La guerre de Sécession (Passés composés, 2022)

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Recension

Les Etats-Unis, cette contrée si méconnue…

Alliés proches et historiques de la France, les Etats-Unis demeurent pourtant un mystère pour nombre de nos contemporains. Enclins souvent à critiquer, à nous moquer ou à nous offusquer, parfois à admirer secrètement, régulièrement à copier avec retard et sans discernement, nous appliquons, comme très (trop, voire toujours), nos propres filtres à la compréhension de ce grand pays. Ce qui ne nous empêche pas de porter des jugements qui se veulent définitifs.

Un peu de culture historique dépassionnée aide à comprendre ses amis comme ses ennemis tout comme sa propre histoire.

En l’espèce, Vincent BERNARD nous offre là une occasion unique. Dans un style clair, vivant, structuré, il nous propose de plonger dans la création des Etats-Unis modernes. Certes, il y a la Guerre d’Indépendance, mais il y a ensuite ce conflit dont le poids politique, idéologique, culturel est toujours au moins aussi pesant celle de la Seconde Guerre mondiale pour la France ou les deux conflits mondiaux pour l’Europe en général.

Un conflit moderne

Loin d’être anecdotique, la Guerre de Sécession représente l’un des premiers conflits totaux de l’Histoire à la fois par sa dimension économique et mais également mobilisatrice des ressources et des esprits. Une page se tourne définitivement avec les escarmouches du Far West, des attaques de convois et des forts.

Le lecteur suit avec avidité ce glissement qui s’effectue en quelques mois. La description de la mobilisation massive, de l’encadrement des troupes, de l’apprentissage du commandement de telles masses renvoie à bien des égards à ce qui se produit en Europe quelques années plus tard.

Sur le fond, il est impossible de ne pas faire le parallèle avec l’Europe, sur la tenue de l’URSS au plus fort des opérations Barbarossa et Fall Blau, ou sur la résilience du Troisième Reich à partir de Stalingrad. En témoigne cet extrait :

Des historiens américains se sont longtemps demandés comment le Sud, territoire immense et peu accessible, avait pu s’effondrer aussi vite. D’autres, à front entièrement renversé, comment il avait pu tenir bon si longtemps malgré ses contradictions internes et l’énorme différentiel de ressources.

Vincent BERNARD, La guerre de Sécession, p. 382.

La marche à la guerre puis le chemin vers la paix

Sur un ton neutre, l’auteur explique les fils qui conduisent à la sécession. Les enjeux sont d’abord économiques, même si comme il le rappelle, la réalité des deux camps est moins tranchée que les légendes le laissent imaginer. Le Sud n’est pas démuni de centres industriels prometteurs, le Nord n’est pas sans vastes exploitations agricoles. La culture du coton possède cependant ses contraintes propres en termes de conditions climatiques et de main d’œuvre qu’il faut intégrer pour comprendre les enjeux financiers de l’esclavage.

Le lecteur ne peut être que saisi par le glissement qui s’opère alors que rien ne suggère au commencement une volonté guerrière. Là aussi, le parallèle peut être établi avec début de la guerre civile européenne de la première moitié du XXème siècle.

Dans son douzième dernier chapitre, Vincent BERNARD évoque l’héritage de ce conflit en soulignant les étroites imbrications qui subsistent à l’exemple de quelques chefs glorieux de la Seconde Guerre mondiale qui sont des admirateurs et/ou des descendants directs de chefs confédérés à Michelle OBAMA qui, selon les propres dires de son mari, est « une Américaine noire qui a en elle du sang d’esclaves et du sang de propriétaires d’esclaves ».

Brièvement évoquée, la question de la reconstruction des Etats dévastés mériterait cependant un chapitre à part entière.

Une réflexion pour l’Europe

Une fois refermé le livre, on ne peut s’empêcher de penser aux actualités, de réfléchir à l’histoire de notre pays et de notre propre continent. De penser à ces déchirures qui hantent les débats et les esprits, voire qui les confisquent.

