Opération Epsom 1944

Après l’opération Perch qui se échoue à Villers-Bocage, l’opération Epsom est le nom de code donné par les Britannique à la seconde grande offensive qui vise à contourner la ville de Caen solidement tenue par les Allemands lors de la bataille de Normandie. La percée initiale oblige les Allemands à utiliser toutes les forces prévues pour mener une contre-offensive majeure sur la tête de pont alliée. Comme à la fin de l’opération Perch, les pointes avancées alliées doivent se replier devant le danger d’être encerclées mais les Allemands sont désormais incapables de monter à court terme une attaque pouvant rejeter les Alliés à la mer d’autant plus que la conquête de Cherbourg s’achève et qu’en URSS la Heeresgruppe Mitte est menacée de destruction suite au déclenchement de l’opération Bagration.

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Historique :

Contexte :

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie, percent le Mur de l’Atlantique et établissent plusieurs têtes de pont qui se joignent les unes aux autres dans les jours sui suivent. Contrairement aux objectifs, la ville de Caen n’est pas capturée. La 21. Panzer-Division rejointe dès le 7 juin 1944 par la 12. SS-Panzer-Division en interdisent l’accès. Une première tentative de débordement est essayée avec l’opération Perch à partir du 10 juin 1944 qui vise également à faire sauter le verrou de Tilly-sur-Seulles tenu par la 130. Panzer-Lehr-Division. La contre-attaque allemande sur Villers-Bocage le 13 juin 1944 bloque puis repousse la percée de la 7th Armoured Division mettant ainsi fin à l’opération Perch.

Enjeux :

Le 18 juin 1944, Bernard MONTGOMERY, en charge du 21st Army Group qui chapeaute l’ensemble des forces terrestres alliées en Normandie, décide de lancer une nouvelle offensive pour s’emparer indirectement de Caen par un nouveau débordement par l’ouest, la tête de pont sur l’Orne n’étant pas assez développée pour servir de base de départ, même si une attaque de la 51st (Highland) Infantry Division est prévue. Ce même jour, la 9th US Infantry Division coupe la presqu’île du Cotentin en deux isolant ainsi les forces allemandes situées au nord. Il est prévu de passer à l’attaque le 22 juin 1944.

Côté allemand, si le Débarquement n’est pas repoussé sur les plages, la tête de pont alliée est relativement contenue posant des des difficultés aux Alliés pour déployer leurs unités. Cette situation n’est cependant pas satisfaisante du coté de la Wehrmacht. Les réserves mobiles dédiées en principe à repousser les Alliés à la mer sont absorbées les unes après les autres par des combats défensifs et ne peuvent que colmater les brèches sans jamais être en position de s’élancer vers la mer de façon coordonnée et décisive. Pendant ce temps, les renforts alliés continuent d’arriver, même si les Allemands redoutent toujours que le débarquement principal doit encore produire (cf. opération Fortitude), alors que la situation est déjà difficile en URSS où une nouvelle offensive de l’Armée Rouge est attendue. Il est donc plus qu’urgent d’en finir avec la tête de pont alliée en Normandie. L’arrivée du II. SS-Panzer-Korps transféré justement d’URSS permet d’envisager une contre-offensive massive et décisive.

A partir du 19 juin 1944, une forte tempête se lève sur la Manche et sévit jusqu’au 23 juin 1944, perturbant fortement l’arrivée des renforts et du ravitaillement alliés. L’opération Epsom est repoussée en attendant une accalmie météorologique.

Le 22 juin 1944 en URSS, l’Armée Rouge se lance à l’assaut de la Heeresgruppe Mitte dans une gigantesque offensive, l’opération Bagration. L’armée allemande doit donc absolument réussir à reprendre le contrôle de la situation en Normandie pour repousser les Alliés à la mer et se retourner contre l’Armée Rouge.

Opérations :

23 et 24 juin 1944 : premier prélude (à l’est de l’Orne)

Afin de fixer les réserves allemandes à l’est de l’Orne, la 51st (Highland) Infantry Division lance un assaut sur les positions de la 21. Panzer-Division à Sainte-Honorine-la-Chardonerette. La Kampfgruppe von Luck contre-attaque mais ne parvient pas à reprendre la localité. Le 24 juin 1944, les combats se portent dans le secteur du Bois de Bavent à la limite entre la 346. Infanterie-Division et la 21. Panzer-Division. Mais les unités allemandes parviennent à contenir les assauts britanniques sans avoir besoin de faire appel à des renforts complémentaires.

