Fire & Steel 1945 Victory in the West (Penguin Hutchinson Heinemann, 2022)

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Présentation

Après Sand & Steel sur le Débarquement puis Snow & Steel au sujet de la bataille des Ardennes, Peter CADDICK-ADAMS complète sa fresque des combats à l’Ouest en 1944 et 1945 par ce livre dédié aux cent derniers jours de la Seconde Guerre mondiale en Europe menés par les Alliés en Allemagne. Ils concluent victorieusement la page ouverte avec l’opération Overlord le 6 juin 1944 tandis que l’Italie reste définitivement un théâtre d’opérations périphérique.

Contrairement aux précédents deux livres qui abordent des sujets à la bibliographie particulièrement fournie, il existe peu d’ouvrages qui traitent avec une réelle vision d’ensemble les trois derniers mois qui permettent de réellement mettre à mort le Troisième Reich. L’intérêt historiographique se porte traditionnellement en effet bien plus sur la chute de Berlin et un peu sur l’opération Varsity, Remagen et la poche de la Ruhr. Difficile de trouver de la littérature sur d’autres secteurs où il faut se contenter de quelques rares pépites comme Theirs the Strife, the Forgotten Battles of British Second Army and Armeegruppe Blumentritt, April 1945. Les historiques nationaux (Victory in The West par L. F. ELLIS, Fight to the Finish de Tim COOK ou encore les volumes de l’US Army in WW2 se concentrent logiquement sur l’engagement de leurs propres unités et ne donnent pas vraiment une vision d’ensemble de toutes les opérations alliées menées de la Suisse à la Baltique). De son côté, Ian KERSHAW dans La fin se concentre sur la vision de la fin du Troisième Reich vécue par les Allemands en prenant pour point de départ l’attentat du 20 juillet 1944.

Bref, seul le livre de Daniel FELDMANN et de Cédric MAS La campagne du Rhin, les Alliés entrent en Allemagne (janvier-mai 1945) propose un champ d’étude similaire. La différence se concentre sur le style, avec pour les Français une approche plus analytique et académique en mettant davantage l’accent sur les décisions, leurs origines et leurs conséquences.

Victory in the West abord un champ chronologique rarement abordé dans son ensemble, mis à part La campagne du Rhin, référence francophone en la matière. Le style des deux ouvrages diffère et permet aux deux de se compléter.

Bien épais, réalisé à partir de nombreux témoignages, journaux de marche et études publiées ou non, Victory in the West entre dans cette catégorie d’ouvrages historiques, sérieux, très documentés, mais pourtant accessible à un large public. Il rejoint dans le style les ouvrages d’Eddy FLORENTIN (Stalingrad en Normandie, La Rückmarsch, etc.), ceux de Cornelius RYAN (Le Jour le plus long, Un pont trop loin ou La dernière bataille) avec un festival de faits et de personnages que le lecteur découvre et par lesquels il se laisse porter sans pouvoir reprendre son souffle.

Sur le fond, à l’identique de Daniel FELDMANN et de Cédric MAS, l’auteur choisit une approche qui soit à la fois chronologique et géographique avec un fil conducteur aisé à suivre d’autant plus que les deux s’accordent plutôt bien (d’avantage que dans les Ardennes, ce qui provoque d’ailleurs plus d’allers et retours chronologiques dans Snow & Steel).

Après avoir brièvement rappelé la succession de tornades qui s’abat sur le Troisième Reich à partir de juin 1944 sans toutefois permettre une défaite définitive (ce qui est l’occasion de rappeler quelques occasions manquées mais bien plus succinctement que The Folly of Generals), Peter CADDICKS-ADAMS passe en revue la question du leadership allié. En effet, contrairement à la Wehrmacht ou à l’Armée rouge dont les chaînes de commandement sont relativement simples, Dwight D. EISENHOWER doit composer avec des contingents de différentes nationalités aux susceptibilités qui s’exacerbent de plus en plus au fur et à mesure que la défaite du Troisième Reich devient inévitable et qui s’ajoutent aux plus traditionnelles rivalités de personnes et d’egos. Sans compter que les Alliés occidentaux s’appuient sur des systèmes politiques qui reposent sur des fondements démocratiques qui donnent de l’importance aux opinions publiques qui forment ou défont les majorités. C’est donc l’occasion de brosser brièvement, mais fermement et parfois acidement, quelques portraits à propos de Dwight D. EISENHOWER, Bernard MONTGOMERY, Jacob DEVERS, Jean de LATTRE de TASSIGNY, Charles de GAULLE, Omar BRADLEY, Courtney HODGES, George PATTON et William SIMPSON.