Alors que la réconciliation semblait digérée, voilà que des vents contraires cherchent de nouveau à attiser les quelques braises encore chaudes. Les générations qui ont connu ces drames ont pourtant su trouver des compromis pour retisser des liens et assurer la continuité nationale. Certes imparfaits comme toute paix. Une leçon que nous, de part et d’autre de l’Atlantique, semblons avoir oublié.

Positionner au plus juste les curseurs d’une histoire dépassionnée et contextualisée dans une telle de questionnements légitimes, mais aussi de controverses mémorielles si outrancières qu’elles en deviennent inaudibles, est une tâche difficile et constamment remise en question.

Vincent BERNARD, La guerre de Sécession, p. 388.

Solidement charpenté

Structuré en avant, pendant et après la guerre, ce livre sérieux parvient à rester accessible tout en fournissant des aides de qualité (cartes, annexes, index des lieux et des noms). La bibliographie et les pistes proposées en amont de la longue liste d’ouvrages et de documents aideront à orienter les lecteurs soucieux d’approfondir un sujet que la majorité découvriront au regard de la relative rareté du sujet en français.

Une lecture indispensable pour elle-même et pour le reste !

La Guerre de Sécession est assurément un conflit passionnant à étudier et à analyser. Par ses amples mouvements, ses points de concentration, son artillerie et sa cavalerie, elle rappelle les conflits napoléoniens. Par ses implications politiques, l’irruption de l’ère industrielle (chemins de fer, industrie), sa dimension maritime et fluviale, sa mobilisation de masse, elle annonce les affrontements du XXème siècle. Une certaine culture stratégique américaine s’y forge au même titre que la culture stratégique allemande puise ses racines dans celles de Frédéric le Grand. Les premières opérations de débarquement en arrière des lignes conférées ou la lente, mais certaine, montée en puissance logistique des armées de McCLELLAN ne sont pas sans rappeler des réflexes amenés à perdurer.

Le livre de Vincent BERNARD représente également un exemple de traitement historique d’un conflit. Ne s’attachant pas uniquement à la narration des seules opérations militaires, toutes aussi passionnantes soient-elles, il replace dans le contexte, aborde les questions politiques et économiques, il n’oublie pas la géographie, les liens intra-personnels qui existent entre responsables, le quotidien des soldats et des civils. Encore une fois, en réalisant un exercice avec la volonté d’expliquer pour comprendre et non de juger, il fournit une contribution essentielle à l’Histoire et au présent. Sur le fond comme sur la forme, ce livre peut servir d’exemple dans la façon de traiter les conflits du XXème siècle et apporter d’originales clefs de compréhension. Bref, l’agréable se joint à l’utile pour le grand nombre.

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Thèmes abordés

  • Périodes : Guerre de Sécession 1861/1865
  • Fronts :
  • Batailles :
  • Unités :
  • Biographies :

Sommaire détaillé

  • Prologue : guerre civile, de Sécession, de rébellion, entre les Etats, d’abolition
  • Antebellum, le Nord, le sud, l' »institution particulière » et le conflit qui couve
  • 1860-1861, le défi sécessionniste
  • 1861, le feu aux poudres
  • 1861, « Yankeedom » versus « Secessia » : vers une guerre courte ?
  • 1862, l’heure du nord
  • 1862, l’heure du Sud
  • 1862-1863, pour quelques années de plus
  • 1863, rendez-vous un 4 juillet
  • 1863-1864, une nouvelle guerre
  • 1864, carnages et désillusions
  • 1865, les cent jours du Sud
  • Postbellum, une « grande guerre » entre hsitoire et mémoires, modernité et archaïsme
  • Annexes
  • Notes
  • Sources et bibliographie
  • Index des noms de lieux et de batailles
  • Index des noms de personnes
  • Remerciements

Caractéristiques

  • ISBN : 978-2-3793-3027-8
  • Nombre de pages : 448
  • Langue : Français
  • Reliure : souple, collée
  • Dimensions : 14,5 x 22 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 24 € TTC

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