25 juin 1944 : prélude (opération Martlet)

En préalable à l’opération Epsom, les Britanniques déclenchent l’opération Martlet le 25 juin 1944. Les 49th (West Riding) Infantry Division et 50th (Northumbrian) Infantry Division se lancent à l’assaut des lignes allemandes à la jonction entre la 130. Panzer-Lehr-Division et la 12. SS-Panzer-Division pour sécuriser le futur flanc droit de l’opération Epsom. Fontenay-le-Pesnel tombe aux mains des Britanniques, mais Rauray et Hottot-les-Bagues restent aux mains des Allemands.

A Cherbourg, la 4th US Infantry Division et la 79th US Infantry Division atteignent les lisières de la ville après avoir percé son périmètre défensif.

26 juin 1944 : Jour-J, le front allemand se fissure

Aux premières heures du matin du 26 juin 1944, vers 5h, des éléments de la 12. SS-Panzer-Division contre-attaquent sur Tessel face à la 49th (West Riding) Infantry Division appuyée par la 8th Armoured Brigade afin de récupérer le terrain perdu la veille.

Mais deux heures trente plus tard, l’opération Epsom proprement dite est enclenchée. Le temps couvert ne permet pas le support aérien des unités basées en Grande-Bretagne. Mais un fort barrage d’artillerie permet d’ébranler les premières lignes de défense allemandes. Engagée en pointe, la 15th (Scottish) Infantry Division appuyée par la 31st Armoured Brigade s’empare de Cheux et de Saint-Manvieu aux dépens de la 12. SS-Panzer-Division et permet ainsi à la 11th Armoured Division de se déployer.

A midi, la contre-attaque allemande sur Tessel est stoppée, la priorité est donnée à la conservation de Rauray et à juguler l’assaut britannique car le front allemand commence à se rompre. Des éléments de la 21. Panzer-Division et de la schwere SS-Panzer-Abteilung 101 sont envoyés à la rencontre des pointes britanniques qui ne peuvent encore atteindre l’Odon. De même, les Allemands parviennent à conserver Rauray.

Problématique, les Allemands résistent aussi à Grainville-sur-Odon que la 15th (Scottish) Infantry Division ne parvient pas à prendre.

A Cherbourg, Karl von SCHLIEBEN, commandant de le forteresse, se rend. Mais les combats ne sont pas totalement terminés pour les Américains.

27 juin 1944 : le franchissement de l’Odon

Au matin du 27 juin 1944, la 43rd (Wessex) Infantry Division prend en charge le terrain conquis par la 15th (Scottish) Infantry Division permettant à cette dernière de poursuivre son effort offensif. A 17h, l’Odon est atteinte et franchie à Tourmauville à la sortie de Tourville-sur-Odon. Le pont est intact. Aussitôt, des éléments de la 11th Armoured Division traversent la rivière et renforcent la tête de pont.

A Cheux, des éléments de la 2. SS-Panzer-Division tentent de contre-attaquer et sont finalement arrêtés par la 43rd (Wessex) Infantry Division qui vient d’y relever la 15th (Scottish) Infantry Division. La pression allemande est très forte sur le flan droit de la percée britannique. Rauray qui cependant par tomber dans les mains de la 49th (West Riding) Infantry Division.

Pour soutenir l’effort britannique, la 3rd Infantry Division attaque en face de Caen au Bois de la Londe et en direction d’Epron pour fixer la 21. Panzer-Division. Les résultats sont faibles.

De leur côté, les Allemands planifient une contre-attaque pour le lendemain afin de couper le corridor à la base…

28 juin 1944 : attaques et contre-attaques

Au matin, Grainville-sur-Odon tombe enfin aux mains des Britanniques permettant de conforter la droite du corridor.

Les Britanniques ayant atteint leur premier objectif opérationnel en franchissant l’Odon cherchent désormais à atteindre et à franchir l’Orne pour se répandre au sud de Caen afin de faire tomber cette dernière. Les éléments de la 11th Armoured Division et de la 15th (Scottish) Infantry Division présents dans la tête de pont de Tourmauville s’emparent de Baron-sur-Odon et atteignent en milieu de journée la Cote 112. Mais ils ne peuvent débouler sur Maltot et l’Orne car quelques chars de la 12. SS-Panzer-Division réussissent à s’y redéployer et bloquent toute avance.

Pendant ce temps, pour élargir la tête de pont au-delà de l’Odon, la 15th (Scottish) Infantry Division se dirige vers Gavrus qu’elle parvient à conquérir avec ses ponts intacts.