La première partie de l’ouvrage se concentre sur l’approche du Rhin par les Alliés. Pour commencer, il s’agit de réduire la poche de Colmar. Peter CADDICK-ADAMS rappelle à l’occasion que le déclenchement de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes entraine l’annulation de toute action offensive du 6th US Army Group qui couvre les Vosges et l’Alsace. La crise induite par l’opération Nordwind repousse encore l’échéance et tend encore un peu plus les relations entre BRADLEY et DEVERS au sujet des arbitrages dans la répartition des renforts et des unités. Les Français payent un lourd tribut dans les combats de l’hiver puisqu’ils représentent les deux tiers des pertes du 6th US Army Group. Mais le 9 février 1945, il n’y a plus un Allemand, hors les prisonniers, qui se trouvent à l’Ouest du Rhin en Alsace, ce qui permet de préparer l’étape suivante, à savoir le franchissement du fleuve qui se dresse devant les Alliés de la frontière suisse à la Hollande.

La fin de la bataille des Ardennes permet également de reprendre les plans brutalement interrompus par la contre-offensive allemande. Du 13 janvier au 11 mars 1945, les opérations Blackcock, Veritable, Blockbuster et Grenade permettent enfin aux Alliés de border le Rhin de Cologne à Nimègue. Le terrain rend les opérations difficiles et les ordres d’Adolf HITLER de ne rien céder amènent les Allemands à engager leurs dernières réserves. L’avance alliée peut sembler lente, parfois laborieuse, mais elle consume encore un peu plus l’adversaire.

Viennent ensuite les opérations dans la Sarre avec les 3rd US Army et 7th US Army qui aboutissent à la capture du pont de Remagen qui permet la pince Sud qui aboutit à la poche de la Ruhr.

La pince Nord nait de l’aboutissement des opération Turnscrew, Torchlight, Varsity, Widgeon et Flashpoint, dernières giga opérations combinées de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Un franchissement dont les exigences s’apparentent bien plus à ceux des grands fleuves à l’Est de l’Europe que de la Meuse ou de la Seine.

En avril 1945, les opérations prennent trois directions. D’un côté, le Nord et Hambourg, au centre l’Elbe et au Sud, la Bavière puis la course vers l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cependant, petit à petit, les actions militaires laissent progressivement la place à d’autres enjeux pour les Alliés. A l’intérieur du Troisième Reich ils se confrontent à l’ampleur du système concentrationnaire. Les troupes alliées doivent désormais gérer en parallèle les rescapés des camps, les prisonniers libérés, les captifs allemands, la prise en charge des réfugiés et des habitants, la continuité des affaires civiles en tentant de s’appuyer sur les administrations locales les moins compromises avec le pouvoir nazi et dans une moindre mesure la résistance de ses derniers partisans jusqu’au-boutistes

Alors qu’Adolf HITLER se donne la mort dans son bunker de Berlin, les Alliés se mettent à penser activement à la suite et surtout comment contenir l’Armée rouge poussée par les ambitions de Josef STALINE. Entre alliés occidentaux, d’autres lutes d’influence intestines se jouent. Les Français cherchent à forcer leur zone d’occupation quitte à prendre quelques libertés avec les ordres reçus tandis que Britanniques et Américains se regardent en chiens de faïence, l’échec relatif de l’automne 1944 et la bataille des Ardennes ayant exacerbé les récriminations et les querelles d’egos. On peut reprendre le dernier chapitre de Snow & Steel pour mesurer les dégâts provoqués. Le ton et le styles adoptés par l’auteur n’ont pas leur pareil pour mêler petite et grande Histoire où ces rivalités jouent un rôle important en pesant sur certaines décisions et nominations.

