ratte dont les études sont lancées en décembre 1942. En janvier 1943, un cahier des charges est diffusé pour un successeur au Panzer VI Ausf. E Tiger qui aboutit à deux projets concurrents : le VK. 45.02 et le VK. 45.03. En avril 1943, le concept de standardisation Einheitsfahrgestell est figé et s’oriente sur six plateformes : E-5, E-10, E-25, E-50, E-75 et E-100 couvrant les besoins du chasseur de chars léger pour l’infanterie au char super lourd dont le concept est validé le 1er mai 1943 sous la forme de Panzer VIII Maus à partir du  VK. 100.01.

Le déclenchement de l’opération Zitadelle le 5 juillet 1943 à Koursk voit le baptême du feu du Panzer V Panther. L’opération est stoppée quelques jours plus tard, les Allemands ne réussissant pas à percer les lignes de défense soviétiques. Le rapport des pertes est cependant très en faveur des Allemands mais il n’empêche pas l’Armée Rouge de reprendre immédiatement l’initiative à Rjev et sur le Mious. A partir de ce moment, la Wehrmacht n’est plus en mesure de concevoir une opération offensive stratégique en URSS. Alors qu’un nouveau front s’ouvre en Italie, qu’un autre est attendu à l’Ouest et que les bombardements aériens au-dessus de l’Allemagne prennent de l’ampleur, la priorité est à la production de masse. Le Panzer IV continue à être produit en nombre et reste l’ossature principale des divisions blindées allemandes faute de capacités industrielles suffisantes et à la complexité du Panzer V Panther. Canons d’assaut et chasseurs de chars plus faciles à produire et moins coûteux sont de plus en plus employés pour substituer le manque de chars de combat.

En décembre 1943 débute la production du Panzer VI Ausf. B Königstiger. Tout comme le Panzer V Panther, il adopte un blindage incliné, le différenciant des engins développés ou issus de concepts datant de l’Entre-Deux-Guerres.

Début 1944, des fuites sont organisées dans la presse à propos d’un projet de Panzer IX, mais celui-ci n’existe pas. En août 1944 commence la production du Panzer IV/70 en utilisant des châssis destinés à des Panzer IV Ausf. J. Mais la silhouette et le concept en font plutôt un chasseur de chars car il n’a pas de tourelle mais une casemate. Cette solution permet de combler plus facilement les pertes en s’évitant la construction complexe de tourelles sans transformer les chaînes de fabrication qui nécessiterait un arrêt de production impensable à ce moment du conflit.

Bibliographie

Livres

Magazines et périodiques