Cependant, les Allemands tentent de mettre en oeuvre leur contre-attaque pour couper à la base le corridor du VIII Corps. A l’est, des éléments de la 1. SS-Panzer-Division nouvellement arrivée en Normandie renforcés par des éléments des 21. Panzer-Division et 12. SS-Panzer-Division avec l’appui du Werfer-Regiment 83 tentent de progresser en direction de Mouen qu’ils atteignent et où ils submergent les hommes de la 11th Armoured Division présents. L’objectif suivant est Colleville et Tourville-sur-Odon d’où part la route qui franchit l’Odon à Tourmauville. Une attaque menée par des hommes de la 15th (Scottish) Infantry Division appuyés par des chars de la 4th Armoured Brigade stoppent l’avance allemande dans la nuit.

A l’ouest de la base du corridor, ce sont des éléments de la 2. SS-Panzer-Division rattachés à la 130. Panzer-Lehr-Division qui attaquent en milieu de journée en direction de Brettevillette et de Grainville pour rejoindre ensuite Gavrus. Si Brettevillette est prise, Grainville reste finalement dans les mains de la 15th (Scottish) Infantry Division.

Ce même jour, sus pression, Friedrich DOLLMANN, commandant la 7. Armee meurt (suicide ou crise cardiaque). Paul HAUSSER, commandant du II. SS-Panzer-Korps en cours d’arrivée en Normandie, est désigné comme son successeur.

29 juin 1944 : trop tard…

La 43rd (Wessex) Infantry Division parvient à reprendre Mouen dans la matinée, longe l’Odon et se positionne à Baron-sur-Odon. Mais à Gavrus, la situation est très critique pour les hommes de la 15th (Scottish) Infantry Division.

Sur la Cote 112, les Britanniques parviennent à prendre position sur le versant qui donne sur l’Orne et parviennent à prendre Esquay en bas de la hauteur. Mais il est trop tard…

En effet, les éléments de tête du II. SS-Panzer-Korps arrivent en fin de journée et se lancent à l’assaut des unités du VIII Corps de part et d’autre de l’Odon. Les premiers chars allemands atteignent Esquay (10. SS-Panzer-Division) et Cheux (9. SS-Panzer-Division) mais sont repoussés. Pendant ce temps, le I. SS-Panzer-Korps maintient la pression avec une contre-attaque composée d’éléments de la 12. SS-Panzer-Division et de la 21. Panzer-Division qui échoue.

Cependant, dans la nuit, tous les blindés britanniques repassent l’Odon laissant la tête de pont aux seules mains de l’infanterie. L’objectif n’est plus de percer, mais d’absorber le choc de l’offensive allemande avec le soutien de l’artillerie navale et terrestre ainsi que de l’aviation.

Il faut attendre l’opération Charnwood pour libérer la partie de Caen située à l’ouest de l’Orne et l’opération Cobra, côté américain, pour débloquer définitivement la situation en Normandie.

Bibliographie :

Loïc BECKER, Caen la martyre, le calvaire de la « capitale normande », in Batailles & Blindés n°84 (Caraktère, 2018) : article de huit pages sur les tentatives alliées de prendre Caen (l’opération Perch et le menace de l’encerclement, une sanglante progression EpsomWindsorCharnwood, Carpiquet l’aérodrome de l’horreur, Caen verrou imprenable, du repos et la bataille de la crête de Verrières durant l’opération Atlantic, l’hécatombe du Black Watch durant l’opération Spring, Caen en ruine est libérée) – Texte, photos, cartes.