A l’image de Batailles & Blindés hors-série n°39 (Caraktère, 2019), les publications relatives aux derniers jours de la Seconde Guerre mondiale en Europe tendent à se focaliser uniquement sur la bataille de Berlin. Or, il se passe énormément de choses à l’Ouest de l’Elbe qui préfigurent ce que va être l’après 8 mai 1945.

Le dernier chapitre s’ouvre les enjeux qui attendent les Alliés en Allemagne : dénazification, reconstruction et remise en marche de l’Allemagne tout en ouvrant une nouvelle page d’alliance. Peter CADDICK-ADAMS termine son propos en dressant le parcours des principaux responsables militaires alliés, notamment américains. EISENHOWER laisse une génération de fidèles qui président pendant une bonne décennie aux destinées de l’armée américaine en tenant les postes les plus critiques. Un nombre négligeable de ses chefs connaissent cependant une fin plutôt tragique malgré la victoire. Plusieurs sont endeuillés par la mort de proches, dont des fils à l’image de PATCH ou de LATTRE de TASSIGNY.

Peter CADDICK-ADAMS parvient à fournir un récit limpide qui éclaircit cent jours d’opérations pourtant complexes, successives et/ou parallèles en fonction des secteurs. Trois mois durant lesquels la Wehrmacht se bat encore sans encore espoir de vaincre dans un rapport de force totalement défavorable. Les lecteurs français peuvent apprécier également une vision plus incisive et moins consensuelle des difficultés que représente le caractère d’un Charles de GAULLE qui fait jouer à ses troupes une partition très personnelle. Si les moyens et la forme peuvent être parfois contestables, il faut reconnaître que chaque camp cherche à placer ses pions au fur et à mesure que le conflit approche de sa fin en tentant de mettre l’autre devant le fait accompli. Soviétiques et Français sont à ce jeu les plus forts.

Si le texte rend bien les dynamiques opérationnelles, politiques et humaines, il est un peu moins prolixe sur la dimension aérienne, industrielle et logistique qui accentue pourtant l’écart entre les rapports de force. Les Allemands se battent avec leurs dernières rations, leurs derniers tubes. Il n’y a plus de quoi les renouveler, les infrastructures industrielles et logistiques sont déjà prises par l’ennemi ou ravagées.

Wehrmacht’s Last Stand décrit les combats de la dernière année d’existence de l’éphémère Wehrmacht. Assaillie de toute part, subissant des coups particulièrement violents et dévastateurs, il faut encore plusieurs mois aux Alliés pour en venir à bout. A lire pour avoir une vision d’ensemble, mais plus académique, sur tous les fronts de la chute militaire du Troisième Reich dont Victory in the West ne traite qu’un volet.

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Military Tool Kit And Glossary
  • Order of Battle, Allied forces Western Europe, at the Time of the Plunder/Varsity Rhine Crossings, 24 March 1945
  • Prologue
  • Introduction
  • Part One: To the Rhine
    • From Normandy to the Reich
    • Allied Leadership
    • The Colmar Pocket
    • Veritable Mud
    • The Road to Cologne
    • The Saar and the Siegfried
  • Part Two: Accross the Rhine
    • The Bridges at Remagen
    • Third Army
    • Montgomery
    • Sixth Army Group
  • Part Three: Beyond the Rhine
    • Tensions with the French
    • Aschaffenburg, Würzburg and Schweinfurt
    • Patton’s April
    • First and Ninth Armies: From the Ruhr to the Elbe
    • April: Northern Flank
    • First Army: To Leipzig and the Elbe
    • Southern Flank: Nuremberg and Augsburg
    • « The bloody dog is dead »
    • Eight Days of Agony and Ecstasy
    • Aftermath
  • Aknowledgements
  • Notes
  • Bibliography
  • Index

Caractéristiques

  • ISBN : 9781529151701
  • Nombre de pages : 652
  • Langue : Anglais
  • Couverture : rigide sous jaquette
  • Reliure : cousue
  • Dimensions : 16 x 24 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : N/A

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