Le temps des guépards, la guerre mondiale de la France de 1961 à nos jours (Tallandier, 2022)

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Recension

Quand l’actualité observée devient Histoire…

Devant nos yeux, l’actualité défile. Jour après jour, nous sommes bercés par des flots de nouvelles. Avant-hier en lisant les pages d’un quotidien, hier devant le sacro-saint journal télévisé de 20h, aujourd’hui sous perfusion continue de flux d’informations – télévision, sites internet ou réseaux sociaux. Les années passent, quelques souvenirs reviennent à quelque occasion, mais difficile de prendre du recul et d’embrasser le temps long. Des images de guerre qui ne sont pas des films, parfois des portraits de morts au combat, un nom sur un monument aux morts dont la date de décès ne correspond en rien aux conflits mondiaux du XXème siècle et aux guerres dites de décolonisation, des bombes, des prises d’otages ou des attaques terroristes… Et puis des patrouilles de militaires armés dans les rues. Sommes-nous vraiment en paix ?

La guerre en continu, un état inexorable

En refermant le livre de Michel GOYA, la réponse est assurément non. Car, de fait, la France est perpétuellement en conflit. Comme presque toujours dans son existence.

Alors, certes, le pays et son armée ne connaissent plus de conflit de haute intensité sur le sol national depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais le décor est rapidement posé.

En soixante ans, nos soldats ont été ainsi engagés dans 32 grandes expéditions, guerres confrontations et opérations de police internationale et une centaine d’opérations de plus petite ampleur. »

Michel GOYA, Le temps des guépards, p. 12.

Après le choc que provoque cette affirmation, les souvenirs s’égrènent : Drakkar, Daguet, Sarajevo, les bombardements sur la Serbie, le Tchad, Turquoise, Licorne, l’Afghanistan, la Syrie, la Lybie, le Sahel… Sans parler des attaques terroristes sur le sol national depuis les années 1980.

Au fait, pour éviter tout malentendu, les guépards ne sont pas une résurgence des putschistes en tenue léopard d’Alger, mais les unités en alerte prêtes à se projeter là où le pouvoir politique le décide.

Un résumé thématique et chronologique

Effectivement… Cela en fait un nombre important, sans compter toutes ces opérations et actions passées sur le radar des actualités ou qui n’ont pas laissé de réels souvenirs. Certaines seront de véritables découvertes, y compris pour les contemporains des époques citées et encore plus pour les générations plus jeunes.

Pour dresser son panorama, l’auteur choisit une approche à la fois chronologique et thématique sans pour autant faire dans l’encyclopédisme, ni le détail des opérations. Son propos vise à dégager les grandes tendances que prennent les engagements français en fonction des présidents aux affaires et des contextes internationaux tout en faisant le lien entre les engagements et la politique de défense.

En annexe, la liste des principales opérations apporte une bien utile synthèse.

Ambitions et incohérences

Sans gardant de toute charge ostensiblement véhémente, Michel GOYA souligne les nombreuses contradictions des politiques français. La cas de la réplique après les attentats du 13 novembre 2015 parait la plus cruelle, mais aussi la plus symbolique du cynisme politique.

Au-delà des frappes aériennes lancées immédiatement après le 13 novembre à des fins plus audiovisuelles qu’opérationnelles, la France ne fait en réalité pas grand-chose de plus pour accélérer la destruction du pseudo-califat.

Michel GOYA, Le temps des guépards, p. 295.

Le lecteur peut être en effet frappé par les nombreuses incohérences qui habitent les opérations lancées. Avec souvent à l’arrivée, le sacrifice de soldats. Faire la guerre sans vouloir le dire ou sans le montrer impose quelques acrobaties. Imposer la paix sans vouloir montrer sa force et museler ceux qui n’en veulent pas relève d’un vœu pieux.