Georges BERNAGE, Les Panzers dans la bataille de Normandie, 5 juin – 20 juillet 1944 (Heimdal, 1999) : livre de cent soixante-dix pages sur les unités blindées allemandes engagées en Normandie face aux Alliés jusqu’à l’opération Goodwood (21. Panzer-Division, Panzer-Ersatz-und-Ausbildungs-Abteilung 100, 12. SS-Panzer-Division, 130. Panzer-Lehr-Division, schwere SS-Panzer-Abteilung 101, 2. Panzer-Division, 17. SS-Panzergrenadier-Division, 2. SS-Panzer-Division, 1. SS-Panzer-Division, 9. SS-Panzer-Division, 10. SS-Panzer-Division, SS-Panzer-Abteilung 102schwere Panzer-Abteilung 503, 4./Panzer-Abteilung (Funklenk FKL) 301) incluant les combats du 6 juin 1944 (contre-attaque sur Luc-sur-Mer et La Fière, Kampfgruppe von Luck face aux aéroportés britanniques), les combats autour de Caen de la 12. SS-Panzer-Division (Authie, Buron, Rots, Bretteville-l’Orgueilleuse, Norrey-en-Bessin, Mesnil-Patry, Putot-en-Bessin, Carpiquet, opération Charnwood) la bataille de Tilly-sur-Seulles avec la contre-attaque de la 130. Panzer-Lehr-Division sur Ellon pour chercher à reprendre Bayeux, l’arrêt infligé aux Britanniques à Villers-Bocage lors de l’opération Perch, les combats pour Lingèvres, Evrecy et Hottot), la bataille de l’Odon (opération Martlet, opération Epsom, Tessel, Fontenay-le-Pesnel, Cheux, Gavrus, Rauray, Cote 112), dans le bocage à Sainteny et à Saint-Jean-de-Daye, pour terminer sur les combats défensifs face à l’opération Goodwood – Texte, photos, profils couleurs, dessins couleurs, cartes.

Georges BERNAGE & Stephan CAZENAVE, Otto Funk, 18 ans, un grenadier en enfer, in Normandie 1944 Magazine n°1 (Heimdal, 2011) : article de vingt-deux pages sur le parcours d’un Grenadier de la 12. SS-Panzer-Division qui combat autour de Rots et de Bretteville-l’Orgueilleuse puis face à l’opération Epsom durant laquelle il est blessé – Texte, photos, reproductions couleurs d’objets d’époque, profils couleurs.

Stephan CAZENAVE, Le II. SS-Panzer-Korps monte en ligne, in Normandie 1944 Magazine n°4 (Heimdal, 2012) : article de six pages sur le transfert du II. SS-Panzer-Korps de Galicie à la Normandie, la montée au front de ses composantes (notamment 9. SS-Panzer-Division Hohenstaufen et 10. SS-Panzer-Division Frundsberg), l’impossibilité de déclencher une contre-offensive allemande de grand style en raison de l’avance britannique consécutive aux premiers succès de l’opération Epsom et qui atteint la Cote 112 – Texte, photos, cartes.

Frédéric DEPRUN, Les Wespen de la Hohenstaufen (2ème partie), en défense d’Evrecy à Maltot, juillet 1944, in Normandie 1944 Magazine36 (Heimdal, 2020) : article de trente-six pages sur l’unité de Geschützwagen II Wespe de la 9. SS-Panzer-Division lors de sa formation et lors des combats notamment face à l’opération Epsom dans les secteurs de Noyers, Evrecy et Maltot – Texte, cartes, photos.

Vincent DUSSUTOUR, Gavrus dans la tourmente de l’opération Epsom, in Normandie 1944 Magazine n°20 (Heimdal, 2016) : article d’onze pages sur la bataille pour Gavrus et la vie de ses occupants lors de l’opération Epsom et après les combats – Texte, photos, reproductions couleurs d’objets d’époque, cartes.

Ludovic FORTIN, Epsom, baptême du feu de la 15th Scottish Division, in Batailles46 (Histoire & Collections, 2011) : article de quatorze pages sur l’engagement en Normandie de la 15th (Scottish) Infantry Division lors de l’opération Epsom aux côtés de la 49th (West Riding) Infantry Division et de la 11th Armoured Division avec notamment les combats pour Cheux puis face aux nombreuses contre-attaques allemandes – Texte, photos, cartes.

Stéphane JACQUET, 27 juin 1944, la mort du Major Legrand, un officier belge au sein de la 11ème Division blindée britannique, in Normandie 1944 Magazine n°2 (Heimdal, 2012) : article de six pages décrivant le parcours d’un officier belge affecté à la 11th Armoured Division qui est tué lors de l’opération Epsom à Mouen – Texte, photos, profils couleurs, cartes.

Nicolas NAVARRO, Des Crabes à la tête de taureau (2ème partie), in Normandie 1944 Magazine26 (Heimdal, 2018) : article de quatorze pages relatant les combats d’un vétéran de la 79th Armoured Division en Normandie sur Sherman CRAB et qui participe aux opérations pour Douvres-la-Délivrande, Epsom, Charnwood sur Caen, Goodwood, Totalize, Tractable puis l’assaut sur Le Havre – Texte, photos.

Benoît RONDEAU, Le duel Rommel Montgomery, Panzer vs. Tanks, la bataille de Caen, in 2e Guerre Mondiale hors-série n°42 (Mars & Clio, 2017)