The Last German Victory (Pen & Sword, 2021)

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Recension

Promesse tenue ?

Autant le dire de suite, ce livre d’Aaron BATES tient toutes ses promesses. Annoncé comme incitant à la réflexion, étant une nouvelle approche et une analyse détaillée de l’opération Market Garden, il permet assurément de réévaluer tous ses préjugés. Mieux encore, il invite à revoir nombre des événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale en Europe sous de nouveaux éclairages !

Historiographie de l’opération Market Garden

avant toute chose, l’auteur a la bonne idée de revenir sur l’historiographie de cet épisode des opérations alliées à l’Ouest qui, avec les coups d’arrêt en Lorraine et dans les Vosges, empêchent les Alliés de profiter pleinement de l’effondrement allemand consécutif à la bataille de Normandie et au débarquement en Provence. Si ses propos remettent en cause nombre d’interprétations jusque-là couramment admises, il a la modestie, bien trop rare, de se placer dans la continuité de certains de ses prédécesseurs et de s’appuyer sur eux, sans pour autant dénigrer leurs travaux, quand bien même il propose des angles de vue qui peuvent être bien différents.

Outre les visions proposées par les contemporains de cette opération, à chaud ou de façon un peu différée pour conforter leur propre place dans l’Histoire (un réflexe assez naturel et compréhensible), c’est Cornelius RYAN qui pose le cadre de référence. Du titre de son livre et du film qui en est tiré, le grand public et les passionnés retiendront que l’échec de Market Garden provient du fait d’avoir finalement fixé un objectif trop lointain, le fameux pont d’Arnhem. Côté allemand, l’accent est généralement mis sur le rôle prépondérant du II. SS-Panzer-Korps, « non identifié » préalablement à cet endroit des services des renseignement alliés.

Le principal écueil de ce raisonnement classique reste cependant que sans la capture intact de ce point de franchissement du Rhin, l’ensemble de l’opération n’a pas grand intérêt au regard des moyens employés (voir Arnhem 1944, un pont trop loin ?). Car c’est une percée décisive en direction de la Ruhr qui est recherchée, non la conquête du territoire des Pays-Bas au Sud du Rhin.

Aaron BATES n’innove cependant pas totalement et là encore, il a le mérite de rappeler ceux qui avant lui ont montré la voie d’une réévaluation des causes de succès et d’échec.

Nombre d’auteurs continuent de reprendre cette antienne de « pont trop loin ». Après avoir lu ce livre, il n’y a plus d’excuse, outre la paresse et la facilité éditoriale, de ne pas sortir de cette vision réductrice.

Causes et conséquences

La maîtrise du chaos inhérent aux opérations aéroportées

En guise de rappel, le livre évoque brièvement les précédentes opérations aéroportées allemandes en Norvège, en Hollande puis en Crète. Il est vrai qu’à la différence des largages alliés immédiatement avant les phases de débarquement, comme en Sicile ou en Normandie, elles s’effectuent dans la profondeur du dispositif ennemi. Il s’en faut d’ailleurs d’un cheveu pour que ces actions ne transforment pas en catastrophe. Dans tous les cas, elles apparaissent comme étant particulièrement chaotiques.

Market Garden représente donc une action aéroportée bien différente des précédentes réalisées par les Alliés.

Des façons de penser et faire la guerre diamétralement opposées

C’est peut-être le sujet le plus saillant et passionnant des travaux d’Aaron BATES. L’opération Market Garden apparait tout simplement incompatible avec la culture opérationnelle alliée qui repose sur une planification rigoureuse et un strict contrôle de l’exécution. La logique est de cadenasser le chaos, non pas de vivre avec.

Un peu comme Maurice GAMELIN avec sa manœuvre Dyle-Breda qui envoie dans un vaste mouvement nécessitant rapidité, réactivité et flexibilité, des armées dont la culture, les doctrines et la préparation ne les ont pas formatées à cela, Bernard MONTGOMERY sort de sa prudence habituelle pour lancer ses troupes dans une opération hardie qui nécessite des qualités qui ne sont pas leur fort. En creux, cette analyse souligne aussi la clairvoyance du Britannique qui sait, à l’exception de Market Garden, déployer une stratégie qui favorise les atouts de ses armées en évitant soigneusement d’exposer leurs faiblesses. Cela favorise peut-être moins le panache et donc la légende, mais au final, l’ennemi est défait, l’exemple de la bataille de Normandie étant une illustration concrète malgré ses imperfections.

Most significantly, the Allies’ slow, cautious and meticulous approach to planning largely denied the Germans any chance to redress the numerical imbalance by inflicting any serious reverses with major counterattacks against overextended and vulnerable assault forces, as they had so frequently done to Soviet forces on the Eastern Front; though German counterattacks often stopped Allied offensives and inflicted losses, they were never able to change the overall operationnal or strategic situation to a meaningful extent.

Aaron BATES, The Last German Victory, p. 85/86.

Que ce soit du côté des aéroportés ou du XXX Corps, la logique voudrait que la priorité soit la progression brusque et rapide. Or, les réflexes de prudence reviennent systématiquement dès qu’un début de résistance apparaît. Rien d’étonnant sur le fond, mais il semble bien que le stratège britannique n’a pas bien anticipé les ressorts profonds que son plan allait solliciter. Le moindre grain de sable adverse générant par nature un risque de tout faire déraper

En effet, à l’inverse, les Allemands, à tous les échelons de la hiérarchie militaire, sont conditionnés à évoluer dans le chaos qui constitue l’essence même de la guerre. La réaction tactique est privilégiée au contrôle. Ces réflexes entrainent aussi davantage de chaos pour l’adversaire qui en l’occurrence n’a pas l’habitude de s’affranchir aussi facilement de sa planification et de son contrôle.