Une conclusion en forme de prospective

Avec raison, Michel GOYA tisse un parallèle avec quelques exemples historiques de retournement que rien ne semblait prédisposer : l’Entre-deux-guerres et l’effondrement de la France en 1940, la disparition de l’Empire colonial en une dizaine d’années seulement dans les années 1950/1960, la disparition de l’URSS en 1989 quelques temps seulement après la montée des tensions que Tom CLANCY matérialise dans son (fabuleux) roman Tempête rouge.

Plus que toute autre activité humaine, la guerre, peu importe son intensité et son ampleur, reste un phénomène par nature instable. Rien n’est acquis, rester figer c’est se condamner à perdre l’ascendant, évoluer c’est prendre le risque de faire un mauvais choix. La victoire allemande et la défaite française des opérations de mai et juin 1940 en sont presque l’illustration suprême. Dans le domaine des armes, le temps est assurément long. Mais la défaite cinglante peut rapidement tomber comme la foudre. Si s’adapter pour vaincre est indispensable, anticiper pour ne pas être dépourvu l’est tout autant surtout quand le temps est compté.

S’adapter pour vaincre, toujours de Michel GOYA, comprendre quelques unes des grandes mutations de l’art militaire au cours des XIXème et XXème siècles ; le changement comme condition de survie…

En pointant du doigt l’écart qui existe entre être de facto perpétuellement en guerre et la propension plus que rapide à prendre les dividendes de la paix en baissant drastiquement le budget des armées, le pouvoir politique des dernières décennies commet une double faute. Celle de l’incohérence entre les moyens qu’il donne à ses soldats et les missions qu’il leur demande. Celle de l’imprévoyance en ne maintenant qu’une armée apte à mener de petites guerres et du maintien de l’ordre (un quart de siècle d’opération type Sentinelle !) en faisant l’impasse sur la masse et surtout en ne prévoyant pas une remontée en volume rapide aussi bien humaine que matérielle.

Face à des conflits de faible intensité et de « petites guerres », la France possède certes un outil militaire rodé et adapté. La doctrine politique est cependant bien moins claire alors tous les conflits dans lesquels elle s’engage ne peuvent être gagnés par la seule force des armes. Un vrai paradoxe dont la responsabilité repose sur les politiques qui se succèdent aux manettes du pays.

La dernière phrase du livre sonne pourtant comme le tocsin. Reste à savoir qui osera adopter cette posture avant qu’il ne soit trop tard. Histoire de ne pas alimenter des polémiques dans quelques années avec pour question centrale : la faute à qui ?

La révolution militaire à venir consistera à nous organiser comme si nous étions en guerre. Cela tombe bien : c’est le cas.

Michel GOYA, Le temps des guépards, P. 322.

Sommaire détaillé

  • Introduction
  • Opérations chaudes en guerre froide
    • Les dernières guerres du général de Gaulle (1961-1972)
    • Le temps de la foudroyance (1977-1980)
    • La guerre sans la déclarer (1978-1987)
    • Guerre indirecte en Afrique (1983-1993)
  • Les campagnes du nouvel ordre mondiale
    • Un nouveau monde autour de la France (1990-2007)
    • Les soldats de la paix (1991-1995)
    • Gendarmes dans les Balkans (1995-2014)
    • Gendarmes de l’Afrique (1996-2011)
    • L’entrée en guerre progressive contre les salafo-djihadistes (1995-2007)
  • En guerre permanente
    • Une nouvelle transition stratégique (2008-2012)
    • La bascule afghane (2008-2012)
    • La fin des guerres contre les Etats voyous (2011-2014)
    • Retour en Afrique (2009-2014)
    • La guerre des sables (2014-…)
    • La guerre contre l’Etat islamique (2014-…)
  • Conclusion, des défis en cours et à venir
  • Notes
  • Chronologies des principales opérations
  • Liste des sigles et acronymes
  • Bibliographie indicative
  • Index des noms de personnes
  • Table des cartes

Caractéristiques

  • ISBN : 979-10-210-3887-5
  • Nombre de pages : 366
  • Langue : Français
  • Reliure : souple, collée
  • Dimensions : 14,5 x 21,5 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 21,90 € TTC

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