Cette question de culture est d’autant plus palpable qu’elle concerne tant des unités expérimentées que des unités à peine constituées ou faites de bric-et-de-broc.

The German Way of War, un ouvrage indispensable pour comprendre les racines de la culture et de la doctrine allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Quand le chaos de la bataille renforce le rôle du groupe de combat

Au-delà que de la question culturelle et doctrinale, l’aspect particulièrement chaotique de cette bataille renforce l’importance du groupe de combat aux dépends des grandes unités et de leurs puissants soutiens (chars, artillerie, aviation). Là aussi, la composition même du groupe de combat allemand avantage le défenseur qui bénéficie d’une puissance de feu incomparable à un moment clef.

Overall, Market Garden offered the German Army perhaps its last opportunity to win a truly « German » victory; to employ the skills of leadership, flexibility, and proficiency in rapid tactical manoeuvre that it had developed so diligently in the long years (and decades, and centuries) prior the Second World War to achieve more than a local, purely tactical success.

Aaron BATES, The Last German Victory, p. 167.

Elite contre élite ?

La notion de troupes d’élite fait fantasmer pléthore d’auteurs et de lecteurs. De ce point de vue là, l’opération Market Garden semble proposer un programme alléchant. Troupes aéroportées alliées contre Waffen-SS, l’élite de chaque camp !

Patatras, Aaron BATES nous explique que la réalité est différente, sans pour autant nier l’existence de troupes particulièrement aguerries.

Côté britannique, la 1st Airborne Division n’est plus engagée depuis l’Italie en 1943 et ses vétérans n’ont pas rencontré des conditions de combat comme ils vont connaître en Hollande. Sa préparation opérationnelle même laisse à désirer puisqu’elle manque d’entraînement réel en raison de sa mise en alerte permanente depuis le déclenchement de l’opération Overlord.

Côté allemand, les petits cailloux qui mènent à la victoire défensive sont davantage le fait d’unités de réserve, en cours de formation ou à peine levées : SS-Panzergrenadier-Ausbildungs Und Ersatz-Bataillon 16, Division z.b.V. 406, Kampfgruppe Chill, Kampfgruppe Walther avec la Panzer-Brigade 107… Bref, loin des unités d’élite aguerries par des années de combat et endoctrinées par le fanatisme nazi.

Avec Autumn Gale, Kampfgruppe Chill, Kampfgruppe Walther and Panzerbrigade 107 sont deux ouvrages indispensables pour comprendre la réaction allemande de part et d’autre du corridor allié.

Illustrations par les exemples

S’il ne suit pas un déroulé chronologique des opérations militaires, The Last German Victory permet aux lecteurs de s’approprier de plusieurs phases de la bataille puisque l’auteur appuie ses propos par quelques exemples significatifs. Sachant que les raisons de l’échec allié et du succès relatif allemand reposent sur des moments restés quelque peu à l’ombre de la légende du pont trop loin, c’est la garantie de découvrir des moments décisifs peu mis en avant et de comprendre pourquoi ils s’avèrent essentiels dès les premières heures de l’opération.

Un livre essentiel pour comprendre les succès puis la résilience des armées allemandes

Les lecteurs qui cherchent une approche chronologique seront donc déçus. Ce n’est pas l’objet recherché et cela est très clairement affiché. Mieux vaut pour ceux-là se rabattre sur les livres de la série Battleground Europe ou Air War Market Garden également chez Pen & Sword. Ceux qui sont à la recherche d’une approche plus analytique sur la compréhension des mécanismes et de l’enchainement des décisions seront au contraire ravis.

En réalisant la synthèse des approches de Robert CITINO et de James CORUM, Aaron BATES réussit à illustrer concrètement avec l’opération Market Garden ce que la culture militaire allemande peut apporter et les limites de celle alliée. Ce prisme et cette méthode peuvent être utilisés pour revoir nombre d’engagements de la Seconde Guerre mondiale en Europe, que ce soient les opérations à l’Ouest en mai et juin 1940, la résistance allemande en Italie, les opérations en URSS, la bataille de Normandie, voire même la résistance allemande sur le Rhin en mars 1945. Une démarche à suivre !

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Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Foreword
  • Acknowledgment
  • Introduction – A Difficult Operation, Attended by Considerable Risks
  • Point of Departure – A Brief Historiography of the Market Garden Campaign
  • Thriving Amidst Chaos – The Origins and Nature of German Tactical and Command Doctrine
  • Leaping into a Hornet’s Nest – The Role of German Tactical and Command Doctrine in Operation Market Garden
  • Fencing with a Sledgehammer – The Origins and Nature of British Tactical and Command Doctrine and its Role in Operation Garden
  • No Mere Matter of Marching : The Role of British Tactical and Command Doctrine in Operation Market
  • Little More than Guts and Bayonets – British Doctrine and the Role of Firepower in Operation Market Garden
  • The Thin Grey Line – German Doctrine and the Role of Firepower in Operation Market Garden
  • Conclusions
  • Notes
  • Bibliography
  • Index

Caractéristiques

  • ISBN : 978-1-39900-076-5
  • Nombre de pages : 208
  • Langue : Anglais
  • Reliure : rigide, reliée
  • Dimensions : 16 x 24,5 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : N/A

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